Le Centre LGBT Paris Ile de France organisait hier soir son traditionnel débat pré-élection, animé par Christophe Martet. L’association avait invité les candidat.e.s de sa circonscription, la 5ème de Paris. Seul le représentant socialiste venant d’une circonscription voisine, mais il s’agissait d’une « personnalité », à savoir Patrick Bloche, l’un des deux rapporteurs du Pacs, avec Jean-Pierre Michel, qui possède s’est-il vanté, la « carte d’adhérent n°1 » du Centre LGBT, jadis installé rue Keller dans le XIème arrondissement, que le député a longtemps dirigé.

Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT a introduit les débats en signalant que 612 candidat.e.s – candidat.e.s et/ou suppléant.e.s – avaient signé la Charte LGBT. Elle a en outre rappelé le rôle capital des député.e.s dans la lutte contre les discriminations.

Message reçu par les candidat.e.s ou suppléant.e.s présent.e.s, toutes et tous signataires de la Charte, par laquelle ils s’engagent à lutter contre les discriminations, ouvrir de nouveaux droits, éduquer contre les stéréotypes, etc.. Dans la circonscription d’une partie du marais et du Centre LGBT, ne pas signer ferait sans doute un peu tache.

C’est la suppléante du candidat LRM Benjamin Griveaux, Elise Fajgeles, qui a concentré l’essentiel des attentions et des attaques. La PMA a en effet occupé une partie importante des débats. Lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’est engagé à mettre en place la PMA, mais seulement après avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Une promesse jugée aléatoire par beaucoup, car le CCNE doit se prononcer sur la question depuis… 2013. « Avec Benjamin Griveaux [porte-parole d’Emmanuel Macron pendant la campagne] nous ferons tout pour que le CCNE puisse rendre son avis », a déclaré la suppléante, avant d’avancer que « même si l’avis n’est pas très favorable, ou défavorable, la PMA sera mise en place ».

Ses concurrents ne se montrent guère convaincus. « Mieux vaut assumer un truc pas clair, qu’essayer de le rectifier », lui lance Julien Bayou (EELV). De son côté Patrick Bloche estime que « la PMA serait une question d’éthique en France si elle était totalement interdite. Elle est ouverte à certains, donc c’est une question d’égalité ».

A rebours de son camp, la représentante des Républicains et de l’UDI, Déborah Pawlik affirme qu’elle voterait une loi sur la PMA et qu’elle serait même « très active » sur le sujet.Layla Yakoub,  candidate de la France Insoumise, met elle l’accent sur le besoin d’avoir un groupe parlementaire cohérent sur la question et pas juste quelques députés en pointe.

Les candidats ont ensuite échangé sur les propos homophobes de Cyril Hanouna, l’éducation, le changement d’état civil des personnes trans. Ils et elles étaient globalement d’accord sur le fond, que certains ne maîtrisaient pas toujours. Sur Cyril Hanouna, c’est Patrick Bloche, président de la commission des affaires culturelles à l’Assemblée Nationale s’est légèrement démarqué des autres candidat.e.s par sa connaissance du dossier. Il a notamment rappelé que c’est bel et bien au CSA de prendre des sanctions contre l’animateur et la chaîne. Et que le CSA s’est souvent plaint auprès du législateur de la restriction de ses attributions. Les députés peuvent peut-être travailler de ce côté-là. Cela mis à part, les divergences tenaient davantage à des questions plus généralistes, qui ont parfois fait irruption dans le débat.

CANDIDATS LGBT

Vincent Autin

Vincent Boileau-Autin (ci-contre), premier marié du mariage pour tous, était candidat en Amérique du Nord. Membre de La République en marche, il n’avait pas l’investiture et s’est présenté en candidat sans étiquette. Il a obtenu 0,36% des voix.

Sergio Coronado, l’un des deux seuls députés ouvertement gay, est au second tour avec 23% des voix. Mais la partie sera compliquée face à son adversaire LRM, qui a fait 43%.

L’autre député ouvertement gay de l’hémicycle, Franck Riester, est candidat à sa succession en Seine et Marne.

Sénateur PS jusqu’ici, Luc Carvounas souhaite rejoindre l’Assemblée. Il a fait son coming-out en 2015.

Patrick Comoy, ancien militant association LGBT, désormais candidat de la France Insoumise, se présente dans la première circonscription de Paris. Dans l’un de ses clips de campagne, il met son militantisme LGBT en avant.

Hélène Hardy est candidate EELV dans la deuxième circonscription du Nord. Elle est ouvertement trans. Elle n’est pas la première femme trans à se présenter aux législatives. Elle a été précédée notamment par Camille Cabral en 2002, ou Camille Barré en 2007.

CANDIDAT.E.S HOMOPHOBES
Hervé Mariton ne se représentait pas, mais beaucoup de celles et ceux qui ont ferraillé contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe sollicitent un nouveau mandat. On peut citer pèle-mêle Marc Le Fur, Nicolas Dhuicq, Philippe Meunier. Leurs propos homophobes sont recensés par le compte Twitter Avis Défavorable (Lire « Avis défavorable »: un compte Twitter rappelle les propos homophobes des député.e.s candidat.e.s à leur ré-élection). Certains des concernés n’apprécient pas.

Ils ne sont pas les seuls être rattrapés par leur passé homophobe. Plusieurs candidats LRM ont également dû s’expliquer sur d’anciennes prises des motion. Olivier Serva, candidat dans la première circonscription de Guadeloupe a qualifié l’homosexualité d’«abomination». L’association Total Respect avait demandé son retrait.  Il s’est excusé dans un communiqué et le parti d’Emmanuel Macron a considéré que cela était suffisant.

Vincent Bru, candidat dans les Pyrénées Atlantiques, a signé une pétition des « Maires pour l’enfance » qui appelle à l’abrogation du mariage pour les couples de même sexe. Après avoir été interpellé sur le sujet, le candidat a demandé le retrait de sa signature. Jérôme Martin détaille l’affaire sur son blog Yagg.

Les élections législatives se tiendront les 11 et 18 juin prochains. Pour l’instant, l’alliance La République en marche / Modem est largement favorite.