A la une, Culture & Loisirs, Livres | 16.02.2017 - 10 h 18 | 1 COMMENTAIRES

Livres: « When we rise », la vie de Cleve Jones de Harvey Milk à la lutte contre le sida

Publié par
La vie de Cleve Jones a inspiré la mini-série événement «When we rise», bientôt diffusée aux Etats-Unis. Nous avons lu son autobiographie. Celle d'un militant exemplaire. Comtpe-rendu.

"La génération d'homosexuels dont je fais partie est la dernière à avoir grandi sans savoir s'il y avait quelqu'un d'autre sur la planète qui ressentait la même chose que soi", écrit Cleve Jones en ouverture de son autobiographie, When we rise: my life in the movement (Hachette Books, non disponible en français). Ceux qui ont vu Harvey Milk se souviendront sans doute du jeune militant fougueux incarné par Emile Hirsch. Le film de Gus Van Sant, avec un scénario de Dustin Lance Black, a permis de faire connaître Cleve Jones au grand public. Il sera l'un des personnages principaux de la mini-série When we rise, incarné par Austin McKenzie et Guy Pearce. Aux commandes de cette fresque sur les droits LGBT aux Etats-Unis, l'équipe de Harvey Milk: Gus Van Sant à la réalisation et Dustin Lance Black au scénario.

Né en 1954, Cleve Jones a grandi dans l'Arizona. Dans un livre, il découvre un jour qu'il y en a d'autres "comme lui". "C'est à partir de ce moment-là que je n'ai plus jamais eu envie de me suicider", note-t-il. Il apprend aussi qu'il existe une sorte de terre promise pour les gays et les lesbiennes: San Francisco. Il y débarque dans les années 70. Beaucoup de jeunes homos ont comme lui fui leur famille et la ville où ils ont grandi pour venir vivre leur homosexualité au grand jour. Ils vivent une vie de bohème, en squattant ici ou là, profitant parfois de la générosité d'hommes plus âgés, militant contre la Guerre au Vietnam, contre Nixon, etc. Dans son autobiographie, Cleve Jones s'attarde beaucoup sur ses premières années à San Francisco, avant qu'il ne "bascule" dans le militantisme gay. A ce titre, When we rise constitue un portait précieux de cette jeunesse américaine qui entend profiter de la vie, tout en se cherchant un avenir, dans une ville que les homos s'approprient peu à peu.

AUX CÔTÉS D'HARVEY MILK
Au gré de ses déambulations, Cleve Jones entend parler de temps à autre du propriétaire du magasin de photo Castro Camera, qui se présente régulièrement aux élections. Il le croise parfois. L'homme est dragueur, il aime les jeunes hommes et n'hésite pas à tenter de les recruter pour ses campagnes au passage. A force de militer et de manifester, Cleve Jones peut sans problème organiser un rassemblement en quelques heures. C'est une compétence qui serait bien utile au new yorkais Harvey Milk, installé depuis quelques années à San Francisco, qui rêve d'être le premier élu ouvertement gay de la Côte Ouest. Au début, le jeune militant garde ses distances. Puis, le déclic arrive en 1977. Cleve Jones est à Barcelone et assiste à l'une des premières manifestations gay du pays, deux ans après la mort du dictateur Franco. Sur La Rambla, la police s'en prend violemment au cortège et blesse de nombreux manifestants (on peut voir une photo de la manif sur le site du Musée de la Reine Sofia). L'américain est impressionné de voir ces derniers continuer à manifester malgré tout. Il l'écrit à un ami. Ce dernier montre le courrier à Harvey Milk. Avec l'audace et l'aplomb qui le caractérise, Milk fait publier la lettre dans un journal. A la fois agacé et épaté par le culot de l'homme politique, Jones finit par le rejoindre et travailler plus régulièrement avec lui. Il le suit lorsque Milk est enfin élu au Conseil municipal de San Francisco. Ensemble, ils mènent une bataille victorieuse contre la proposition de loi du Sénateur Briggs, qui veut interdire aux homos d'enseigner à des enfants et des adolescents. Le 27 novembre 1978, Cleve est l'un des premiers à voir le corps de l'élu, assassiné par Dan White, un autre conseiller municipal. «Je n'avais jamais vu un cadavre», écrit-il.

PATCHWORK DES NOMS
Même si la mort de Milk porte un coup dur au mouvement homosexuel, celui-ci reste plus fort que jamais... Mais à peine trois ans plus tard, les autorités sanitaires commencent à répertorier un nombre alarmant de cas de pneumonies mortelles et d'un cancer rare appelé Sarcôme de Kaposi chez les gays. «Juste quand les choses commençaient à s'améliorer», se lamente le militant, le sida frappe de plein fouet la communauté gay locale. San Francisco était devenue la Mecque des gays? La "punition" comme certains présentent alors l'épidémie n'en sera que plus cruelle. Cleve lui-même n'est pas épargné. A 31 ans, il apprend qu'il est séropositif. A l'époque, cela résonne comme une sentence de mort à moyen terme. Parce que la perte de ses amis et de ses amants lui est insupportable, il a une idée. Créer un bout de tissu consacré à une victime du sida, puis coudre tous les morceaux ensemble pour en faire un patchwork. Tous ceux à qui il en parle trouvent d'abord l'idée ridicule. Il persiste et rêve d'un patchwork géant déployé sur les pelouses du National Mall. Son rêve finit par se réaliser. Mais ne fait toujours pas l'unanimité. Le fondateur d'Act Up-New York estime ainsi qu'il faudrait "brûler" le patchwork. «D'accord mais si on t'enveloppe dedans d'abord, Larry», lui répond Cleve Jones malicieusement, avant d'ajouter: «La colère ne peut pas être la seule réponse à cette épidémie».Cette opposition entre un militantisme "compassionnel" et un militantisme de la "colère" est d'ailleurs l'un des sujets abordés dans la pièce de Larry Kramer, The Normal Heart, adapté à l'écran par Ryan Murphy en 2014. Aujourd'hui, le patchwork rassemble plus de 85 000 noms et pèse plusieurs tonnes. C'est la plus grande pièce d'art communautaire jamais créé.

L'arrivée des tri-thérapies au milieu des années 90 sauve la vie de Cleve Jones. Depuis San Francisco, il continue à militer dans la lutte contre le sida, puis pour l'ouverture du mariage aux couples gays et aux couples lesbiens. Il travaille désormais pour un syndicat de personnel hôtelier, où il apporte ses connaissances en matière d'activisme et son lien avec la communauté LGBT. «Le militantisme m'a sauvé la vie», affirme-t-il au début de sa préface. La sienne et des milliers d'autres au passage.

La bande-annonce de When we rise: 

 

Print This Post
Photo du profil de Xavier Héraud
Publié par
Co-fondateur de Yagg. Rédacteur en chef. Photo. Comédies musicales. Harvey Fierstein. These are a few of my favorite things.
Autres articles | Profil | Compte Twitter
 
LES réactions (1)
  • Par Charade 17 Fév 2017 - 10 H 16
    Photo du profil de Charade

    Admiration…

    Signaler ce commentaire

     
  • Vous devez être connecté pour poster un commentaire.