Cette infortune, c’est l’histoire d’un adolescent qui a grandi dans une petite ville de Gironde et qui s’enfuit à Paris pour vivre plus facilement son homosexualité. Mais comment financer un départ pour la capitale quand on est encore dépendant financièrement de ses parents? La réponse, il la trouve sur un site de rencontre bien connu, qui comporte une partie escort: il va se prostituer. Cela suffira-t-il? Rien n’est moins sûr.

Maxime Cochard a 32 ans et en paraît pratiquement dix de moins. Il se définit comme un « militant politique » et appartient au Parti Communiste Français. Il est né et il a grandi à Paris, mais c’est à Bordeaux qu’il décroche son diplôme de Sciences Po. Assistant du groupe Communiste à l’Assemblée Nationale pendant 6 ans, il est désormais l’un des collaborateurs de Ian Brossat, adjoint chargé du logement à la ville de Paris. Il se présente par ailleurs aux élections législatives à Paris dans le XIVè arrondissement. Pas vraiment le profil typique d’un écrivain – si tant est qu’il y en ait un. Comme influence littéraire, il cite de but en blanc Hervé Guibert, Guillaume Dustan ou Edouard Louis. « Pas très original! », s’excuse-t-il.

Cette infortune, son premier roman, est la concrétisation d’une vieille envie d’écrire. « Depuis assez petit, je dirais même dès 10 ans, c’était quelque chose que je voulais faire, confie-t-il. J’adorais inventer des histoires pour les rédactions à l’école. C’est peut-être là que je me suis dit « ça je sais le faire ». Il a pourtant fallu pas mal d’essais avant de parvenir à rédiger un livre entier: « Pendant toute mon enfance j’ai essayé d’écrire. On commence trois ou quatre pages et on s’arrête. Jusqu’à quasiment aujourd’hui. Et puis j’ai voulu me prouver à moi-même que j’étais capable de finir un projet. J’ai écrit un manuscrit, un deuxième. Le livre doit être le troisième. »

LA PROSTITUTION, UNE RÉALITÉ POUR DE NOMBREUX JEUNES GAYS
Le thème de la prostitution chez les jeunes gays ou bisexuels est récurrent dans la culture gay, notamment au cinéma. Lors de notre discussion, Maxime Cochard évoque l’influence de My own private Idaho, de Gus Van Sant. L’auteur explique avoir voulu donner une autre image de la prostitution, différente de « cette image d’épinal de la prostitution un peu noire, un peu cheap, sur les aires d’autoroutes ». Et puis, la prostitution est une réalité dans la communauté, reconnaît l’auteur: « Je suis frappé par le fait que lorsqu’on est un jeune gay en région parisienne, on est forcément à rencontrer quelqu’un de concerné, à avoir des propositions sur les sites de rencontre. En région parisienne et au delà.»

Le roman ne présente pas vraiment les clients du jeune homme sous un jour très favorable, forcément disgracieux, pathétiques… Maxime Cochard y voit un reflet du regard et des ambiguïtés du personnage: « Il s’attache à des hommes plus âgés, il a besoin d’eux et d’une certaine façon il est fasciné par eux et en même temps ils ne l’attirent pas. L’histoire du livre, c’est la manière dont il gère cette contradiction. »

Quand on décrit son héros comme un anti-héros, Maxime en rit: «Il n’est pas très sympa, oui! Enfin, on m’a dit qu’il n’était pas très sympa. Pour moi, c’est un anti-héros, mais c’est le premier de sa classe, il est beaucoup dans l’ambition, il est plutôt intelligent, calculateur, il a une bonne opinion de lui-même. Je ne le trouve pas totalement antipathique. Il est pétri de contradictions. Il essaie de faire avec ce qu’il a et ce qu’il a c’est que les gens le trouvent mignon. Il veut monter à Paris pour la gloire, le pouvoir… de ce point de vue, c’est un héros, pas anti!»

LA VIE NOCTURNE DE L’ASSEMBLEE NATIONALE
Une partie importante du livre se déroule à l’Assemblée Nationale, où siège l’un des clients du jeune homme, un éminent député socialiste. Pour la description des lieux et de l’ambiance, le militant s’est directement inspiré de son expérience en tant qu’assistant parlementaire: «Ce que les gens ne savent pas forcément, c’est qu’à l’Assemblée, il y a une vie nocturne. Chaque député a un bureau et pour tous les députés des régions, qui sont la majorité, le bureau comporte un lit. C’est plutôt un hôtel, en fait. Il y a d’ailleurs un hôtel au sein de l’Assemblée, où l’on peut payer une chambre un peu plus confortable.» Et cette vie nocturne est source de rumeurs, ajoute-t-il: «Comme assistant, je n’ai pas vu d’aller et venues dans les lits des députés [rires]. Mais on m’en a parlé, les députés en parlent. Ils ont vu un tel avec une dame qui leur fait penser que c’est une relation tarifée, etc. Le député qui a sa vie bien rangée en province et qui s’autorise des choses quand il est à Paris… Après, qu’est ce qui est vrai, qui fait partie du mensonge ou de la perfidie politique, ça je n’en sais rien.»

Et preuve que le militant communiste n’est jamais loin derrière l’écrivain, les députés socialistes en prennent pour leur grade! Maxime Cochard assume et s’explique:                                                                                                                                        «J’ai été assistant des députés communistes pendant 4 ans sous une mandature de droite. Je voyais les députés socialistes s’opposer de toute leur force à ce que Sarkozy et la droite faisaient. Avec des mots parfois virulents. Ils expliquaient que c’était quasiment le fascisme à nos portes. Et lorsqu’en 2012 j’ai vu les mêmes adopter des textes de loi extrêmement proches voire pires dans certains cas et qui trouvaient toutes les justifications, cela m’a plongé dans un état de dévastation!» Il reconnaît toutefois avoir mis de l’eau dans son vin depuis: «C’est très lié à l’époque où j’écrivais. Maintenant, j’ai un peu affiné mon discours!», conclut-il dans un éclat de rire.