Après Jean-Luc Mélenchon (Lire Jean-Luc Mélenchon, équilibriste dans « Famille Chrétienne »), c’est au tour de Benoît Hamon de donner une interview à l’hebdomadaire Famille Chrétienne. Et comme son ancien camarade de parti, le candidat socialiste semble avoir des mots plutôt conciliants avec la Manif pour tous.

L’hebdomadaire l’interroge sur ses rencontres avec le mouvement de Ludovine de la Rochère, au moment des débats. L’élu se justifie: « Parce que j’ai une culture du mouvement social ! J’ai été de l’autre côté du manche : je sais que, lorsqu’on défile dans la rue, et que personne ne vous écoute, ça vous énerve ! Je me souviens que, lors de la mobilisation contre la loi Devaquet [en 1986, NDLR], j’étais révolté par la manière dont nous étions traités! J’ai bien vu que les manifestants étaient contents de pouvoir être entendus, quand je venais les rencontrer.»

«ON M’A MIS EN GARDE»
Benoît Hamon reconnaît toutefois qu’on l’a découragé de rencontre les militant.e.s anti-mariage pour tous: «On m’a mis en garde, mais je l’ai systématiquement fait. Je suis très proche de Christiane Taubira, et je sais combien elle a souffert d’avoir été insultée, traitée de « guenon ». Certains activistes avaient des propos inacceptables. Mais ce que je cherchais à engager, avec ceux qui étaient ouverts au dialogue, c’était une relation. J’ai essayé de défendre le mariage pour tous. Nous avons eu des discussions passionnantes.»

Lors de ces discussions, Benoît Hamon a constaté que «c’était un mouvement hétérogène, et non un bloc»: « Parce que le débat sur le mariage pour tous et la filiation a existé dans chaque famille de France! Dans la Manif Pour Tous, j’ai vu une palette de nuances et d’opinions.», affirme-t-il.

Et de livrer une analyse: «J’ai perçu dès le début qu’il s’agissait d’un véritable mouvement social. Nous avons formé des générations de militants dans la rue. Fort de cette expérience, je me suis immédiatement dit qu’il se formait là une nouvelle génération de cadres politiques. On commence déjà à les voir : c’est Sens Commun.»

Sur les réseaux sociaux, certains ont été choqués de cette interview, à l’image de la militante Alice Coffin (Oui Oui Oui, La Barbe, AJL), qui dénonce une « bienveillance » vis à vis de la Manif pour tous:

DENIS QUINQUETON: «IL A RECONNU UNE EVIDENCE»
Denis Quinqueton, responsable des questions LGBT pour la campagne de Benoît Hamon, défend son candidat:

«Familles Chretiennes n’est assurément pas ma lecture de chevet. Je ne fais partie ni des 50 000 acheteurs ni des 2,5 millions de visiteurs uniques de la version numérique. Reste que Benoit Hamon n’est pas allé y amadouer les réacs en reniant ses engagements. Il a reconnu une évidence : que la manif pour tous est ce qu’on appelle un « mouvement social » qui, d’ailleurs, phagocyte la droite aujourd’hui. Et puis il a défendu son projet.»

Celui qui est également président d’HES en profite pour tacler Emmanuel Macron, sans le nommer: «Je connais un autre candidat, ex conseiller du président Hollande, qui, dans un média mieux admis, a déposé ses engagements timides aux pieds de nos adversaires sans regret particuliers.» Le candidat du parti En marche avait en effet provoqué un mini-tollé par!ès avoir affirmé dans L’Obs que celles et ceux qui étaient contre le mariage pour tous avaient été « humiliés » pendant les débats (Lire « France anti-mariage pour tous humiliée »: Taubira répond à Macron).

Pourquoi Benoît Hamon n’a-t-il pas prononcé le mot d’homophobie? Denis Quinqueton souligne en réponse que son candidat «a parlé de « laïcité », sans fioriture, qui protège la liberté de chacun, les personnes LGBT+ comme tous les autres, ce qui est bien plus provoquant à l’égard des plus radicaux lecteurs de Famille Chrétienne.»