Fin juin, l’ambassade de France en Chine a invité le juriste Daniel Borrillo, militant de longue date de l’égalité des droits en France, à Pékin pour rencontrer les associations LGBT chinoises. Pour Yagg, Daniel Borrillo, auteur de nombreux ouvrages sur le Pacs ou l’égalité des droits, est revenu sur ce dialogue avec les militants locaux.

Le paysage LGBT chinois qu’il a pu découvrir est réduit. « Il y a une quinzaine d’associations, d’une trentaine de personnes chacune. Et on estime qu’il y a 60 millions de LGBT chinois.es.» Et pour cause: «Les associations sont obligées de déménager tout le temps, à cause des propriétaires et des voisins. Pour que quelqu’un vienne, c’est parfois 30 aller-retours par mail et ensuite la personne n’ose pas toujours franchir la porte.», précise-t-il.

« Les associations ont un marge de liberté, mais elle est très restreinte. Il ne faut pas faire de bruit, pas être trop visible. », confirme Zhou Yu, organisateur de la semaine LGBT chinoise à Paris.

Daniel Borrillo renchérit: «Dès qu’une association revendique quelque chose, elle est fermée. L’Etat tolère juste les activités liées à la psychologie. Un exemple: PFlag, l’équivalent de l’asso Contact a fait une croisière pour que les gens puissent parler librement.»

Le chercheur affirme avoir été frappé par cette « société très policière » et surtout par « le poids de la société et de la famille ». « Pour eux c’est impossible de rompre avec leur famille. Tous ceux à qui j’ai demandé m’ont dit que ça n’était pas possible. » Alors pour faire passer la pilule, «les associations paient des psys friendly qui font des certificats pour la famille, pour certifier que l’homosexualité n’est pas une maladie.», explique le juriste.

LES THÉRAPIES DE CONVERSION CONTINUENT
Selon ce qu’il a pu observer les thérapies de conversion, qui ont fait scandale à plusieurs reprises, se poursuivent bel et bien: «Un médecin m’a dit que les thérapies continuaient. La seule chose qui change est que cela n’apparaît plus dans Baidu [le moteur de recherche chinois]».

Lors de son séjour, Daniel Borrillo a assisté à une projection du documentaire les Invisibles, de Sébastien Lifshitz. Si le parcours de ceux qui ont quitté leur famille pour vivre leur homosexualité librement  semblait étranger aux spectateurs et spectatrices ce soir-là, « Une femme qui a eu 4 enfants et se découvre lesbienne sur le tard, ça leur parle », a noté le chercheur.

D’où  certains arrangements… «On se marie entre gays et lesbiennes. J’ai vu les contrats de mariage. Ils stipulent une vie séparée, pas de mise en commun des biens, mais c’est un vrai mariage, avec les 300 invité.e.s, la vidéo. Ils se la regardent ensuite avec leur amis homos. Il y a un film là dessus, Our marriages, réalisé par Yuan Yuan. J’ai rencontré des dissidents qui ne comprennent pas que l’oppression ne vient pas toujours de l’Etat. Personnellement, je trouve que c’est une forme de résistance plutôt maligne.»

Ensuite, l’ambassade Française a réuni autour d’une table plusieurs avocats des associations LGBT pour examiner les stratégies légales éventuelles, champ d’expertise de Daniel Borrillo. «Je crois que c’était la première fois qu’ils se retrouvaient tous ensemble, note le juriste. Je leur ai conseillé de rattacher les affaires au maximum au VIH. Par exemple en France, l’une des premières choses que l’on a obtenues, c’est que la sécu considère les ayant droits des partenaires. C’était un prémisse de reconnaissance du couple. Ils m’ont répondu qu’il n’ont pas vraiment de Sécu, alors j’ai conseillé de se tourner du côté des mutuelles privées. »

Une initiative que salue Zhou Yu: «En Chine on n’a pas cette culture de gens qui s’organisent autour d’une cause pour faire avancer la société. Je rencontre souvent des jeunes chinois.es LGBT qui ne sont pas militants. Ils ne se pensent pas comme des personnes LGBT. Quand on est homo en Chine, on se marginalise, on considère que notre orientation sexuelle n’a rien à voir avec une revendication politique. » Lui même a déjà été invité dans le même cadre afin de créer une semaine LGBT Française en Chine. Faute de financement le projet n’a pas encore abouti.

Avec les avocats chinois, Daniel Borrillo a évoqué une autre piste: la demande d’asile. «Il n’y en pas pour le moment. Ce n’est pas évident vu que l’homosexualité n’est pas officiellement pénalisée en Chine. Je leur ai dit que les persécutions familiales ou l’obligation de thérapie peuvent constituer un motif. Ils étaient surpris.»

Zhou Yu se montre un peu sceptique: «A part quelques cas extrêmes, ça ne semble pas forcément nécessaire, juge-t-il. Et le gouvernement chinois pourrait considérer qu’il s’agit d’interférences avec ses affaires et en ferait une contre-propagande.»

Le militant chinois, qui vit en France, se montre tout de même optimiste. «Les jeunes de 20 ans ont envie de vivre leur homosexualité librement. Leurs parents, qui ont 40 ou 50 ans ont été éduqués dans une société où ça n’existait pas. Il faut encore attendre 10 ans, ou une génération et ça changera.»

La quatrième Semaine LGBT chinoise en France se déroulera du 8 au 20 février 2017.