Il tient à témoigner, « en tant que militant », pour « dire aux gens qu’il ne faut pas se taire ». A peine quelques jours après avoir été séquestré, battu et violé pendant plus de 48 heures, Zak Idriss Ostmane a déjà fait le récit de son week-end d’horreur une bonne vingtaine de fois, que ce soit pour la police ou les médias. Pour Yagg, ce militant algérien réfugié en France a accepté sans hésiter de livrer son témoignage.

Vendredi dernier, il se rend à son bar fétiche à Marseille, le Polikarpov. Il commande une première bière, profite de la soirée, puis en commande une deuxième, qu’il laisse loin de lui un instant.

«D’HABITUDE, JE SUIS TRES MEFIANT»
«Je reprends une gorgée et au bout de même pas dix minutes, j’ai la tête qui tourne, je me sens bizarre. » Un homme d’une trentaine d’années l’approche. Contrairement à ce que plusieurs journaux ont écrit, ce n’est pas Zak qui a invité l’homme à le suivre mais l’inverse. «D’habitude, je suis très méfiant, je ne vais jamais chez quelqu’un comme ça. Et comme par hasard, ce soir là, je l’ai suivi. » Les deux hommes se rendent à un hôtel à proximité. « Je ne me suis même pas rendu compte que c’était un hôtel », ajoute-t-il. Il pense avoir été drogué. Les analyses sont actuellement en cours. « J’entre, je m’assoie sur le rebord du lit. Un autre homme rentre et repart tout de suite. L’homme qui m’a invité me propose une bière. Je prend une gorgée, je n’ai même pas le temps de la reposer sur le petit meuble qu’il m’a assène un coup sur le visage. Je perds connaissance. Quand je me réveille, l’homme est en train de me sodomiser. J’essaie de résister, il me tape encore. Il me demande ensuite d’aller me laver.  »

Le deuxième homme revient. Celui-ci se met également à frapper Zak. Il dit dans un mauvais français qu’il veut coucher avec lui. Devant le refus de Zak, les coups pleuvent. Il lui demande ensuite de l’argent et le force à donner sa carte bleue, en le traitant à plusieurs reprises de « pédé ». Zak obtempère, mais donne un faux code. Mal lui en prend. « Il est remonté complètement enragé et m’a frappé pendant au moins une demie-heure. J’ai donné le bon code, mais la banque a avalé la carte. Il est revenu et m’a encore tabassé. » Le premier agresseur lui fait boire de l’alcool. Les deux hommes le frappent de minuit à 5h du matin… Et c’est loin d’être fini.

A un moment, il m’a attaché les mains au lit avec une paire de draps qu’il a déchiré. Et là ça a été une vraie torture. Il m’a mis des coups de poings encore et encore, comme si j’étais un sac de sable. » Un peu plus tard, l’homme le jette contre le mur. « Mon nez a craqué, il y a plein de sang partout.J’ai commencé à crier d’une parce que j’avais mal et de deux pour que les gens viennent me délivrer. Personne n’a entendu. Le plus jeune, l’américain, m’a mis un couteau sous la gorge et m’a dit « tu te tais, ou on va te tuer ».

«VOUS LES FRANÇAIS, VOUS DETESTEZ TRUMP»
Zak  poursuit son récit: «Après il voit ma chaîne en or avec une étoile de David et me dit « Vous les Français vous détestez Trump, mais il va être un grand président. Il veut lutter contre le terrorisme, mais vous ne nous aidez pas, vous n’aidez que les noirs et les arabes. C’est dommage qu’Hitler n’ait pas eu le temps d’en finir avec les juif ». Un discours très carré, facho».

Son calvaire continue encore une journée, sans manger. Parfois l’un des hommes s’enferme à côté pour regarder du porno pendant des heures.

Il doit son salut à une voiture de police qui passe par là. Alors que ses agresseurs sont dans une autre pièce, il voit la voiture par la fenêtre. « J’avais 20 secondes pour sauver ma vie. Je me suis dit « soit j’ouvre la fenêtre et je crie et les policiers vont venir me sauver » soit je vais mourir ici. »

Il choisit de tenter sa chance. Ses agresseurs lui sautent immédiatement dessus pour le faire taire. Mais les policiers sonnent déjà à la porte et arrêtent les deux hommes.

On a du mal à croire que personne dans l’hôtel, personnel ou client n’ait entendu le calvaire de Zak. « Au contraire, le responsable de l’hôtel m’a accusé d’être responsable. »

Il est ensuite emmené à l’hôpital où il passe de nombreux examens. Mercredi la police organise une confrontation avec ses agresseurs. Seul le deuxième accepte de se prêter à l’exercice. Ce dernier raconte que Zak a essayé d’embrasser son ami et que c’est pour ça qu’il l’a agressé. « J’ai suivi parce que j’ai été drogué, mais je me rappelle que dans mon esprit, il n’a jamais été question de sexe. » L’homme raconte aussi qu’il avait peur que son ami lui fasse subir le même sort.

 

Selon La Provence les agresseurs sont deux anciens militaires, un ancien membre de la Légion étrangère et un légionnaire déserteur. Ils ont été écroués à la prison des Baumettes. Ils ont été mis en examen pour viol, séquestration, violences volontaires et vol. «J’ai toujours du mal à croire que cela m’est vraiment arrivé», confie le militant.

L’association Shams France, que Zak a cofondée, lui a apporté son soutien, et a diffusé des photos de lui à l’hôpital, le visage tuméfié.