L’association Le Refuge a annoncé cette semaine avoir rencontré la vice-présidente de la région Grand-Est (Alsace Champagne-Ardenne Lorraine) et porte-parole du parti Les Républicains Valérie Debord:

Les réactions s’étonnant de voir une personnalité proche de la «Manif pour tous» – elle a défilé à plusieurs reprises avec les anti-égalité – se rapprocher d’une association LGBT ne se sont pas faites attendre, notamment celle de Denis Quinqueton, président d’Homosexualités et socialisme (HES):

Des réactions qui ne font pas vraiment plaisir au Refuge. Reprochant à Yagg d’avoir retweeté la réaction de Denis Quinqueton, Nicolas Noguier, président de l’association montpelliéraine, nous a fait savoir dans la matinée que nous ne serions plus associés au Prix Randstadt / Le Refuge, comme c’est le cas depuis plusieurs années.

Contacté par Yagg, Frédéric Gal, directeur national du Refuge, s’agace également de cette levée de boucliers: «Quand on voit les messages sur Twitter, j’ai l’impression que j’ai donné l’absolution à Valérie Debord, je ne suis pas prêtre, mais surtout c’était une rencontre pour voir ce qu’il est possible de faire.» Il explique que Valérie Debord, qui est aussi adjointe à la mairie de Nancy en charge de la cohésion sociale s’est tournée vers le Refuge après «avoir été contactée par un jeune LGBT» qui s’est retrouvé sans domicile: «Elle a pensé au Refuge et s’est dit qu’on pourrait peut-être l’aider. Elle s’est débrouillée avec le Crous pour trouver une solution mais elle était très désoeuvrée, car il n’y a pas de possibilités et Nancy est une grande ville notamment universitaire. Ça lui semblait logique de faire appel à nous.»

Comme l’indique le tweet du directeur du Refuge, l’idée d’une rencontre organisée avec le soutien de Valérie Debord a été évoquée entre l’association et l’élue, une «conférence pour rencontrer les parents, les personnes intéressées, qui se posent des questions, qui portera sur les discriminations, sur l’homophobie, et pour démystifier l’homosexualité et ses représentations fantasmagoriques».

PAS PEUR DE LA RÉCUPÉRATION POLITIQUE
Que Valérie Debord ait été un soutien assumé de la «Manif pour tous» avant de s’intéresser aujourd’hui au Refuge ne semble pas inquiéter outre mesure l’association: «Il y a forcément une contradiction, mais si les politiques n’étaient pas contradictoires ils ne seraient pas politiques! rétorque Frédéric Gal. Regardez les positionnements de certains politiques pendant le mariage pour tous et combien ont finalement dit “on ne retirera pas la loi” et ont célébré des mariages. Ça, c’est leur enjeu à eux. Après, ils peuvent faire de la récupération, mais comme tous les politiques. Nous, ce qui nous intéresse en tant que structure sociale d’accompagnement et d’hébergement depuis maintenant 13 ans, c’est d’accompagner ces jeunes-là et d’aller à la rencontre du public qui va nous poser des questions, qui va peut-être nous parler du mariage pour tous. Pourquoi pas? On a nos positions dessus, c’est très clair, et ça n’a pas changé.»

Le Refuge ne serait-il pas devenu un moyen de se racheter une conscience gay-friendly à moindre frais pour les politiques opposé.e.s au mariage pour tous? Frédéric Gal lance alors une réponse des plus pragmatiques: «N’est-ce pas le lot des politiques en règle générale que de faire de la récupération? Les députés qui nous financent dans le cadre de leur réserve parlementaire [parmi lesquels David Douillet, lire Réserve parlementaire: combien ont touché les associations LGBT?], les mairies qui nous financent dans le cadre de leurs subventions, ce n’est pas de la récupération politique? Bien évidemment que c’en est. Les gens font ça par altruisme, j’imagine bien, mais quand on est politique, ce n’est pas que l’altruisme qui régit l’action, c’est aussi un électorat.»

UN TWEET UN PEU PRÉCOCE
Frédéric Gal loue l’«oreille attentive» de Valérie Debord: «Au-delà de ce qu’elle a pu faire ou dire, elle a une volonté de mettre en place quelque chose. Ce n’est pas le cas d’autres députés de droite ou de gauche qui estiment que ce sujet est trop polémique et que parler d’homosexualité est trop dérangeant dans leurs circonscription.» Ce qui est certain, c’est que Valérie Debord aurait bien aimé attendre un peu avant de communiquer autour de ses échanges avec le Refuge. C’est en tout cas ce qu’elle affirme à Yagg au téléphone à plusieurs reprises. Devant le fait accompli, elle a tout de même retweeté sur son compte le tweet de Frédéric Gal: «Je n’allais pas le cacher, j’assume», déclare-t-elle. Même si les réactions assassines sur les réseaux sociaux l’ont passablement exaspérée: «Je trouve désolant de confondre la manifestation d’une opinion personnelle sur le mariage pour tous et l’homophobie. Vous allez à une manifestation, donc vous êtes homophobe. C’est navrant, et tellement dur, c’est d’une telle violence! Je considère qu’on peut avoir des opinions, ça ne fait pas de vous quelqu’un d’homophobe, mais pour certaines personnes manifestement, ce n’est pas possible.»

SOUTIEN A LA «MANIF POUR TOUS»… MAIS PAS HOMOPHOBE
Mais Valérie Debord se rend-elle compte que la «Manif pour tous» qu’elle a soutenu, a participé à la montée d’un climat d’homophobie dans la société? Cette libération de la parole homophobe a provoqué de fait des ruptures au sein des familles et des jeunes LGBT ont été contraint.e.s de quitter un foyer où ils et elles n’étaient pas en sécurité… et c’est vers le Refuge qu’ils et elles se sont tourné.e.s. Face à ce constat, l’élue botte en touche: «Je vois où vous voulez m’entraîner. Je ne suis pas dans cet état d’esprit. Ce n’est pas parce que j’étais opposée au mariage pour tous que je suis homophobe, loin de là, j’étais pour une union civile. Après on peut instrumentaliser tout ce qu’on veut, je ne suis pas dans cette démarche-là et je ne souhaite pas rentrer là dedans. Je trouve ça caricatural et profondément non respectueux des personnes d’oser catégoriser comme ça les gens, traiter les gens d’homophobes sans savoir qui ils sont, d’où ils viennent.»

Valérie Debord: «Vous allez à une manifestation, donc vous êtes homophobe. C’est navrant, et tellement dur, c’est d’une telle violence!»

PAS DE MARCHE LE 16 OCTOBRE POUR VALÉRIE DEBORD
Marchera-t-elle avec la «Manif pour tous» le 16 octobre? «Aujourd’hui, en ce qui concerne le candidat que je soutiens [Nicolas Sarkozy, ndlr] on est dans une démarche où on considère que nous ne reviendrons pas sur la loi. Après nous serons très vigilants sur la problématique de la GPA, qui a priori fait consensus. Cette problématique de la GPA, en ce qui me concerne, c’était principalement mon problème.» Même si cet enjeu n’a jamais été dans la loi sur le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe. «C’est un fait, reconnait-elle, mais quand vous voyez les évolutions qui peuvent exister, il peut y avoir des moments où il n’est pas inintéressant de rappeler qu’on ne le souhaite pas. Je ne défilerai pas le 16 octobre.»

En janvier 2013, Valérie Debord, reprenant la rhétorique chère à la «Manif pour tous», se défendait déjà de toute homophobie – elle affirmait même ne pas être opposé au mariage des couples de même sexe – mais était avant tout inquiète sur les questions de filiation et la sauvegarde de la civilisation.

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Ce n’est pas la première fois que Le Refuge reçoit des personnalités politiques aux positions clairement opposées aux revendications de la communauté LGBT. L’exemple le plus frappant est la rencontre en 2012 entre Christine Boutin et les jeunes du Refuge, rencontre à laquelle Yagg avait assisté, non sans un certain malaise.

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L’association avait en revanche refusé le don de Virginie Merle-Tellenne, alias Frigide Barjot (Lire Virginie Merle-Tellenne alias Frigide Barjot annonce vouloir faire un don au Refuge).