Interdite dans 70 pays, passible de la peine de mort dans une dizaine, mal vue dans de nombreux endroits, l’homosexualité déchaîne les passions mortifères, depuis longtemps… Mais pourquoi une telle haine? Quelles sont les origines, les cause et le fonctionnement de l’homophobie? Yagg vous donne quelques éléments de réponse.

Est-ce une simple « phobie » ?  

L’homophobie a deux facettes : d’un côté un rejet intime à la vue d’homosexuels qui s’embrassent par exemple, de l’ordre de la pulsion phobique, et de l’autre, une dimension culturelle. Ce n’est alors pas l’individu qui rebute, mais le phénomène social, c’est-à-dire la revendication d’égalité entre homosexualité et hétérosexualité. L’homophobie peut donc se manifester dans des positions contre le mariage entre homos, la PMA, car on y refuse alors une égalité de fait avec les couples hétérosexuels…

Dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003), Sébastien Chauvin détaillait :

« La vision homophobe réduit l’identité homosexuelle à une orientation purement “sexuelle” et fait du sexuel, pensé en termes de “tendances” et de pulsions plus ou moins associées à l’animalité, l’origine de toutes les actions et de toutes les pensées des gais et des lesbiennes. Leur être tout entier se retrouve identifié à une “pulsion perverse” ».

L’homophobie se manifeste le plus souvent par les insultes, les actes de violence – et peuvent dégénérer, de la bousculade, du passage à tabac, jusqu’au viol et même au meurtre – mais aussi les blagues, les représentations caricaturales, le langage courant mais aussi chaque fois que l’homosexualité est considérée comme illégitime, « moins bien ». Et cette discrimination existe dans tous les domaines de la vie pour ces deux raisons.

L’homophobie peut s’exercer à l’encontre des gays et des lesbiennes mais également vis-à-vis de l’ensemble d’individus considérés comme non conformes à la norme sexuelle ou de genre. « Trop effeminé » ou « trop masculine », haine de tout ce qui est associé à la passivité : l’homophobie générale n’est qu’une manifestation du sexisme.

Comme le rappelait le juriste Daniel Borillo sur Mediapart :

« L’homophobie générale permet de dénoncer les dérapages et les glissements du masculin vers le féminin et vice versa, de telle sorte qu’une réactualisation constante s’opère chez les individus en rappelant leur appartenance au “ bon genre ”. »

Ces processus cherchent à maintenir la subordination du féminin au masculin, la haine du « ressenti intime » mais également la hiérarchisation des sexualités, par le rappel constant à la supériorité biologique et morale des comportements hétérosexuels cisgenres (et le primat du masculin).

Depuis 2003 et 2004, la loi française punit plus sévèrement les agressions et les insultes lorsqu’elles sont motivées par l’homophobie. Depuis 2012 lorsqu’elles sont motivées par la transphobie. Elles sont tout aussi répréhensibles pénalement que les comportements racistes ou antisémites.

Psychologie de l’homophobie

Pour le chroniqueur Zach Howe « on apprend aux garçons à avoir peur de l’homosexualité ». On leur instille une « insécurité autour de leur propre sexualité » et « une aversion viscérale à l’égard des pénis des autres. La vérité, c’est que c’est la fragilité de l’hétérosexualité qui leur fait peur. Le pouvoir de l’hétérosexualité réside dans la perception, pas dans la vérité physique –tant que les gens pensent que vous êtes exclusivement attiré par le bon sexe, tout va bien. Mais la perception est une chose bien précaire; la politique de la «tolérance zéro» enseigne aux hommes qu’il suffit d’un écart, d’un seul petit baiser ou d’une amitié trop intime pour changer définitivement la façon dont ils seront perçus par les autres. Et une fois leur opinion faite, il peut s’avérer quasiment impossible de la changer ». Il ajoute : « les hommes n’ont pas droit à une sexualité complexe », c’est-à-dire qu’on est dans une négation de la possible bisexualité, ou de la fluidité de la sexualité au cours de la vie.

Mais c’est aussi une façon se construire une « fraternité » basée sur le rejet des autres, sur la virilité toxique, sur la violence. L’homophobie cimente la société masculiniste. Mais ceci étant dit, les personnes à l’aise dans leurs sexualités et leurs genres ne sentiront pas l’obligation d’exprimer de la discrimination, de se construire « contre ».

 

Homophobie intégrée : quand les LGBT reproduisent l’homophobie

L’homophobie intégrée est d’abord flagrante envers les garçons les plus efféminés de la communauté, car certains aimeraient donner une « bonne image » de l’homosexualité, autrement dit une image sage, muette, invisible. Ils luttent pour l’acceptation par l’assimilation, et non par la revendication des différences de chacun. En oubliant bien vite que sans les folles, les activistes et les trans d’hier, les gays « hors milieu » d’aujourd’hui ne pourraient certainement pas se marier ni vivre librement en tant que « gay ».

C’est aussi une homophobie latente, qui est partout dans la société et dans notre éducation que l’on manifeste parfois à l’encontre de nos pairs, et donc de nous même.

C’est ici aussi une haine du féminin, car les LGBT n’échappent pas à la construction  misogyne.

Le psychanalyste Joseph Agostini expliquait sur TÊTU :

« L’homophobie intériorisée se guérit quand la personne vit son rapport à l’homosexualité par elle-même et non pas en étant assujettie au regard de sa famille, de son entourage ou de la société. Et cela passe souvent par un travail sur soi-même. »

 

Lesbophobie, biphobie, transphobie: des spécificités à nommer

Si on a l’impression que les lesbiennes furent moins visiblement persécutées que les gays, ce n’est qu’une plus grande violence qui s’exerce : c’est le signe d’une attitude méprisante, reflet d’une misogynie qui, fait à la fois de la sexualité féminine un instrument du désir masculin (notamment dans le porno, et particulièrement « entre femmes »), tout en niant les vraies relations érotico-affectives entre femmes. Les même processus que pour les hommes homosexuels sont à l’œuvre dans la lesbophobie : injures, violences physiques, rejet, tabou, intimidation… Avec cette spécificité de la société misogyne : on leur dit qu’elles se trompent certainement, qu’elles n’ont pas rencontré « le bon », niant là encore leurs individualités.

La biphobie, fonctionne de la même façon : invisibilisation et négation des expériences personnelles (« mais non ça n’existe pas ! », « mais tu es plus gay ou hétéro ? »). La transphobie également, fonctionne sur la haine de la fluidité, de l’auto-détermination en dehors de l’assignation biologique, du féminin également. Elle renvoie les transphobes à la fragilité de ce qu’ils croient comme immuable : le genre, l’identité, l’intime. En réponse, certain.es développent de la violence, refusent de s’adapter au parcours des gens, les considèrent comme des malades à psychiatriser.

Les états décident depuis toujours de ce que nous pouvons faire de nos corps, de nos sexualités, de nos couples. En cela, les LGBTphobies institutionnelles ont influencé les sociétés, et nous avons intégré l’histoire de ces discriminations, ce qui parfois, rend encore plus difficile de s’assumer, et de lutter contre ces violences.

 

À Ecouter : « Homophobie : généalogie d’une haine ordinaire » en replay sur France Culture. https://www.franceculture.fr/emissions/le-gai-savoir/homophobie-genealogie-dune-haine-ordinaire

Voir également cette vidéo de Brut:

 

Cet article a été publié grâce au soutien de la Dilcrah

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