Portraits | 16.05.2017 - 15 h 15 | 0 COMMENTAIRES
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Enza Fragola, une drag-queen à la conquête de l’Europe

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Aujourd'hui, avec son collectif la Maison Chérie, Enza Fragola va participer au Superball, un concours européen de drag-queens. Portrait.

- Photo : Xavier Héraud

Ses tenues aussi extravagantes qu'artisanales, sa silhouette menue et son éternelle moustache sont en passe de devenir un must de la nuit gay alternative parisienne. Qui est Enza Fragola, la figure montante des drag-queens parisiennes?

Dans le civil, Enza se prénomme Vincent. Il a 29 ans et il est ingénieur informaticien, actuellement sans emploi après un burn out.  Il vit toujours dans sa résidence étudiante et s'occupe d'un jardin partagé. C'est d'ailleurs les fraises de son jardin qui ont donné le "Fragola" de son nom. Le Enza vient d'un surnom d'enfance.

Avant de se lancer, il regardait les vidéos de la drag-queen Sherry Vine, reine de la parodie vulgaire sur Youtube. Il a progressivement sauté le pas il y a un peu plus de deux ans. «J'ai commencé à sortir avec des looks à la Flash Cocotte, puis des looks encore plus fort à la House of Moda, jusqu'au premier Dragathon», se souvient-il.  Le Dragathon est une soirée organisée au Café de la Presse. Plusieurs participants se présentent au public "au naturel". Ils/elles ont ensuite quelques heures pour se maquiller et se mettre en tenue et montrer ce qu'elles savent faire. L'animateur du Dragathon, Jeremy Patinier, alias Môôssieur Jérémy, que les lecteurs et lectrices de Yagg commencent à connaître, le prend sous son aile. Ce dernier parle de sa "daughter" comme on dit chez les drags avec affection:

«Enza, c'est ma fille naturelle. Mais je ne lui ai rien appris, on s'est juste reconnus. Si elle avait commencé avant moi, ça serait elle ma mère. Pas de hiérarchie. On n'a pas juste un même univers, on a les même valeurs, on veut s'amuser, être des clowns, partager avec les gens nous importe plus que d'avoir la première place du concours de beauté. On n'est pas dans le cliché de la drag qui cherche la perfection physique, on aime la performance créative avant tout. On est plutôt dans le concours de la laideur parfois!»

GENDERFUCK
Parlons de son style, justement. Comment le définir? «En général j'utilise les termes qu'on utilise pour me décrire. "Genderfuck" parce que je garde la moustache. "Costume-queen".», essaie-t-il. Comme il le reconnaît, son savoir-faire c'est avant tout de la "débrouillardise": «C'est vraiment fait avec mon pistolet à colle.» «Je suis un énorme gosse, qui s'amuse avec des thématiques. Quand il y a une soirée et qu'il n'y a pas de thématique, je suis un peu perdu», ajoute-t-il.

 

Après les soirées, on voit Enza rentrer au bercail avec son costume dans le métro ou le Noctilien, sous les regards amusés ou interrogatifs des autres passagers. «Généralement c'est bien accueilli, mais il faut être lucide, ça ne sera pas accepté par tout le monde, reconnaît-il. Souvent les gens ne savent comment t'appréhender. J'ai droit à des réactions bizarres ou des rires moqueurs.» Le positif l'emporte sur le négatif toutefois: «Le jeu c'est de retrouver sur les réseaux sociaux les photos que les gens ont pris en cachette. Et le must c'est les gosses. Ils ne savent pas ce que tu es mais tu correspond à quelque chose qui sort d'un dessin animé.»

Me in the sub back from the club like... Saying bye to my sis @calypsooverkill

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MAISON CHERIE
Une autre caractéristique d'Enza Fragola, c'est sa volonté de fédérer. Cela s'est concrétisé en actes: il a créé une soirée, l Extravaganza et un fanzine, Les fées du marais.

«J'aime bien rassembler les gens, confirme-t-il. Le fanzine c'est un moyen de rassembler par l'écrit. Je fais participer des drags d'un peu partout et les sujets sont assez libres. Récemment on a même eu un sujet sur le capitalisme et la culture drag!». La EXtranvaganza se tient tous les mois dans la petite cave des Souffleurs, LE bar gay alternatif de Paris. A chaque soirée, la cave déborde littéralement de spectateurs et spectatrices survolté.e.s. Ce n'est pas tout à fait une soirée drag comme les autres: «Le but de l'Extraganza, c'est de faire monter sur scène des gens qui ne l'ont jamais fait. Je pense que ça marche. Il y a une file d'attente, maintenant.», explique la drag.

Cette soirée a donné naissance à un collectif qui compte pour l'instant 29 drag-queens et un drag-king. Pour Jerrie Jerry, l'un de ses membres, Enza remplit son rôle à merveille en France: «Elle fédère la jeunesse. L'Extravaganza est une super scène ouverte pour les babydrags. Et puis elle s'intéresse à la province et à ce qui se fait en Europe. C'est une pierre angulaire du jeune drag d'aujourd'hui. »

Le 20 mai Enza emmène au Superball d'Amsterdam, un concours de Drag-Houses européennes, animé par la drag-queen Jennifer Hopelezz. Pour l'occasion sa Drag-House à lui a pris le nom de Maison Chérie, avec ce slogan hilarant "It's french can can, not french can't can't". "Je voulais emmener les copines voir ailleurs comment ça se passe. Il y aura une centaine de queens. Le but est moins de faire un concours que de montrer ce qu'on sait faire.", précise-t-il.

 

Maison Chérie will be at Superball 2017.
This is our Superball team :
Enza Fragola as the Extravaganza mother,
the...

Publié par Maison Chérie sur lundi 27 mars 2017

 

Jennifer Hopelezz, qui s'occupe également des jeux olympiques de drag-queens, très engagée sur la prévention et propriétaire d'établissements gay, la néerlandaise tente de fédérer le mouvement drag en Europe, qui monte en puissance depuis une petite dizaine d'années, porté par l'émission américaine RuPaul's Drag Race. C'est un modèle revendiqué pour Vincent/Enza, qui a d'ores et déjà réussi son pari, estime Jérémy Patinier: «Enza a déjà marqué de son empreinte la scène drag. Elle insuffle un truc frais, queer, et puis Enza reste drag même quand Vincent prend le relai... Elle est drag même le jour. Elle ne joue pas un personnage. Elle est une créatrice d'univers.»

On se souvient d'une de ses prestations aux Souffleurs. Enza racontait une discussion Grindr. Lorsque son interlocuteur a vu une photo de Vincent en drag, il s'est exclamé: "Mais tu es une tata!". En bonne drag, Enza Fragola en a fait une performance. Manière de rappeler qu'une drag n'est pas seulement là pour amuser la galerie. L'Europe n'a qu'à bien se tenir.

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Co-fondateur de Yagg. Rédacteur en chef. Photo. Comédies musicales. Harvey Fierstein. These are a few of my favorite things.
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