Trois jours avant la Marche des fiertés de Paris, Benoît Hamon nous a fait savoir qu’il se rendrait à la marche et qu’il souhaitait nous rencontrer. Cela tombe bien, nous avions quelques questions à poser à l’ancien ministre de l’Éducation nationale, aujourd’hui frondeur et potentiel candidat à la primaire socialiste.

Nous l’avons questionné sur l’abandon de la PMA, sur le changement d’état civil, sur les ABCD de l’égalité et ses engagements sur les sujets LGBT s’il était finalement candidat à la primaire.



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Outre les questions abordées dans cette interview vidéo (PMA, droits des trans, restrictions de la Marche), nous avons interrogé Benoît Hamon sur l’éducation. Il a été ministre de l’Éducation nationale entre avril et août 2014, avant de laisser la place à Najat Vallaud-Belkacem. Il avait succédé à Vincent Peillon à ce poste, durant la période de mise en œuvre –et l’abandon– du programme de lutte contre les stéréotypes de genres, les ABCD de l’Égalité, expérimentés auparavant avec succès. Nous sommes revenus sur cet épisode du quinquennat de François Hollande durant lequel les anti-égalité ont été particulièrement virulents.

«Ce qui m’a frappé dans les ABCD de l’Égalité, c’est la manière dont les adultes se saisissent de l’école pour en faire un champ de bataille où ils y font de la politique, où on instrumentalise les élèves, affirme Benoît Hamon. A l’époque où j’ai été ministre, on était au cœur de la réforme des rythmes scolaires, il y avait une tension incroyable. Mon objectif était qu’on apaise l’école. Les ABCD de l’Égalité, c’était une expérimentation de modules –la lutte contre les stéréotypes de genres, comment valoriser l’égalité femme-homme, comment faire sauter certains verrous culturels–, dont on a voulu qu’ils soient évalués pour regarder ceux qui atteignaient leurs objectifs et ceux qui ne le faisaient pas.»

L’évaluation faite, le ministère a pris une décision: «On a choisi d’en finir avec les ABCD de l’Egalité et de passer à une phase où l’Education nationale sort de l’expérimentation très médiatisée et passe à la mise en œuvre d’un module qui concerne tous les profs de toutes les académies de toutes les classes sur l’égalité femme-homme. On était dans une période éruptive. Farida Belghoul a crié victoire, trois journaux ont dit “elle a gagné”, mais c’est toujours pareil: quand l’idiot regarde la lune, l’imbécile regarde le doigt. Mais on a fait un effort sans précédent. Aujourd’hui, aucun prof en formation n’a échappé à ces modules sur l’égalité.»

Même si certains demandaient une généralisation des ABCD tels qu’ils existaient, Benoît Hamon ne regrette pas cette décision, et affirme que cette thématique est désormais «banalisée au sens positif du terme». «Nous verrons les résultats dans un, deux ou trois ans. Je demande à être jugé sur un temps long», affirme-t-il.

Sur la gestion de la crise des ABCD, Benoît Hamon reconnait à demi-mot une possible «erreur de communication». «Quand on reprend les mots de l’adversaire, ce n’est pas bon!» admet-il quand on lui rappelle que Vincent Peillon lui-même employait les termes fallacieux de «théorie du genre». Benoît Hamon évoque une volonté à l’époque de tenter de «rassurer une partie de la population qui aurait pu penser qu’on mélangeait tout». «Un parent d’élève sur mon territoire m’avait dit: “Vous apprenez à des enfants à se masturber avec des peluches”, se souvient-il. C’est ça qui circulait par SMS. Des mensonges, des propos malveillants. Il y a eu une campagne très politique, qui, quand il y a eu les journées où l’on retirait les enfants de l’école, n’ont pas eu un impact si important que ça.» Une ampleur marginale, mais à laquelle les médias ont donné trop d’importance, selon lui.

«Mais peut-être a-t-on été maladroits en reprenant les termes de l’adversaire parfois, s’interroge finalement Benoît Hamon. A presque s’excuser de nos choix politiques.»