De son vivant, Yves Navarre exprimait souvent son amertume vis-à-vis des milieux littéraires, qu’il considérait assez dédaigneux de son œuvre. Etait-ce parce que la plupart de ses écrits aborde l’homosexualité? Entre 1971, année de la publication de son premier roman, Lady Black, jusqu’à son suicide 23 ans plus tard, en janvier 1994, il écrira plus de 30 romans et aussi plusieurs pièces. Un des plus célèbres, Le Jardin d’acclimatation, lui a valu de recevoir le Prix Goncourt en 1980. Il y raconte l’histoire d’un jeune homme interné et lobotomisé parce qu’homosexuel. Un an plus tard, il sera parmi les plus fervents partisans de François Mitterrand. Une anecdote à ce sujet: le 13 avril 1981, peu avant le premier tour de l’élection présidentielle, Yves Navarre monte sur la scène du Palace, le club hyper branché et très gay de la capitale, pour y lire un message de François Mitterrand, en soutien aux homos. Un texte qui pourrait avoir été écrit par Navarre lui-même.

On doit en grande partie la parution de ce roman à Sylvie Lannegrand qui enseigne à la National University of Ireland, Galway. Elle est reconnue comme la spécialiste de l’oeuvre d’Yves Navarre qui lui avait donné accès à son journal intime. Elle a notamment préfacé la plupart des rééditions de l’auteur parues ces dernières années aux éditions H&O et préside l’association des Amis d’Yves Navarre.

La découverte de ce roman inédit, Pour d’un peu, écrit en 1991 par Navarre, est, comme l’écrit Sylvie Lannegrand dans sa préface, «un événement important» et elle en souligne «l’originalité». Le personnage principal en est Paul Weldt, et de discrètes références à l’œuvre et à la vie de l’auteur sont nombreuses: les noms des lieux où il a vécu ou des personnages qui font écho à d’autres livres.

«Pour dans peu», d’Yves Navarre, éditions H&O, 190 p., 16€.