Le CEVIPOF a voulu savoir si l’orientation sexuelle jouait un rôle dans les intentions de votes. L’Institut, lié à Sciences Po, a donc demandé à des hommes et des femmes, hétérosexuel.le.s ou non pour qu’ils/elles comptaient voter au premier tour de l’élection présidentielle en avril (voir enquête).

Voici les principaux enseignements: les hommes hétérosexuels votent d’abord pour Marine Le Pen et ensuite Emmanuel Macron. Cette tendance est inversée chez les hommes gays ou bisexuels, qui placent en tête le candidat du parti En marche avant la présidente du Front National.

Les femmes hétérosexuelles pour Emmanuel Macron, puis Marine Le Pen. Les femmes non-hétérosexuelles votent elle d’abord Emmanuel Macron, puis Benoît Hamon.

Voir graphique ci-dessous:

Pour Sylvain Brouard, qui signe la note du Cevipof: «Loin d’être le déterminant prépondérant des attitudes politiques, l’orientation sexuelle ne produit pas des électorats aux positions politiques radicalement différentes. Malgré les enjeux liés à l’orientation sexuelle, les électeurs et électrices homosexuels ou bisexuels ne présentent pas des intentions de vote homogènes. La question sexuelle ne résume pas leurs attitudes politiques. Les logiques politiques, sociales et territoriales qui affectent les attitudes politiques de l’électorat hétérosexuel, restent pertinentes pour eux également.

Malgré l’opposition farouche, à défaut d’être unanime, du Front national et des Républicains au mariage pour tous et à la procréation médicalement assistée (PMA), une partie des électeurs et électrices homosexuels ou bisexuels se prononcent en faveur des candidats de ces partis d’opposition à la majorité présidentielle, dans une logique conforme au classique vote sanction.»

LES LESBIENNES ET BISEXUELLES VOTENT MAJORITAIREMENT A GAUCHE
Cependant l’orientation sexuelle a incontestablement des effets sur les intentions de vote, recueillis en mars 2017, pour le premier tour de l’élection présidentielle. Son effet n’est cependant pas constant selon le genre. L’effet est minimum parmi les électeurs non-hétérosexuels et en faveur d’Emmanuel Macron. La crainte d’une éventuelle remise en cause du mariage pour tous ne semble ainsi pas telle dans cet électorat qu’elle le dissuaderait de voter pour les candidats de droite.

Chez les femmes lesbiennes et bisexuelles, c’est une autre histoire. Elles sont les seules à, en cumulé, déclarer vouloir voter majoritairement pour des candidat.e.s  de gauche. Tou.te.s les autres choisissent majoritairement des candidat.e.s de droite.  «L’effet de l’orientation sexuelle est, à l’inverse, maximum parmi les électrices non-hétérosexuelles avec un tropisme clairement favorable aux candidats de gauche. L’inclination à gauche de ces électrices est cohérente avec la mobilisation d’une partie d’entre elles sur les enjeux de la PMA et de l’adoption.», estime Sylvain Brouard.

En 2016, le Cevipof avait déjà voulu savoir si les gays et les lesbiennes marié.e.s votaient-ils plus à gauche que les autres?