Depuis décembre 2014, San Francisco a mis en place un plan pour réduire les nouvelles infections par le VIH et les derniers chiffres semblent confirmer son succès. Le Département de Santé de la ville nord-américaine a publié un rapport très encourageant le 1er septembre 2016. Décryptage.

Dans ce rapport (en PDF), les autorités de santé font état de l’optimisme général qui prévaut désormais parmi les acteurs de la lutte contre le VIH/sida. Oui, un contrôle de l’épidémie vers son éradication semble possible. En 2015,  avec 225 cas, le nombre de nouvelles infections par le VIH a atteint son niveau le plus bas dans la ville. Et selon le site BETA, spécialisé sur le VIH, le premier semestre de 2016 confirme cette baisse, avec 99 nouvelles infections. Sur une période allant de 2006 à 2015, la baisse la plus importante de nouvelles infections concerne les Blanc.he.s, suivie par les Latinos et les personnes originaires de la zone Pacifique. Mais le rapport souligne que parmi les Africain.e.s Américain.e.s, il y a eu une remontée des infections pour l’année 2015.

Chez les hommes, l’immense majorité des nouvelles infections se produit chez les Hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH), dans près de 80% des cas. Chez les femmes, beaucoup moins touchées, les infections sont dues à égalité à une transmission hétérosexuelle (46%) ou liées à l’usage de drogues injectables (46%).

BILAN SOMBRE POUR LES TRANS
Pour les personnes trans, le bilan est assez sombre. Elles représentent sur la période 2006-2015, 3% des nouvelles infections. Parmi les 136 personnes trans diagnostiquées séropositives, 98% étaient des femmes. La plupart était non blanc.he.s, usager.e.s de drogue, et jeunes: 40% des nouvelles infections ont lieu chez des personnes trans âgées de 18 à 29 ans.

La baisse des nouvelles infections est donc très importante: entre 2014 et 2015, elle atteint 17%. Si l’on compare les chiffres de 2015 à ceux de 2013, la baisse atteint 34% et 44% comparé à 2012. Il s’agit donc bien d’une tendance de fond. Le président de la San Francisco AIDS Foundation a réagi très positivement à cette baisse. Pour Barbara Garcia, du Département de santé de la ville, «l’image générale est très bonne et San Francisco est sur la voie d’atteindre le zéro sur toutes les mesures.» L’objectif global du plan stratégique de 2014 peut en effet se résumer ainsi: «zéro infection, zéro décès, zéro discrimination».

DISPARITÉS RACIALES
Mais les autorités de santé soulignent les disparités raciales qui persistent et qui doivent être combattues. Les Africain.e.s Américain.e.s sont aussi le groupe où le taux de séropositifs avec une charge virale indétectable est le plus bas, et où la mortalité due au VIH/sida est la plus élevée.

Un consortium, appelé Getting to Zero (Aller vers zéro) a été créé. Il réunit de très nombreux interlocuteurs agissant dans le domaine de la prévention en particulier. Le consortium concentre ses efforts dans quatre domaines de priorité; l’accès au traitement préventif (PrEP) pour les personnes exposées au risque d’infection, mettre fin à la discrimination envers les personnes séropositives, permettre la mise sous traitement immédiate, à travers le programme RAPID, pour toute personne nouvellement diagnostiquée séropositive et maintenir le suivi des personnes séropositives. Le budget de GTZ est de 4,3 millions de dollars.

6 000 PERSONNES SOUS PREP
Une récente estimation citée par BETA indique que 6 000 personnes utiliseraient le traitement préventif à San Francisco. Le programme RAPID, pour la mise sous traitement accéléré, semble porter ses fruits. En 2013, il fallait compter une moyenne de 131 jours pour atteindre une charge virale indétectable après un diagnostic de séropositivité. En 2014, ce délai est tombé à 88 jours. Pourquoi c’est important? Parce que l’on sait que durant cette période entre l’infection et le traitement, la charge virale atteint des niveaux très importants, augmentant les risques de transmission.

C’est donc bien un ensemble de mesures, portées par différents acteurs (les activistes, les professionnels de santé, les chercheur.se.s et la municipalité) qui concourt à ces résultats encourageants.

Si on compare San Francisco au reste des Etats-Unis, les chiffres paraissent démontrer l’intérêt de ce programme. Si en 2012, 82% des personnes séropositives connaissaient leur statut aux Etats-Unis, ce taux était de 94% à San Francisco. Et si seulement 25% des personnes atteintes avaient une charge virale indétectable dans le pays, 63% des séropositif.ve.s vivant à San Francisco avaient une charge virale indétectable.

L’exemple de San Francisco a inspiré en partie les programmes Paris sans sida et Ile-de-France sans sida. Mais leur mise en œuvre n’a pas encore commencé. Pourtant, le temps presse: près de 40% des nouvelles infections en France se passent en Ile-de-France, la région la plus touchée avec les DOM-TOM.