Il faut se méfier des comparaisons. Les initiés n’est ni le Brokeback Mountain, ni le Moonlight sud-africain, comme on a pu l’entendre ou le lire ça ou là. Le film de John Trengrove, qui sort ce 19 avril, est une oeuvre originale, assez forte pour exister par elle-même, sans avoir besoin de se mesurer à d’autres.

Les initiés, The wound («la blessure» en anglais), raconte l’histoire d’un groupe d’hommes de l’ethnie Xhosa, celle de Mandela ou Desmond Tutu. Deux fois par an, des groupes d’adolescents sont confiés à quelques adultes pendant une semaine. Ces derniers doivent faire d’eux des hommes. Cela passe par une retraite au sein des montagnes dans des conditions rudimentaires et une série de rituels, en tête desquels la circoncision. Deux des initiateurs, Xolani et Vija ont une liaison secrète, qu’ils ne peuvent dévoiler au grand jour en raison des préjugés encore trop forts contre l’homosexualité. Mais l’un des initiés, Kwanda, un jeune homme de Johannesburg, gay et insolent, va mettre en péril cette relation et peut-être le groupe dans son ensemble.

REFLECHIR A NOTRE REGARD
La force des Initiés c’est de nous inciter, nous spectateurs occidentaux, à réfléchir à notre regard sur d’autres cultures. Tel le personnage de Kwanda, on peut être tenté de vouloir encourager  Xolani et Vija à quitter leur communauté, qui les empêche de s’émanciper de vivre pleinement leur attirance pour les hommes. Mais est-ce aussi simple? Ce raisonnement n’est-il pas condescendant? Comme le réalisateur John Trengrove nous l’a confié dans une interview à suivre sur Yagg, Kwanda représente en quelque sorte son point de vue d’homme blanc, qui assume parfaitement son homosexualité, sur cette communauté d’hommes noirs attachés aux traditions. Il faut se méfier des jugements trop hâtifs et des solutions toutes faites, semble-t-il nous dire. Xolani pourrait-il vraiment faire son coming-out et s’émanciper, même s’il le voulait?

Le chanteur Nakhané (au premier plan sur la photo), dont c’est le premier rôle à l’écran, parvient par sa présence magnétique à retranscrire parfaitement les tourments intérieurs auxquels Xolani est confronté. Bongile Mantsai apporte lui sa force brute au personnage de Vija ; une brutalité qui cache mal les failles de ce macho apparemment mal dégrossi. Pour plus d’authenticité, tous les comédiens font partie de l’ethnie Xhosa et tous, à l’exception de celui qui incarne Kwanda, sont passés par le rituel décrit dans le film. Il est en principe interdit à ceux qui l’ont expérimenté de parler du rituel à l’extérieur. Dans son autobiographie, Nelson Mandela a néanmoins levé le tabou en décrivant sa propre expérience de « l’Ukwaluka ». Pas encore sorti en Afrique du Sud, Les initiés a déjà commencé à faire parler de lui et de son sujet au sein de la nation arc-en-ciel. Ce n’est pas le moindre des mérites de ce film aussi bouleversant qu’éprouvant.