Si Grindr reste l’appli de drague la plus connue, c’est Hornet qui mène la danse sur ce marché en France. L’appli au frelon compte 18 millions d’inscrits dans le monde entier, avec 3 millions d’utilisateurs actifs par mois. En plus de la France, Hornet est leader en Russie, à Taiwan, au Brésil, en Thailande ou en Turquie.

Avec un tour de table de 8 millions de dollars réalisés l’an dernier, Hornet accélère son développement et veut dépasser le simple créneau de la drague et de la rencontre, en intégrant du contenu sur l’appli et le site qui y correspond. Pour ce faire, Vespa, un site listant des établissements et des événements, et un blog, Unicorn Booty, ont été rachetés. Les équipes ont été étoffées, un bureau a été ouvert à Paris dirigé, par Fabrice Le Parc, avec Christophe Martet (co-fondateur de Yagg) pour le contenu. Dans une mise à jour sortie aujourd’hui, Hornet montre les premiers signes de cette intégration.

Nous avons échangé avec Christof Wittig, CEO (équivalent de PDG) de l’entreprise américaine, de passage à Paris. Il nous a parlé de la dernière mise à jour de l’appli, de l’avenir pour Hornet et pour la communauté gay.

Hornet a acquis deux sites l’an dernier, Vespa et Unicorn Booty. Votre objectif est clairement de passer d’une application de drague à un réseau social. Comment comptez-vous vous y prendre? J’aimerais juste corriger une chose. Je ne crois pas que nous étions une application de drague. Plutôt une application de rencontre. C’est vrai que nous faisions partie des applications de rencontre comme Grindr ou Scruff, tout en étant perçus comme plus soft, plus friendly que ceux-là. Notamment parce que les gens disposent de plus d’images, donc ils ont plus d’histoires à raconter sur eux-mêmes. Mais c’est le passé. Pour l’avenir, comme vous l’avez dit, nous avons acheté ces deux sites et nous ajoutons du contenu à la rencontre. Nous combinons ces deux éléments pour en faire quelque chose de nouveau et de plus important dans la façon de concevoir une appli gay. Nous voulons faire en sorte que l’appli gay ait une partie rencontre, mais aussi une partie contenu et cela crée quelque chose que nous pourrions qualifier de réseau social gay.

Quel type de contenu voulez-vous présenter sur l’appli? Du contenu qui reflète les deux services que nous avons acheté. Vespa concerne les lieux et les événements, donc les bars, les soirées, les gay prides, les Gay Games à Paris, que nous sponsorisons, au passage, c’est dire tout ce qui se passe hors ligne pour et par la communauté. L’autre partie ce sont les histoires, qui peuvent être des infos, sur la politique ou le divertissement, la santé, le sexe… toute info que nous jugeons intéressante pour les hommes gays: c’est le contenu qui vient de Unicorn Booty. Avec ces éléments, Hornet se rapproche plus du réseau social et devient un espace plus inclusif . A l’avenir, nous voulons que les gens viennent sur Hornet pas seulement pour trouver quelqu’un d’autre, mais peut-être juste se connecter par rapport à des intérêts ou des sujets et ensuite parler, se rencontrer, emporter tout ça hors ligne et faire ce qu’ils veulent. C’est juste une façon plus importante et plus intéressante d’avoir des relations sociales. Nous venons de lancer une présence unifiée sur le web et sur l’appli. Pour l’instant, il y a toujours trois sites, mais à l’avenir, vous verrez de plus en plus d’intégration. Et les contenus produits par Unicorn Booty – qui a une équipe de 10 journalistes, au passage, sont désormais visibles sur l’appli Hornet.

Le contenu sera-t-il réservé aux abonnés premium ou accessible à tous? Accessible à tous les utilisateurs.

Quels sont vos objectifs en termes de nouveaux utilisateurs et de nouveaux abonnés? Nous voulons créer plus d’engagement chez les utilisateurs existants. Nous sommes déjà numéro un en France en termes d’utilisateurs actifs sur un mois et ce que nous voulons c’est leur donner plus d’opportunités d’utiliser Hornet, pas seulement pour la rencontre mais aussi pour consommer ou partager du contenu et passer plus de temps sur l’appli. Notre but est de fournir un service pour les annonceurs premium qui leur permet d’atteindre la communauté avec des produits qui sont pertinents pour la communauté. Par exemple, notre plus gros annonceur, c’est le laboratoire Gilead, qui donne des informations sur la PrEP [Gilead produit la molécule utilisée pour la PrEP, ndlr]. Et nous pensons que c’est un partenariat entre les utilisateurs et les annonceurs qui nous permet quelque chose qui a plus de sens que de faire payer les utilisateurs. La publicité est notre objectif principal.

Vous êtes numéro un en France, mais pas aux Etats-Unis, où c’est Grindr qui règne. Allez vous vous attaquer aussi au marché américain? Oui. Nous travaillons beaucoup en ce moment à New York où nous avons ouvert un bureau, avec une équipe aussi importante qu’à Paris. Et nous allons faire du marketing comme à Paris sur les partenariats, les événements, le sponsoring, et aussi créer un réseau d’annonceurs. Les budgets sont similaires à Paris et New York. Cela devrait nous permettre de renforcer notre position de leader en France et de progresser aux Etats-Unis.

Vous avez annoncé le 16 décembre dernier un partenariat avec l’un de vos concurrents, Blued. De quoi s’agit-il? Ils sont très forts en Chine, nous sommes forts dans beaucoup d’autres pays. Donc nous pensons que nous pouvons partager des idées et voir comment ça se passe chemin faisant. Nous visons davantage le long-terme que les bénéfices immédiats. Nous croyons que les applis gay peuvent fournir un lieu d’accueil digital à la communauté gay de bien des manières. Nous respectons beaucoup ce qu’a fait Blued en Chine, leur réseau social est très inclusif et nous partageons cette même vision: les applis gays ne doivent pas être juste des applis de rencontre ou de drague. Blued aime cette approche et nous a proposé un partenariat. Nous avons accepté.

Que peut faire Hornet pour la communauté? Des piliers de la communauté gay souffrent. Les bars gays notamment. Beaucoup ont du mal à tenir le coup ou ferment. Il en reste 5000, alors qu’il y en avait 10 000 il y a 10 ans. La presse gay lutte pour sa survie – vous êtes bien placé pour le savoir, en particulier la presse papier. Comme n’importe quel média, d’ailleurs. La presse gay a été un pilier important de la communauté. A quelques exceptions près – notamment l’élection de Donald Trump-, avec l’ouverture du mariage, les gens deviennent moins politiques. Beaucoup de choses qui nous ont réunies en tant que communauté sont affaiblies. Pour l’instant, nous n’avons qu’une appli gay, basée sur la rencontre, et nous pensons que ce n’est pas assez. Ce que nous espérons, c’est créer un équivalent de la communauté sur une appli. C’est pour cela que nous embauchons pour développer l’équipe chargée du contenu, en même temps bien sûr que nous travaillons à l’élaboration d’une meilleure expérience utilisateur pour la partie rencontre. Le but étant d’assembler ces deux parties de manière innovante.

Justement, les applis de drague et de rencontre ont été accusées de précipiter la fermeture des établissements gays. Vous pensez que vous pouvez inverser le processus? Absolument. C’est pour ça que nous avons ce listing de 5000 établissements dans 300 villes réparties sur 70 pays, avec un calendrier d’événements, grâce à notre acquisition de Vespa. Les propriétaires d’établissements ont un accès gratuit où ils peuvent renseigner leurs événements ou faire des connaître des promotions gratuitement. Nous leur donnons une opportunité de se faire connaître à l’une des communautés en ligne les plus importantes. Cela leur donne une chance d’innover. Il ne s’agit pas juste d’essayer de garder les bars ouverts, il faut réfléchir aux types d’événements à organiser, à la façon dont on peut atteindre tel ou tel groupe de personnes. Quand on regarde les Circuit parties ou les croisières, on voit bien que les gays aiment sortir et s’amuser. Il faut juste adapter son offre et la faire connaître de la bonne manière. Nous offrons des outils gratuits et premium aux établissements pour qu’ils puissent réaliser cela. C’est une offre gagnant-gagnant, qui aidera je crois à inverser la tendance.