C’est la première fois qu’un premier ministre canadien accorde une interview exclusive à un média LGBT. Le très gay-friendly Justin Trudeau a répondu aux questions des journalistes de Fugues, le magazine gay montréalais, une semaine avant le début de la semaine de fierté LGBT de Montréal, où il se rendra. Il prouve encore une fois l’admiration et le respect qu’il a pour la communauté LGBT. Un entretien (à retrouver ici) de 20 minutes dans lequel le Premier ministre revient sur son éducation et son engagement pour les droits humains.

Il est bon de rappeler que le Premier ministre canadien, a à plusieurs reprises montré son engagement pour les questions des droits des personnes LGBT, à travers de nombreuses apparitions lors de marches des fiertés, en tant que député, puis, plus récemment en tant que Premier ministre. Il a aussi nommé quatre ministres ouvertement LGBT dans son gouvernement, il a un projet de loi pour les personnes trans, et également la volonté d’enlever la mention de sexe sur les documents d’identité pour ceux qui le souhaitent, rappelle Fugues… Ce qui fait de lui le Premier ministre le plus gay-friendly qu’ait jamais eu le Canada. Cependant, il ne l’entend pas de la même manière, pour lui, c’est la société canadienne qui a évolué: «Pour moi, ce n’est plus du courage que d’aller dans un défilé de la Fierté Gay, c’est une conviction politique. Il n’y a pas de grande opposition au Canada, sur ces questions. Quand nous avons hissé le drapeau arc-en-ciel sur la Colline Parlementaire, au début de juin, tous les partis, y compris le parti conservateur, étaient présents. Pas tous les députés conservateurs, mais il y en avait qui étaient-là, et pour moi c’est un symbole du reflet de notre pays qui est extraordinaire.»

TOLÉRANT DEPUIS SON ENFANCE
Son ouverture d’esprit et sa tolérance, il l’a acquise dans son enfance. Très tôt il se dit être entouré de «plusieurs amis gais et cela ne se posait pas comme un enjeu négatif ou positif, c’était juste comme ça». Il souhaite que ces enfants grandissent avec cette même ouverture d’esprit. D’ailleurs, il leur lit régulièrement deux ouvrages LGBT pour enfants Tango a deux papas et pourquoi pas moi? et Jean a deux mamans. Si jamais un ces fils venait à faire son coming-out, le premier ministre « ose espérer que [il] aura moins besoin de l’aider à se bâtir une armure, une protection dans un monde moins tolérant à cause de son orientation.» Justin Trudeau ajoute à cette question: «Je n’encouragerais pas la naïveté, non plus, surtout s’il doit se rendre dans certains pays.»

Et régler le problème de l’homophobie dans certains pays fait également parti du combat du jeune chef d’État canadien. Pour lui, «quand on en vient à la question des droits humains fondamentaux, sans faire preuve d’ingérence, on a le droit de se prononcer clairement et on se doit de le faire […] Je cherche à être une voix plus engagée dans ce domaine. Le contexte est bon, puisque l’on voit en même temps à l’intérieur même de ces pays, des gens réclamer des changements.» Pour ce faire, il veut faire des ces pays des partenaires actifs, pour les aider dans leur transition.

Sur les questions de politiques intérieures, les journalistes de Fugues abordent deux points, le don du sang et le VIH. Le Canada a récemment annoncé revoir ses conditions pour les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes qui souhaitent donner leur sang, passant d’une abstinence de cinq ans à un an. Une décision prise avec des études de Santé Canada, que Justin Trudeau a l’air de qualifier de trop faible: «C’est une étape, mais cela ne change pas grand-chose pour la vaste majorité des gens.»

Concernant la question épineuse du financement de la recherche contre le VIH/sida, le budget annuel stagne à 42 millions par an, selon Fugues. Parmi les acteurs de la lutte contre le VIH, nombreux sont ceux qui demandent l’augmentation de ce budget. Dans les pages de Fugues, Justin Trudeau confirme que «c’est juste une question d’investir de l’argent aux bonnes places et de la bonne façon». Il assure que son gouvernement est «toujours ouvert à investir plus au niveau de la recherche» et qu’il n’existe aucun «blocage idéologique ou de valeur» de la part de l’exécutif canadien.

«ON A ENCORE BEAUCOUP À FAIRE»
Au bout de cette interview exclusive, Justin Trudeau montre une nouvelle fois qu’il est un allié des personnes LGBT, et qu’il luttera jusqu’à la fin de son mandat pour instaurer une parfaite égalité des droits, et le respect des droits humains fondamentaux.

«On a encore beaucoup de travail à faire, pas juste ici, bien sûr, mais partout dans le monde. J’ai énormément d’admiration pour mes amis gais. Malgré la plus grande ouverture, certains sentent encore de la discrimination et donc relèvent toujours des défis. Ils ont développé un grand niveau de vigilance, et j’avoue que j’ai énormément d’admiration pour le courage et la force que cela demande» conclut Justin Trudeau.