Après avoir publié lundi dernier sur Twitter un photomontage sur lequel on la voit chevaucher un Usain Bolt triomphant suite à sa victoire à la finale du 100 mètres aux JO de Rio, Ellen DeGeneres était loin de se douter de la tournure qu’allait prendre les événements.

La photo, accompagnée de la légende «Voilà comment je vais aller désormais faire mes courses,» a en effet suscité de très vives réactions sur les réseaux sociaux:

Tandis que certains ont souligné le «mauvais goût» du tweet, d’autres n’ont pas hésité à qualifier les propos et l’humour de la présentatrice américaine de «racistes» et «d’insultants»:

https://twitter.com/MikeAllen_47/status/765332700194443264?ref_src=twsrc%5Etfw

«Tu pensais que ce serait drôle de publier une photo de toi en train de chevaucher le dos d’un homme noir? Détrompe-toi. Supprime cette bêtise raciste.»

«Qu’elle soit raciste ou non, la blague d’Ellen est de mauvais goût. Je ne la trouve ni mignonne, ni drôle…»

D’autres ont a contrario pris la défense de la comédienne, prétextant l’amitié entre les deux principaux protagonistes, et le fait que le multiple médaillé d’or a retweeté le montage sur son propre compte quelques temps après.

POURQUOI LE PHOTOMONTAGE PEUT ÊTRE PERÇU COMME RACISTE
La question n’est pas de savoir si Ellen DeGeneres est raciste ou pas. D’ailleurs, comme le rappelle avec justesse le site Motto, «il ne suffit pas d’être raciste pour avoir tort.» La véritable question est: pour quelles raisons une photo représentant une femme blanche sur le dos d’un homme noir peut être considérée comme raciste de nos jours.

Si la réponse semble évidente, il convient quand même de porter son regard vers l’histoire culturelle du pays en question, ici les États-Unis, marquée en profondeur par l’esclavage et la traite des noirs. De ce point de vue, les parallèles avec le passé du pays, et en particulier avec l’utilisation des chaises à porteurs — qui permettaient aux propriétaires blancs, solidement attachés sur le dos de leurs esclaves noirs, de se déplacer — sont édifiants:

Comme le souligne Orie Givens dans son article publié sur le site The Advocate, si l’on souhaite dépasser l’incompréhension qu’ont suscité les réactions très négatives relatives à ce poste, il faut garder à l’esprit que «la raison pour laquelle certaines personnes se sentent offensées (…) se trouve dans la manière dont l’histoire culturelle et les expériences personnelles construisent notre façon de percevoir le monde [et] la manière dont l’oppression ­­— ou les microsagressions qui les perpétuent — affectent ces individus.»

LES EXCUSES D’ELLEN DEGENERES
Le racisme ne se réduit pas à l’expression de ses formes les plus violentes, à l’image des membres du KKK brûlant une croix. Avant d’être un «comportement», le racisme est un «système d’oppression», qui se traduit dans les micro-agressions, souvent inconscientes, que subissent quotidiennement les minorités visées. Ce que ne vivra jamais une femme blanche comme Ellen DeGeneres.

Dommage que la comédienne ouvertement lesbienne n’ait pas pris conscience des raisons pour lesquelles ses propos pouvaient heurter et blesser certains individus, lors de sa réponse visant à mettre un terme à la polémique:

«Je suis extrêmement consciente du racisme qui existe dans notre pays. C’est la chose la plus éloignée de ce que je suis.»

Ce n’est hélas pas la première fois que la comédienne est accusée de racisme. Son déguisement de Nicki Minaj, arborant entre autres choses des mensurations on ne peut plus gargantuesques, avait déjà été sujet à controverse en 2013:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Ellen is Nicki Minaj for Halloween!