Depuis 2011, l’association Homogène au Mans organise Culture-Pride, qui a eu lieu cette année du 13 au 15 mai. La marche des fiertés, qui a défilé dans le centre-ville, a rassemblé quelques centaines de personnes. Pour cette manifestation, l’association sarthoise avait demandé une subvention du Conseil régional à hauteur de 2000 euros en octobre 2015. Elle a appris durant le mois de juillet qu’elle ne toucherait pas cette aide cette année. La Région a estimé que l’association n’était pas «éligible au titre du Fonds régional de promotion de l’égalité et de lutte contre les discriminations “Agir pour plus de solidarité et d’égalité”» et qu’elle «ne souhaite pas soutenir des projets locaux de manière récurrente, privilégiant son aide à des projets d’envergure régionale.»

UN RECOURS GRACIEUX ADRESSÉ À BRUNO RETAILLEAU
Pour Homogène, cette décision est incongrue et c’est ce qui a poussé l’association à adresser au président de Région, Bruno Retailleau (LR), un recours gracieux le 25 juillet. Dans sa lettre, le président de l’association Michel Mayet rappelle les nombreuses actions de l’association, son implication sur le terrain, ses liens avec les associations locales, régionales et nationales.

Il ajoute aussi que certain.e.s élu.e.s ont compris l’intérêt de valoriser les marches des fiertés de leur ville, à l’instar de Valérie Pécresse en Île de France ou Christian Estrosi en région Paca: «[Ils] ne s’y sont pas trompés: ils soutiennent les Marches dans leurs régions respectives.» Il conclut en invoquant le bon sens de l’élu LR: «Vous êtes aujourd’hui Président de l’exécutif de la Région et ce serait tout à votre honneur de transcender les clivages partisans et de soutenir concrètement ce projet porteur des valeurs républicaines, selon la phrase apocryphe de Voltaire “je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire”.»

UN CONSEIL RÉGIONAL PEU LGBT-FRIENDLY
La région Pays de la Loire a basculé à droite lors de la dernière élection régionale en 2015 et est désormais dirigée par le très conservateur Bruno Retailleau, dont le soutien appuyé à la «Manif pour tous» et à Sens Commun est connu. Difficile donc de ne pas trouver dans cette décision un air de déjà-vu, puisque le festival LGBT de Nantes Cinépride s’est vu lui aussi privé de subvention cette année par le Conseil régional. Fin avril, le centre LGBT nantais, co-organisateur du festival, a appris avec stupeur qu’il ne recevrait pas une aide financière de 5000 euros. Le Conseil régional a accusé le centre de «promotion de la gestation pour autrui» pour motiver sa décision.

Contacté par Le Maine Libre, le Conseil régional nie tout biais politique dans cette décision de ne pas financer Culture-Pride au Mans: «Ce ne sont pas les élus qui ont refusé mais bien les services qui ont examiné la demande en s’appuyant sur le règlement. La subvention versée les années précédentes à l’association du Mans n’était pas pérenne», affirme le cabinet de Bruno Retailleau.

LA LUTTE CONTRE L’HOMOPHOBIE NE FAIT PAS CONSENSUS EN PAYS DE LA LOIRE
«Bien entendu sitôt l’affaire relayée dans les médias, l’opposition et la majorité s’en sont servies pour s’invectiver, regrette Michel Mayet, le président d’Homogène que Yagg a contacté. En effet, la gauche s’est emparée du sujet pour critiquer les élu.e.s LR et accuser la Région d’avoir trouvé un «prétexte pour arrêter une subvention qui ne plait pas à ses alliés de Sens Commun». Pour Michel Mayet, cette polémique est désolante: «J’aurais espéré un peu de hauteur. On en est à se demander: est-ce que la lutte contre l’homophobie fait consensus ou pas? Je comprends le débat mais seulement sur certains sujets. La lutte contre l’homophobie ne doit plus faire débat.»

Concernant les similitudes entre les situations d’Homogène et du festival Cinépride, Michel Mayet tient à tempérer les choses: «Il y a un parallèle, mais aussi un distinguo, insiste-t-il. Je ne me mets pas en retrait de ce qu’on subit les militant.e.s du Centre LGBT de Nantes, mais ce n’est pas au nom d’un débat sur la GPA que nous n’avons pas obtenu la subvention.»

QUELLES CONSÉQUENCES POUR HOMOGÈNE?
Le président d’Homogène explique à Yagg l’incidence importante du retrait de cette subvention: «L’an dernier, nous avions obtenu 1000 euros. Nous demandions pour cette année 2000 euros, soit 20% des frais de Culture Pride. La notion d’aide ponctuelle est à rapporter à la réalité de notre structure. Il faut savoir que Homogène n’est composée que de bénévoles.» Même si Homogène s’est tournée vers des partenaires privés, elle doit toujours demander le soutien des pouvoirs publics. «Au changement de majorité, soit après le dépôt de la demande, le service technique avait pris contact avec nous pour finaliser le dossier et préciser certains points… mais a finalement refusé notre demande.» Michel Mayet espère que la décision du Conseil régional n’est pas définitive, et que l’association pourra au moins prétendre à d’autres fonds ou d’autres aides pour continuer son activité.