Culture & Loisirs, Musique | 08.07.2016 - 12 h 49 | 9 COMMENTAIRES
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Christophe Honoré: « »Così fan tutte », c’est une histoire de domination masculine sur les femmes»

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Le réalisateur des «Chansons d'amour» et des «Biens-Aimés» met en scène le sublime opéra de Mozart au festival d'Aix, en le transposant en Afrique. Un choix qui fait polémique et que vous pourrez découvrir lors de la diffusion ce soir sur Arte.

Così fan tutte  (1790) est le troisième opéra de Mozart en collaboration avec le librettiste Da Ponte (après Les Noces de Figaro en 1786 et Don Giovanni en 1787). Son titre (traduit par Ainsi font toutes les femmes) reprend les propos d'un des protagonistes, Don Alfonso, qui pense que toutes les femmes sont volages et prêtes à l'infidélité. L'intrigue de ce sublime opéra est assez mince: deux soldats vont tester l'amour de leur fiancée respective en se déguisant en étrangers. Au Festival International d'Art Lyrique d'Aix en Provence, c'est le cinéaste et auteur Christophe Honoré qui met en scène Così fan tutte. Il a choisi de transposer l’action de Naples à l’Afrique mussolinienne, en ces terres coloniales gangrénées par le racisme.

Christophe Honoré: «C'est un peu une impasse de monter les opéras tels qu'ils ont été créés»

Pour Honoré, c'est aussi une façon de questionner certains comportements du milieu de l'opéra. «C'est un peu une impasse de monter les opéras tels qu'ils ont été créés. Il faut confronter les œuvres avec quelque chose d'aujourd'hui», expliquait-il récemment sur France Inter.

Ses choix artistiques questionnent aussi le "blackface": «Aujourd'hui sur les scènes d'opéra, la question du blackface est une question qui fait polémique. Le blackface c'est de grimer des acteurs ou des chanteurs blancs en noir sous prétexte qu'il y a pas d'acteur ou de chanteurs noirs et en omettant complètement que ça a un caractère raciste.» Pour le chœur, Christophe Honoré a choisi les chanteur.se.s du Cape Town Opera Chorus, d'Afrique du Sud et nombre de figurants sont noirs.

Il poursuit: «J'espère que ça va être un peu embarrassant, un peu grinçant, et que la violence du désir apporte à la fois une espèce de joie par moments, mais aussi une détresse que je sens réellement dans certains passages de cette œuvre.»

Dans le teaser vidéo du spectacle, Christophe Honoré explique que Mozart est beaucoup plus mystérieux qu'il ne l'imaginait. Comment analyse-t-il l'intrigue assez tarabiscotée de l'opéra? «Pour moi c'est une histoire de brutalité, c'est une histoire de domination masculine sur les femmes, c'est une histoire qui parle de l'angoisse absolue des hommes face au désir féminin et de la manière de domestiquer ce désir.»

C’est la troisième fois que Christophe Honoré met en scène un opéra. Et c’est à l’un des chefs les plus mozartiens, Louis Langrée, qu'a été confiée la direction musicale de cette production de Così fan tutte. Lors de la première, Christophe Honoré a été hué par une partie du public, d'après Télérama. Vous pourrez vous faire votre propre opinion ce soir sur Arte. La chaîne diffuse la représentation du jour en léger différé.

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LES réactions (9)
  • Par plume 08 Juil 2016 - 13 H 25
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    Le « désir féminin indompté » et autres « vagins dévorants », c’est précisément une vieille justification masculiniste, soit fantasmée, soit carrément de mauvaise foi, pour ne pas causer du rapport social et de force réel : l’omniprésence du « désir » masculin, c’est à dire tout bonnement la valorisation par la sexualité naturalisée (y faut baiser pour être légitime) et de fait dominatrice. Ce dont cet ordre a peur, c’est de la remise en cause du « désir », c’est à dire de la dépendance.

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  • Par pa-yverdon 08 Juil 2016 - 14 H 55
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    « c’est une histoire qui parle de l’angoisse absolue des hommes face au désir féminin et de la manière de domestiquer ce désir »
    Cette simple phrase indique que c’est bien les femmes qui tiennent le pouvoir sur les hommes
    Trop fort ce Mozart!

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    • Par Vistemboire 08 Juil 2016 - 22 H 56
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      @Pa-yverdon
      Et en quoi le désir masculin serait-il fondamentalement différent du désir féminin ? Pourquoi faudrait-il en être angoissé ?
      C’est agréable de penser que le femmes détiennent le « pouvoir sur les hommes », hein ? On peut alors s’exonérer de toute réflexion. Cool !
      Et puis, après tout, les femmes sont bien comme les chiens (chiennes ?) : bonnes à être domestiquées.
      J’aurais tout lu ici. Même les pires absurdités.
      Mozart tire sans doute des larmes aux mélomanes, mais c’était un foutu sale abruti misogyne qui ne pensait, comme d’autres, qu’avec sa bite.

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    • Par pa-yverdon 11 Juil 2016 - 8 H 44
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      @Vistemboire
      Effectivement, beaucoup d’homme pensent avec leur bite et les femmes sont bien plus futées. Qu’y a-t-il de mal à ça?

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  • Par jeromemartin 08 Juil 2016 - 22 H 30
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    OK, mais au final, les acteur-rices/chanteur-ses des rôles principaux sont blanc-hes, les figurant-es et le choeur noir-es. C’est donc un peu bizarre comme projet, même si bien intentionné.

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  • Par Lyssandro 09 Juil 2016 - 0 H 00
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    soirée ruinée. Mais le metteur en scène a été grassement payé pour ça !
    Les « noirs » sont là pour rien dire pour rien chanter, pour ne aps jouer : c’est insultant pour ces « figurants »
    Don Alfonso est un vieux philosophe, ami de ces deux types, alors quel est la nécessité de la faire entrer en le bousculant à terre ?
    Justement parce que il s’agit d’une fable faite pour une soirée d’ «opera buffa » c’est la meilleure occasion de se passer des références « lourdes » à un uniforme d’un pays bien défini… alors à quoi bon ces faux uniformes turcs ? Le livret original parlait faire semblant de partir à la guerre puis revenir sous les traits de soldats albanais !! (oui à l’époque il n’avait pas de réseaux internet pour confirmer la véracité d’une telle guerre) ! Et à l’époque de cette mise en scène ?
    Il semble évident qu’il y avait des journaux des télégrammes et surtout du téléphone alors la supercherie de la guerre ne tiendrais pas la route… les époux serions démasqués très rapidement… mais sont des détails que le metteur en scène ne sait pas voir !
    L’image de la femme – de ces deux femmes, ces deux sœurs– est insultante
    Quelle idée de les faire chanter systématiquement devant des « témoins » ? Que font ces pauvres « noirs » en « habits vaguement folkloriques » ?
    Que signifient ces palpations pendant leurs airs ? Que prétends « ajouter » ce pauvre ignare de Christophe Honoré ?
    L’idée du livret est le dialogue intime entre ces deux sœurs, Fiordiligi et Dorabella. Deux femmes son capables de dialoguer sans que des « noirs » viennent les bousculer et les palper !! et encore moins qu’un noir torse nu vienne l’étreindre juste devant leur ami le vieux philosophe, faisant « mime » d’être très très très chaud !!! Que veut nous faire penser ce pauvre Christophe Honoré ?
    Quel enchainement des idées ? Quelles images oniriques ? Les paroles qui chantent les sœurs sont si absconses ?
    Ce monsieur Honoré doit avoir une libido très maladive !
    Qui sont les responsables de lui avoir accordé tant des moyens pour une si médiocre idée ?
    C’est une honte pour Aix
    C’est une honte pour ARTE
    C’est un accablement pour nous téléspectateurs

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  • Par Lyssandro 09 Juil 2016 - 0 H 09
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    Et ce qui est désolant est que ce metteur en scène ait été cherché des « figurants » et choristes hors de France et hors d’Europe… on ne vous remercie pas Christophe Honoré

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  • Par philippedecondey 11 Juil 2016 - 15 H 49
    Photo du profil de philippedecondey

    Très heureux de lire ici les commentaires peu flatteurs sur Christophe Honoré; Quelle vacuité, quel orgueil et quelle bêtise d’oser affirmer péremptoirement : « C’est un peu une impasse de monter les opéras tels qu’ils ont été créés  » Mozart et Da Ponte étaient des imbéciles et honoré un génie, tout le monde sait ça !
    Heureux le jour où le public, au lieu de huer, quittera la salle sans un mot !
    En fait, la seule recherche des metteurs en scène actuels (pas tous, mais la plupart) c’est l’exaltation de la LAIDEUR. Le mot d’ordre est : N’IMPORTE QUOI, L’ESSENTIEL ETANT QUE CE SOIT LAID !
    Et les snobs de pâment !…

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