Début juillet, la lanceuse d’alerte Chelsea Manning a été hospitalisée en urgence suite à une tentative de suicide. Cette militaire américaine est en détention à Fort Leavenworth après une condamnation à 35 ans de prison pour avoir transmis à Wikileaks des documents classifiés de l’armée américaine. Elle avait fait son coming-out trans au lendemain de sa condamnation en août 2013.

Ses soutiens ont annoncé qu’elle s’expose à des sanctions disciplinaires suite à cette tentative de suicide, pour avoir opposé un refus d’obéir au personnel de la prison, pour «possession de biens interdits» et pour «comportement menaçant». L’American Civil Liberties Union (ACLU) a publié l’acte d’accusation reçu par la détenue. Selon Courage Foundation, Chelsea Manning pourrait alors se retrouver en cellule d’isolement pour une durée indéterminée et sous une surveillance maximale. Cette situation pourrait en outre avoir un impact sur ces chances d’obtenir une libération conditionnelle.

UN ACHARNEMENT SUR CHELSEA MANNING?
Pour les défenseurs de Chelsea Manning, ces nouvelles accusations sont une atteinte supplémentaire aux droits de la détenue, déjà très vulnérable: «Il est profondément troublant que Chelsea soit aujourd’hui soumise à une enquête et à une possible sanction pour avoir attenté à sa vie, a déclaré l’avocat Chase Strangio. Le gouvernement est au courant depuis longtemps de la détresse de Chelsea avec le refus de soins médicaux liés à sa transition, et a pourtant retardé et annulé le traitement reconnu comme nécessaire. Désormais, alors que Chelsea souffre de la dépression la plus sombre qu’elle ait vécu depuis son arrestation, le gouvernement agit pour la punir de cette souffrance. C’est inadmissible et nous espérons que l’enquête sera immédiatement close et que les soins dont elle a besoin pour se rétablir lui seront fournis.»

Ce n’est pas la première fois que Chelsea Manning risque d’être placée en cellule d’isolement, depuis le début de sa détention à Fort Leavenworth. En août 2015, elle avait été aussi menacée de telles sanctions pour, entre autres, possession de biens interdits (des livres et articles LGBTQ et un tube de dentifrice périmé selon l’ACLU). Comme le souligne le site Rolling Stone, la lanceuse d’alerte bénéficie d’un soutien publique de taille, ce qui a joué en sa faveur. Jugée coupable devant un conseil de discipline, elle avait finalement vue son accès à la bibliothèque et aux loisirs limité. Cependant bien avant sa condamnation, les conditions de détention de la lanceuse d’alerte avaient déjà fait l’objet de vives critiques, et avaient été qualifiées de dégradantes et inhumaines.

L’ISOLEMENT, UNE TORTURE PSYCHOLOGIQUE
Les conséquences de la détention en isolement peuvent être extrêmement lourdes pour la santé mentale. Selon une étude du psychiatre Stuart Grassian, qui a interrogé des détenu.e.s ayant subi l’absence de contact humain et de communication avec l’extérieur, l’isolement total peut provoquer un syndrome psychiatrique spécifique caractérisé par des hallucinations, des crises de panique, de la paranoïa, une baisse du contrôle des impulsions, une hypersensibilité aux stimuli externes, des difficultés à penser, à se concentrer, à retenir des informations. De plus, loin de garantir la sécurité, l’isolement peut au contraire conduire des prisonnier.e.s à s’automutiler ou à tenter de se suicider.

Dans une interview accordée à Amnesty International et publiée aujourd’hui sur le site du Guardian, Chelsea Manning raconte ses conditions de détention: «J’essaie de rester aussi active et productive que possible. Je n’ai pas accès à internet, mais je lis beaucoup de livres et de journaux. Je travaille dur pour le boulot que j’ai en prison – le travail du bois. J’essaie d’apprendre, d’améliorer mon éducation. Je fais beaucoup d’exercice. Je cours tout le temps! Je fais des exercices de cardio pour rester en forme. J’écris aussi beaucoup.» L’isolement risquerait d’avoir des conséquences dramatiques pour Chelsea Manning, dont l’engagement semble être un profond soutien dans sa situation.