Musique, Playlist | 30.06.2016 - 18 h 17 | 0 COMMENTAIRES
  • axiom
  • jessye norman
  • Louis-Georges Tin

Les Playlists de Louis-Georges Tin

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Quelques classiques de la cantatrice Jessye Norman et une playlist consacrée aux artistes qui plaident pour les réparations liées à l'esclavage et à la colonisation.
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A la demande de Yagg, je me permets de partager ici quelques titres de musique, que j'affectionne particulièrement. Je commence avec Jessye Norman, cantatrice sublime, époustouflante. J'aime en particulier ces deux airs, La Mort de Didon, dans l'opéra de Purcell, et La Mort d'Isolde, dans l'opéra de Wagner, qu'elle interprète avec la grâce majestueuse qu'on lui connaît. J'ai choisi aussi deux titres de negro-spiritual, genre dans lequel elle excelle également. Issu de la douleur des peuples africains réduits en esclavage, le gospel a traversé les âges en témoignant aussi d'une espérance toujours vive: liberté et justice.

C'est précisément cette exigence de justice qui anime ceux qui demandent réparation. C'est une des campagnes sur lesquelles je travaille, avec les membres du CRAN et les autres associations avec lesquelles nous sommes en relation. Après une âpre lutte, le 10 mai dernier, à l'occasion de la journée nationale de commémoration de l'esclavage, nous avons obtenu un début de réparation: François Hollande a annoncé la mise en place d'un musée et d'une fondation pour la mémoire de l'esclavage -ce sont donc des réparations morales et financières qui sont prévues. Les auteurs de cette seconde playlist plaident justement en faveur de cette réparation liée à l'esclavage et à la colonisation.

Le premier d'entre eux, notamment, mon préféré, évoque une histoire dramatique. Ayant défait Napoléon grâce à Toussaint Louverture, les anciens esclaves de Saint-Domingue devinrent les citoyens libres d'Haïti, première république noire. Mais en 1825, la France menaça d'envahir à nouveau le pays pour récupérer ses esclaves, et réclama des «réparations» pour les anciens propriétaires, qui s'estimaient lésés par l'indépendance d'Haïti. De peur de sombrer à nouveau dans l'esclavage, le président de l'époque accepta l'inacceptable: Haïti dut payer à la France l'équivalent de 21 milliards de dollars, et dut s'endetter pour cela de 1825 à 1946, ce qui précipita le pays dans la spirale infernale du surendettement, du sous-développement, et de l'instabilité politique. En 2013, le CRAN a assigné l'Etat français au TGI de Paris en demandant que la somme encaissée soit restituée au peuple haïtien. C'est de tout cela que parle l'air chanté par Axiom, dans ce titre de rap symphonique, épique et wagnérien.

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