M. le Maire du IIIe arrondissement,
Mesdames et Messieurs nos partenaires,
Chers membres et chers bénévoles,

Je voudrai commencer ce discours simplement et humblement en donnant la parole à celles et ceux pour qui nous sommes rassemblé-e-s aujourd’hui : les victimes de lesbophobie, gayphobie, biphobie et transphobie. Quel témoignage choisir parmi les 1575 témoignages reçus par notre association en 2016 ? Ecoutons celui d’Alex :

« Alex est déclaré fille à la naissance, il y a 17 ans. Il vient d’annoncer à sa famille qu’il se sentait garçon et était très heureux comme ça. Son frère l’a violemment frappé quelques jours après. Malgré « les bleus, les bosses sur le crâne et les rougeurs sur le corps », sa mère lui demande de pardonner à son frère. Alex est perdu et ne sait pas s’il pourra pardonner. ».

Ces quelques mots témoignent de la réalité des LGBTphobies en France aujourd’hui. L’an passé, nous avons recueilli 19,5 % de témoignages supplémentaires par rapport à 2015. Les témoignages de transphobie et de biphobie qui nous ont été rapportés ont augmentés respectivement de 76 et 48 %. Elisabeth, dans quelques instants reviendra sur l’analyse de ces chiffres. Elles et ils s’appellent Alex, Myriam, Aziz, Laura, David et Joachim, Sylvie et Erica. Gay, lesbiennes, bi-e-s ou trans, elles et ils ont ont subi moqueries et insultes, rejets et discriminations, coups et violences. Au-delà de nos frontières, nous pensons, ce soir, à toutes celles et ceux dont la vie est menacée par l’intolérance et la haine. Nous pensons particulièrement aux homosexuels tchétchènes, victimes des persécutions organisées par le président Ramzan Kadyrov.

(…)

Il y a quelques jours, la France a porté à sa tête un nouvel homme à la présidence de la République. La campagne qui a précédé cette élection nous a violemment rappelé la précarité des droits et des libertés des personnes lesbiennes, gays, bi-e-s et trans. Nous avons entendu les discours et les silences des candidates et candidats, de leurs représantes et de leurs représentants, de leurs soutiens.

Nous avons entendu celles et ceux qui étaient prêtes et prêts à remette en cause la loi ouvrant le mariage et l’adoption au couple de personnes de même sexe,

Nous avons entendu celles et ceux qui hésitaient pour savoir si oui ou non, demain ou après-demain, la PMA devait enfin être ouverte à toutes les femmes

Nous avons entendu celles et ceux qui honteusement préféraient oublier toute mesure ambitieuse de lutte contre les LGBTphobies et toutes nouvelles avancées des libertés et des droits des personnes LGBT.

Nous avons entendu le mutisme de celles et ceux qui ont choisi ne pas condamner les crimes commis à l’égard des homosexuels tchétchènes.

Nous voudrions, ce soir, nous adresser au nouveau président, à son nouveau gouvernement, à celles et ceux qui, dans quelques semaines, seront élu-e-s à l’Assemblée Nationale, leur dire notre exigence. Face aux LGBTphobies, rappelez-vous ces mots d’Anatole France« Vivre, c’est agir ». Face aux LGBTphobies, vos silences et vos hésitations vous rendront coupables de chaque moquerie, de chaque insulte, de chaque coup. Face aux LGBTphobies, nous en appelons à votre esprit de responsabilité pour construire une société dans laquelle les personnes lesbiennes, gays, bi-e-s et trans puisse vivre et aimer librement.

Nous espérons aujourd’hui une politique juste et ambitieuse de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Elle exige une volonté politique sans faille ; elle impose de prendre des mesures concrètes. Le récent plan de mobilisation contre la haine et les discriminations anti-LGBT de la DILCRAH constitue une feuille de route dont nous attendons qu’elle soit suivie. N’attendez plus pour mettre en place un changement d’état-civil entièrement libre et gratuit pour les personnes trans, n’attendez plus pour ouvrir la PMA à toutes les femmes et reconnaître la diversité des modèles familiaux ; n’attendez plus pour défendre les droits et libertés – la vie – des personnes LGBT sur la scène internationale. Ayez le courage et la détermination de faire des mots d’égalité et de liberté des réalités pour les personnes lesbiennes, gays, bie-e-s et trans, leurs enfants et leurs familles.

Le combat que nous menons n’est pas un combat singulier ; la lutte en faveur des droits humains est, vous le savez, universelle. Chaque pas, chaque avancée nous permet de bâtir ensemble un monde dans lequel la différence est une richesse et non un obstacle, un monde de respect et d’ouverture. Nous voulons croire en l’espérance de ce monde ; nous voulons croire qu’ensemble, nous le construisons.

Et nous le construirons.

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