Originaire du Brésil, et femme trans, Alessandra R. a passé 8 mois en prison, à Fleury Mérogis. Elle a été remise en liberté il y a moins d’un mois, et a accepté de confier à Yagg le traitement transphobe dont elle a été victime derrière les barreaux.

Selon l’administration pénitentiaire, en théorie, «les modifications physiques irréversibles liées au processus de réassignation sexuelle médicale, vont déterminer l’affectation en quartier homme ou femme». Alessandra, n’ayant pas réalisé cette opération, a été emmenée dans la prison pour hommes de Fleury Mérogis. Cependant, un traitement bien spécifique est réservé aux personnes trans: elles se retrouvent dans les conditions de l’isolement, au quatrième étage du bâtiment D3. Un étage bien particulier car elles se retrouvent à quelques couloirs des détenus identifiés comme islamistes radicaux, y compris de Salah Abdeslam.

Ce régime bien spécifique censé assurer leur sécurité, double la peine des personnes trans.

Enfermées dans des cellules individuelles, elles n’ont le droit qu’à deux sorties par jour, l’une le matin, et l’autre l’après midi. Cependant, elles n’ont pas accès à la promenade commune, uniquement à une pièce au dernier étage de Fleury Mérogis dont on a retiré le toit, dans un état insalubre. «On dirait une cage» affirme Alessandra. Leurs activités sont réduites de moitié, la salle de sport leur est interdite, et l’accès à la bibliothèque est limité à une après-midi par semaine. Enfin, contrairement aux autres détenus, elles ne peuvent pas suivre de formations durant leur séjour en détention, et les activités de groupe leur sont interdites.

Tout est mis en place pour qu’elles ne croisent jamais les autres détenus: «Tout le bâtiment est bloqué quand on bouge», nous confie Alessandra.

S’ajoutent à ces mesures drastiques, des gardiens de prison transphobes. «Certains, pas tous» nuance tout de même Alessandra. Victime de blagues douteuses, de réflexions volontairement vexantes, elle a parfois été exhibée devant d’autres surveillants. Il arrivait même que son médecin, qui a connaissance de sa réalité et de son genre, l’appelle «Monsieur», volontairement, alors que la procédure en prison voudrait qu’elle soit appelée par son nom de famille: «C’est le minimum de respect qu’on demande», explique Alessandra.

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