«Les chiffres sont alarmants», prévient d’emblée Joël Deumier Le tout nouveau président de SOS homophobie présentait cet après-midi à la presse le tout nouveau rapport sur l’homophobie en 2016, aux côtés de la vice-présidente Véronique Godet (photo).

L’association a recensé pour l’an dernier 1515 actes homophobes, contre 1318 l’année dernière, soit une augmentation de 19,5%. Le triste record a été établi en 2013, année des débats autour du mariage pour tous, avec plus de 3500 actes rapportés.

Pour expliquer cette augmentation en 2016, Véronique Godet avance deux facteurs: «Premièrement, la campagne pour l’élection présidentielle a conduit la Manif pour tous et Sens commun a réorganiser leur parole. Leur discours anti-LGBT légitime la haine. Deuxièmement, chaque avancée en matière de droit, comme l’ouverture même restreinte du don du sang, ou l’amélioration des conditions du changement d’état civil, pousse les victimes à témoigner. Ils sentent que ce qui leur arrive n’est pas acceptable et qu’il faut en témoigner.»

Les deux responsables notent de concert l’augmentation des actes biphobes rapportés (+48%) et l’augmentation des actes transphobes (+76%). Ils dénoncent entre autres « la banalisation des blagues homophobes et transphobes dans deux émissions de télé, Le Grand Journal et Touche pas à mon poste. Cette dernière avait fait l’objet d’un rapport marquant de l’association des journalistes LGBT.

Les deux catégories d’âge les plus touchées sont les jeunes et les pré-seniors.

Le principal contexte d’homophobie, c’est internet, où sont survenus 22,5% des insultes homophobes, suivi par la famille et l’entourage (15%), et les lieux publics (14%). En milieu scolaire, on notera que plus de la moitié des témoignages proviennent de mineur.e.s.

Les victimes sont en majorité des hommes (57%).

UNE AGRESSION TOUS LES TROIS JOURS
La partie la plus édifiante du rapport s’attarde sur les agressions physiques. Cela représente 124 témoignages (13% du total), soit « une agression tous les trois jours », note SOS homophobie. On peut lire entre autres ce témoignage:

«À 13 ans, Alexandra vit pleinement sa relation avec sa copine. Mais un soir, alors qu’elle la tient par la taille dans la rue, trois hommes se jettent sur elles. Deux maintiennent Alexandra pendant que le troisième frappe son amie.Puis c’est l’inverse. Quelques jours après cette agression, son amie dit à Alexandra qu’elle ne souhaite plus la voir, ne pouvant pas assumer cette relation.»

«Nous espérons que le ralliement de la Manif pour tous et Sens Commun à Marine Le Pen [ils n’ont pas voulu appeler à voter pour Emmanuel Macron] va montrer qu’ils sont du côté de la haine. Nous, nous voulons une société ouverte.», concluent Joël Deumier et Véronique Godet, qui ajoutent: « Plus on fait des lois qui font avancer l’égalité, plus on fait reculer l’homophobie. Cela nous donne envie de nous engager encore plus sur des dossiers comme la PMA, le changement d’état civil, le don du sang ou la fin des mutilations pour les personnes intersexe.»