Yagg a rencontré Yadh Krendel et Yacine ‪Djebelnouar‬, à l’origine de la création très prochaine de Shams France, qui vise à lutter pour la dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie, mais aussi à regrouper les personnes LGBT arabes et maghrébines en France. Yadh Krendel vit en France depuis plusieurs années, Yacine, lui est d’origine algérienne. Ils expliquent quels sont les buts de cette association.

[Mise à jour, 15 juin] Jour des permanences

Historiquement, Shams France est pour Yadh Krendel et Yacine ‪Djebelnouar la suite logique de Shams, une association fondée en Tunisie en janvier 2015 et autorisée en mai, il y a un an. L’action de l’association tunisienne a d’abord consisté à occuper le terrain sur les réseaux sociaux, et en particulier Facebook. Yadh Krendel explique qu’il a reçu sur la page de nombreux messages de détresse. Mais l’existence de l’association est menacée notamment parce qu’une partie de la presse tunisienne pratique ce qu’il appelle le «Shams bashing». Shams a pour l’instant tenu bon, après avoir vu son activité suspendue pendant un mois sur décision de justice début 2016, et maintient le cap: faire changer la loi qui pénalise l’homosexualité, l’article 230 du code pénal tunisien, quand beaucoup expliquent dans le pays qu’il faut d’abord changer les mentalités.

TRAVAIL EN RÉSEAU
L’idée de créer Shams France a germé suite à une discussion de Yadh avec Yacine, rencontré à La Mutinerie, un bar LGBT parisien. Yacine reconnaît qu’il est assez rentre-dedans, et décrit Yadh comme plus politiquement correct. Selon eux, Shams France a une connaissance du terrain LGBT en Tunisie, ce qui va lui permettre d’initier des actions en milieu LGBT conjugué au savoir faire des autres associations LGBT françaises, pour un travail efficace. L’association insiste aussi sur le travail en réseau avec des associations plus ciblées, avec l’association libanaise Helem ou Homosexuels et musulmans de France (HM2F).

VISIBILITÉ ET INCLUSION
L’Assemblée générale constituante de Shams France doit se tenir le 14 juin prochain et Yadh envisage de se présenter au poste de président. Pour l’instant, Shams France, c’est une dizaine de militant.e.s, dont trois femmes. Parmi les cofondateurs figure aussi Seif Eddine Bejaoui.

Yacine le reconnait: «Nous devons travailler sur la visibilité, l’inclusion des lesbiennes et des personnes trans maghrébines». Les deux axes principaux du travail de l’association sera de relayer, surtout médiatiquement, les actions de Shams Tunisie, mais aussi, sur le terrain français, de soutenir les LGBT arabes en France ainsi que celles et ceux en demande d’asile. «Nous prévoyons de lancer des permanences d’accueil dès le mois de juillet, explique Yacine. Nous avons déjà un créneau les 1er et 3e jeudis du mois, de 18 heures à 20 heures, au Centre LGBT de Paris-Ile de France».

Pour les deux militants, une bonne partie de la communauté LGBT maghrébine «ne s’aime pas», du fait d’une culture très patriarcale. «Le jour où Shams France les aidera à acquérir une autonomie, une confiance en eux et en elles, nous serons contents», affirme Yadh. A moyen terme, Yacine envisagerait aussi de créer un lieu sur le modèle du Refuge, mais pour les demandeurs/euses d’asile.

Yadh explique que la question de la religion va se poser un moment ou à un autre. «Nous avons pris nos distances par rapport à la religion. Mais nous insistons sur l’aspect laïc de notre association tout en travaillant sur le fait que la religion n’est pas homophobe».

En conclusion, Yadh et Yacine me dévoilent d’une seule voix le premier slogan de l’association: «Notre liberté, notre priorité.»

Lire aussi la tribune de Yadh Krendel publiée sur Yagg en janvier dernier: Pourquoi il faut sauver l’association tunisienne Shams.

Pour contacter Shams France: contact[at]shams-france.org