Au lendemain du décès de Thérèse Clerc en février dernier, le réalisateur des Invisibles Sébastien Lifshitz avait confié à Yagg que la militante féministe lui avait fait une demande particulière peu de temps avant sa mort: filmer son agonie et en faire un documentaire. «Pourquoi tu m’as demandé de faire ce film?» entend-on demander le réalisateur dès les premières minutes. Pour montrer que la vieillesse et la mort sont des étapes de la vie, pour leur donner un autre sens, lui répond Thérèse Clerc.

Aux côtés de Thérèse Clerc, chez elle à Montreuil ou à l’hôpital, ses proches et sa famille se rassemblent, pour accompagner ses derniers jours, pallier à sa perte d’autonomie et l’aider pour les gestes du quotidien. Des scènes qui montrent la lente et inexorable dégradation du corps, mais aussi que Thérèse Clerc ne perdait rien de son humour et de sa lucidité. Ces moments sont entrecoupés d’images d’archives et de photos commentées par Thérèse Clerc: sa vie d’épouse et de mère de famille, puis sa découverte du marxisme avec les Prêtres ouvriers, et enfin le féminisme, son divorce, et puis son envol.

On assiste à une discussion entre Thérèse et sa petite-fille à propos de l’homosexualité. La militante défend une position similaire à la maxime attribuée à Ti-Grace Atkinson «le féminisme est la théorie, le lesbianisme est la pratique», tandis que la jeune femme argumente qu’elle n’est pas moins féministe parce qu’elle est hétérosexuelle. «Beaucoup de féministes sont devenues homosexuelles par sens politiques», affirme un peu plus tard la militante. Les vies de Thérèse est un film lent et déroutant dans l’intimité d’une fin de vie comme un dernier geste politique, mais aussi sur la vie, ou plutôt les vies, d’une femme qui aura marqué plusieurs générations de féministes. Un adieu, et un dernier hommage.

Les vies de Thérèse de Sébastien Lifshitz
A voir sur Canal+ à 22h40.

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