Così fan tutte  (1790) est le troisième opéra de Mozart en collaboration avec le librettiste Da Ponte (après Les Noces de Figaro en 1786 et Don Giovanni en 1787). Son titre (traduit par Ainsi font toutes les femmes) reprend les propos d’un des protagonistes, Don Alfonso, qui pense que toutes les femmes sont volages et prêtes à l’infidélité. L’intrigue de ce sublime opéra est assez mince: deux soldats vont tester l’amour de leur fiancée respective en se déguisant en étrangers. Au Festival International d’Art Lyrique d’Aix en Provence, c’est le cinéaste et auteur Christophe Honoré qui met en scène Così fan tutte. Il a choisi de transposer l’action de Naples à l’Afrique mussolinienne, en ces terres coloniales gangrénées par le racisme.

Christophe Honoré: «C’est un peu une impasse de monter les opéras tels qu’ils ont été créés»

Pour Honoré, c’est aussi une façon de questionner certains comportements du milieu de l’opéra. «C’est un peu une impasse de monter les opéras tels qu’ils ont été créés. Il faut confronter les œuvres avec quelque chose d’aujourd’hui», expliquait-il récemment sur France Inter.

Ses choix artistiques questionnent aussi le « blackface« : «Aujourd’hui sur les scènes d’opéra, la question du blackface est une question qui fait polémique. Le blackface c’est de grimer des acteurs ou des chanteurs blancs en noir sous prétexte qu’il y a pas d’acteur ou de chanteurs noirs et en omettant complètement que ça a un caractère raciste.» Pour le chœur, Christophe Honoré a choisi les chanteur.se.s du Cape Town Opera Chorus, d’Afrique du Sud et nombre de figurants sont noirs.

Il poursuit: «J’espère que ça va être un peu embarrassant, un peu grinçant, et que la violence du désir apporte à la fois une espèce de joie par moments, mais aussi une détresse que je sens réellement dans certains passages de cette œuvre.»

Dans le teaser vidéo du spectacle, Christophe Honoré explique que Mozart est beaucoup plus mystérieux qu’il ne l’imaginait. Comment analyse-t-il l’intrigue assez tarabiscotée de l’opéra? «Pour moi c’est une histoire de brutalité, c’est une histoire de domination masculine sur les femmes, c’est une histoire qui parle de l’angoisse absolue des hommes face au désir féminin et de la manière de domestiquer ce désir.»

C’est la troisième fois que Christophe Honoré met en scène un opéra. Et c’est à l’un des chefs les plus mozartiens, Louis Langrée, qu’a été confiée la direction musicale de cette production de Così fan tutte. Lors de la première, Christophe Honoré a été hué par une partie du public, d’après Télérama. Vous pourrez vous faire votre propre opinion ce soir sur Arte. La chaîne diffuse la représentation du jour en léger différé.