Ce mercredi 8 février, sur Europe 1, Nicolas Canteloup a évoqué dans un sketch (voir le verbatim à ce lien) le viol dont a été victime Théo, agressé par quatre policiers à Aulnay sous Bois. Alors même qu’il ne remet jamais en cause la réalité du viol, Canteloup a cherché à déshumaniser la victime en décidant de rire du jeune homme, contre le jeune homme, l’humiliant par ses mots comme les policiers l’ont humilié par leurs actes et leurs insultes. En imaginant qu’une victime puisse éprouver des sentiments pour son bourreau au point de vouloir se marier avec lui, Canteloup fait du viol un mal nécessaire, qui finit par faire le bonheur de la personne agressée. Or, les bourreaux étaient ici des policiers. Ce viol s’inscrit dans la logique des violences policières permises par un racisme structurel qui traverse la société et ses institutions, à commencer par la police. Nier le racisme de l’agression et son caractère systémique rajoute à la déshumanisation. Le sketch alimente enfin l’homophobie qui traverse la société.

Il ne s’agit donc pas d »un « dérapage (…) involontaire pas drôle et vulgaire » comme voudrait nous le faire croire Nicolas Canteloup en reprenant le communiqué de son producteur, ou d’un sketch qui serait seulement « très très très très nul », comme il l’a lui-même reconnu le lendemain à l’antenne. Ces propos sont bel et bien une défense des systèmes d’oppression qui traversent notre société : racisme, homophobie, culture du viol.

CULTURE DU VIOL ET HOMOPHOBIE
La culture du viol est constituée des discours et des pratiques qui minimisent, banalisent, cautionnent et parfois valorisent le viol (lire l’article à ce lien pour une analyse de détail). C’est une manifestation des plus courantes et des plus diffuses du sexisme. Elle s’associe très bien avec l’homophobie, comme le prouve le sketch de Canteloup. En laissant entendre que des hommes homosexuels auraient voulu être à la place de Théo, l’humoriste les réduit à l’obsession de la pénétration, à leur sexualité, à la soumission, et fait du viol une chose désirable. Canteloup présente les homosexuels comme approuvant la culture du viol, y trouvant du plaisir, l’appelant de leur vœux : donc complices. Il dissimule ainsi que c’est la société tout entière, dominée par le patriarcat hétérosexuel, qui tolère le viol. Il fait des victimes de viol des complices au fond consentantes.

A celles et ceux qui penseraient qu’aujourd’hui, l’homophobie ou le sexisme seraient le fait exclusif de jeunes hommes racisés de banlieue, le sketch de Canteloup prouve le contraire : non seulement l’homophobie et la culture du viol sont relayées sur une grande chaîne de radio par des personnes blanches, disposant d’un fort capital culturel et d’un relai médiatique, mais ces discours d’oppression sont utilisés pour humilier un peu plus les victimes racisées des violences policières.

RACISME
En faisant d’une telle agression un sujet de blague, en expliquant que « la police ne recommencera plus », Canteloup masque, et donc cautionne, le caractère systémique et raciste des violences policières. Comme le rappelle Sihame Assbague (voir article à ce lien), « La question n’est pas de savoir combien il y a de bons ou de mauvais policiers, ni de distribuer des bonus ou des malus ; ce qui est primordial c’est d’interroger les dysfonctionnements de l’institution policière dans son intégralité. Le sujet des violences policières doit être abordé de manière systémique . (…) Et ceux qui persistent à présenter ces affaires comme des cas isolés font, en réalité, partie du problème dans la mesure où il contribuent à l’invisibilisation et à la dépolitisation de la brutalité policière. » Les propos de Nicolas Canteloup légitiment les violences policières et sont une tentative de discréditer les mobilisations contre le racisme institutionnel.

Le « désolé » de Nicolas Canteloup ne peut donc suffire. D’une part, il se dit désolé auprès de sa rédaction et des auditeurs, mais n’adresse aucune excuse envers Théo ou les victimes des violences policières, les victimes de viol et les homosexuels. D’autre part présenter comme un « dérapage (…) involontaire » ou un sketch « très très très très nul » un discours aussi cohérent, manifestation logique de la culture du viol, du racisme structurel et de l’homophobie, c’est ne pas admettre ses responsabilités dans les perpétuations des oppressions qui font tant rire Canteloup.

Nous dénonçons la défense du racisme institutionnel, celle de la culture du viol et la banalisation de l’homophobie qui sont au cœur des propos Nicolas Canteloup. Nous rappelons que l’homophobie tue, que le viol reste en France le plus souvent impuni, voire toléré. Nous appelons enfin à une prise de conscience globale du racisme d’État, et de ses manifestations, comme les violences policières à l’égard des personnes racisées. Nous apportons tout notre soutien à Théo, et à toutes les victimes des violences policières et du racisme institutionnel. Nous appelons à participer à la marche pour la justice et la dignité, organisée par les familles des victimes de violences policières le 19 mars prochain à Paris.

Yuri Casalino, activiste, Rachel Easterman-Ulmann, autrice, Cy, journaliste, Cécile Lhuillier, militantE, Jérôme Martin, enseignant, Christophe Martet, journaliste.