Faut-il appeler à voter explicitement pour Emmanuel Macron, ou se contenter d’appeler à voter contre le Front National? C’est le dilemme auquel sont confrontées les associations LGBT en ce moment. Le résultat est le même, mais les mots ont leur importance.

Tout comme SOS homophobie, dont nous avons relayé le communiqué il y a quelques jours, le Centre LGBT de Nice Côte d’Azur n’hésite pas à citer le nom de l’ancien ministre de l’Economie. «Aucune voix ne doit aller au Front National. Nous pensons que voter blanc ou s’abstenir ne permet arithmétiquement pas de faire barrage à la candidate du Front National», écrit l’association, qui ajoute:  «L’urgence dimanche prochain, c’est de repousser fortement Marine Le Pen et son programme mortifère et diviseur. Dimanche prochain, utilisons le bulletin Emmanuel Macron pour battre le Front National et ses idées!»

Même son de cloche chez l’APGL, qui rappelle que Marine Le Pen est désormais soutenue par Christine Boutin, et Sens Commun et qu’ensemble « Ils veulent anéantir l’égalité en droit obtenu au cours du quinquennat de François Hollande par les personnes LGBT et les familles homoparentales ». D’un autre côté, «Emmanuel Macron s’est engagé à respecter les droits acquis par les couples homosexuels et les familles LGBT, tels le mariage et l’adoption et propose des avancées significatives en droit, pour les personnes LGBT et les familles homoparentales.» Par conséquent, l’APGL «appelle sans hésitation et sans ambiguïté, ses adhérent.e.s et l’ensemble de nos concitoyen.ne.s à voter Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen.»

Aucune ambiguïté aussi pour l’Association des familles homoparentales (ADFH) sur son site: «Si le programme d’Emmanuel Macron ne satisfait pas 100% de nos revendications, il n’en demeure pas moins que Marine Le Pen Présidente n’en satisfera aucune et que des années de combats et de droits acquis pourraient être remis en question. Dans ces circonstances, nous estimons que le vote blanc ou l’abstention n’est pas une option permettant de faire barrage au vote extrémiste. L’Association Des Familles Homoparentales appelle donc, sans hésitation, à voter pour Emmanuel Macron au deuxième tour de l’élection présidentielle.»

« L’ADVERSAIRE DU FRONT NATIONAL »
Le constat est le même chez l’Association Nationale Transgenre, mais l’association ne cite pas le nom du chef d’En Marche!: «Au regard de cette situation et sans ambiguïté, l’Association Nationale Transgenre, association non partisane, ne peut qu’appeler les électeurs à ne pas voter pour la candidate Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Les valeurs du Front National que sont l’antisémitisme, le racisme, l’homophobie et la transphobie ne doivent pas être celles de la  France du 8 mai 2017.», est-il expliqué dans le communiqué de presse, où il est ensuite lancé cet avertissement: Cette prise de position n’exonère cependant pas de leurs responsabilités l’ensemble des acteurs des politiques menées durant plusieurs dizaines d’années, sans lutter véritablement contre les causes de la montée de l’extrême droite et ses théories mortifères. Si rien ne change, il sera bien plus difficile d’éviter le pire dans les années à venir..»

L’Inter-LGBT, qui a appelé dans un premier temps à « faire barrage aux idées du Front National » (Lire L’Inter-LGBT s’explique: « Nous ne donnons pas de consigne de vote, mais nous voulons pousser à la réflexion »), publie un second communiqué, qui s’en prend en détail au programme du Front National, accompagné de cette infographie (relayée en détail sur les réseaux sociaux de l’association).

«Face aux risques que le programme de Marine Le Pen fait peser sur notre démocratie, l’InterLGBT appelle chacune et chacun à continuer de se mobiliser en se joignant aux différentes manifestations qui auront lieu cette semaine et en votant massivement le 7 mai prochain pour l’adversaire du Front National.», conclut le communiqué. Sur Yagg, Clémence Zamora-Cruz expliquait que l’Inter-LGBT ne pouvait appeler à voter explicitement en faveur d’un.e candidat.e car c’est une association « a-partisane ». L’Inter-LGBT avait pourtant appelé à voter Jacques Chirac en 2002 et François Hollande en 2012.