Nous, activistes, porte-drapeaux de Bi’Cause, association pour la cause bisexuelle, sommes régulièrement interrogé-e-s par les médias mainstream – ce que n’est pas péjoratif sous notre plume, car plus d’un sont vraiment ouverts et respectueux : le bisexualité est -elle en train de passer dans les mœurs? Ou encore: pensez-vous que la bisexualité soit un sujet suffisamment pris en considération dans notre société (interview au magazine Union)?

À vrai dire, ça nous change des questions sur le thème: La bisexualité est-elle en train de devenir une mode ?Une mode ? Pourquoi, alors qu’elle est vieille comme le monde? Alors que nous avons des octogénaires, septuagénaires, sexagénaires qui affichent quelques dizaines d’années de bisexualité au compteur? Elles, ils ont des « têtes de mode »?

DÉFICIT DE VISIBILITÉ
Et pourtant… la plus ancienne des associations LGBT toujours existantes, David & Jonathan, fête ses 44 ans, tandis que Bi’Cause est apparue en 1997, après un phénomène de rejet de femmes bisexuelles par des lesbiennes au Centre Gay et Lesbien de Paris. Le rainbow flag, qui fait lien entre nous toutes et tous, a été créé en 1978, et le drapeau bi, 20 ans après! Encore plus fort, la première Gay Pride à Paris date du 25 juin 1977 – l’an prochain, ce sont les 40 ans -, la première marche de la bisexualité, pour la journée internationale de la bisexualité, le 23 septembre de l’année… 2015. La deuxième est donc en préparation !

Comme si la bisexualité avait toujours quelques métros de retard, ou plutôt, un sérieux déficit de visibilité… à l’instar de Freddy Mercury, icône gaie s’il en est, dont peu de personnes savent qu’il était réellement bisexuel d’expérience et de cœur. Alors, sortons du placard…

Si la bisexualité semble poser moins de problème avec les générations montantes, tant mieux. Si des célébrités (surtout outre-Atlantique ou outre-Manche, d’ailleurs) en assumant le fait d’être bisexuelles permettent à des personnes de vivre mieux, plus sereinement, tant mieux!

Mais, en fait, la bisexualité, et tout ce qui est différent de la monosexualité (hétérosexualité, homosexualité) sont encore très marginalisées. Car cela dérange les schémas «classiques». Nous avons contribué à la nécessaire et insuffisante ouverture législative pour les personnes de même sexe. Mais beaucoup de nos concitoyen-ne-s, par méconnaissance, par rejet aussi, pensent toujours que la bisexualité n’existe pas, ou qu’elle n’est qu’un « passage » ; cela peut aller jusqu’à des réflexions blessantes, qui peuvent venir aussi, et c’est le comble, de gays ou de lesbiennes!

Heureusement, cette attitude est de plus en plus rare dans les associations de la communauté L, G et T. Lorsque, à Bi’Cause, nous proposons une intervention dans un Centre LGBT nous sommes même particulièrement bien accueilli-e-s ; a fortiori quand nous sommes sollicitée-e-s. Nos informations sont attendues et on observe une véritable soif de connaissances et d’échanges sur cette fameuse lettre B souvent encore méconnue dans toute sa diversité.

LES CLICHÉS ONT LA VIE DURE
Les clichés ont la vie dure. L’émission de radio citée débutait par un rappel de l’attentat de Nice, commis par un meurtrier dont le procureur de la République a décrit une sexualité débridée – à la fois marié avec une femme, et ayant des relations sexuelles avec des hommes. Quel rapport ? Ou plutôt, quelle belle porte ouverte à l’amalgame et aux sous-entendus !

Non, les bisexuel-le-s ne sautent pas sur tout ce qui bouge ! Certain-e-s sont poly-amoureuses/reux, comme nombre de monosexuels ! L’orientation sexuelle n’a rien à faire là-dedans… En revanche, nier la bisexualité comme orientation sexuelle à part entière est juste en-dehors des clous, et contradictoire avec le premier article de la résolution 1728 de l’Assemblée parlementaire du conseil de l’Europe du 29 avril 2010, qui dispose « l’orientation sexuelle est une fraction profonde de l’identité de chaque être humain et qu’elle englobe l’hétérosexualité, la bisexualité et l’homosexualité ». Il est vrai que nos propres gouvernements n’ont pas fait étalage de leur volonté de la faire vivre dans les textes ni dans la vie courante.

Il est certain que pour faire avancer les choses, pour gagner dans l’acceptation sociale, il faut peser fortement, encore et toujours davantage. Non pas pour que toute la population devienne bisexuelle: nous ne voulons absolument pas créer une nouvelle norme, ce serait absurde. Mais si on restreint, on comprime, on réprime ses attirances, pour être conforme à une norme, fût-elle homosexuelle, c’est un risque de grandes douleurs, voire de pathologies.

Les hasards de la vie font qu’on peut être attiré-e un jour par l’un et l’autre genre, ou par une personne quel que soit son genre ; ce n’est pas un choix, mais on peut cependant choisir… de le vivre. Il existe, bien sûr avec des personnes consentantes, des possibilités multiples d’attirances et de relations ; des ami-e-s estiment que même le terme de bisexualité est trop restrictif. Le débat est ouvert, Bi’Cause ne s’y dérobe pas.

D’ici là, en grand dans la communauté LGBT, et vers le grand public, nous avons décidé de rendre, en 2016, année Bisex’style, la bisexualité la plus visible possible ; derniers événements bi’mestriels : les 23 et 24 septembre la Journée Internationale de la Bisexualité (que des initiatives aient lieu un peu partout en France, organisées par le plus large éventail possible d’associations et de bonnes volontés !), et une grande première, la BiLove Party organisée par Bi’Cause le 19 novembre, soit 12 jours avant la Journée contre le sida – car la lutte contre le VIH et les IST fait, tout autant que le plaisir et le respect de l’autre, partie de nos fondamentaux!

Vincent-Viktoria Strobel, président-e de Bi’Cause