Avant même son tournage, le film avait déclenché la colère de nombreuses personnes trans. Mettant en scène Michelle Rodriguez et Sigourney Weaver, le thriller (Re)Assignment (en français «(Ré)Assignation») raconte l’histoire d’un tueur à gages tombé entre les mains d’une chirurgienne malveillante qui va lui faire subir une opération de réassignation sexuelle.

En novembre dernier au moment du tournage, l’organisation américaine Glaad – qui observe la représentation des personnes LGBT dans les médias – avait dénoncé cette utilisation de la transidentité: «Il est décevant de voir des réalisateurs détourner une procédure médicale pour les personnes trans qui sauve des vies, en un enjeu sensationnaliste de l’intrigue, avait commenté Nick Adams, directeur des programmes de Glaad pour les médias trans. Nous sommes à un moment charnière dans la compréhension du public des questions trans, et les histoires comme celles-ci ont le pouvoir de saper les progrès que nous avons mis tant de temps à accomplir.»

LA TRANSITION, LE SUJET DU MOMENT
(Re)Assignment est réalisé par Walter Hill qui avait réalisé Johnny Belle Gueule en 1989 avec Mickey Rourke. Les trames des deux films sont similaires en plusieurs points: un tueur à gages comme personnage principal, une opération de chirurgie comme pivot de l’histoire, et une intrigue portée par une quête de vengeance. Partant de ce constat, l’idée d’une opération de réassignation sexuelle dans l’intrigue de (Re)Assignment apparait comme l’incorporation d’un sujet déjà présent dans l’actualité et de plus en plus au cinéma, la transidentité. En témoigne le changement de titre du film, qui au départ avait été appelé Tomboy a revenger’s tale avant d’être renommé (Re)Assignment, un titre qui fait ouvertement référence au processus de transition.

Il est clair que le film ne raconte pourtant pas le parcours d’une femme trans, mais bien d’un homme qui subit une opération contre son gré. Pourtant, les médias et sites spécialisés sur le cinéma qui annoncent le film en parlent déjà comme s’il abordait le thème d’une transition.

LE SYMBOLE DE LA PUNITION
Montrer une procédure de réassignation sexuelle comme s’il s’agissait d’un châtiment peut être perçu comme hautement offensant. De plus, ce parti-pris dans l’intrigue peut laisser entendre au grand public peu informé sur ces questions, que la transidentité se réduit à des procédures chirurgicales irréversibles. Beaucoup d’éléments de Re(Assignment) laissent présager une vision fantasmée et caricaturale de ce que sont réellement les opérations de réassignation, risquant donc d’entretenir la confusion et la mésinformation autour de ce sujet. «Changer la connotation de quelque chose de positif en quelque chose d’horrible et de négatif est tout simplement insultant, analyse la journaliste de The Mary Sue, Jessica Lachenal. Cela démontre une perception erronée et néfaste de ce que vivent les personnes trans.»

«Est-ce que les personnes cis veulent montrer une opération de réassignation comme une attaque violence parce que vivre en tant que trans leur semble si horrible?»

UNE ACTRICE PEU INFORMÉE
Michelle Rodriguez incarne ce tueur à gages «victime» d’une opération de réassignation. Malheureusement faire partie de la communauté LGBT – l’actrice est ouvertement bisexuelle – ne signifie pas pour autant qu’elle est respectueuse et au fait des questions trans. Difficile de voir en effet en elle une alliée: Lors de la polémique à l’automne dernier, elle avait défendu le film en parlant de l’avancée que représente le coming-out de Caitlyn Jenner… en parlant d’elle au masculin.

Dernièrement, elle s’est même exprimée sur Caster Semenya, peu de temps avant que celle-ci remporte la médaille d’or aux Jeux Olympiques de Rio à l’épreuve du 800 mètres. Alors que la coureuse sud-africaine est intersexe, l’actrice a fait part de sa surprise de la voir concourir dans la catégorie des femmes et a réclamé une catégorie réservée aux athlètes trans. Au mieux de l’ignorance, au pire du mépris.

Le film sera présenté à Toronto en septembre.