France, Plus | 03.06.2016 - 13 h 08 | 2 COMMENTAIRES
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Agression transphobe à Lille: pourquoi le procès est exemplaire

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La plainte de Manon, la victime, a été requalifiée pour prendre en compte la circonstance aggravante de l'agression à raison de l'identité de genre de la victime. L'agression avait eu lieu en mars dernier.
lille metro

Entrée du métro à Lille - Photo : Julien

Chaque nouveau procès pour des faits de violence envers les personnes LGBT permet de faire avancer les choses, y compris dans le monde judiciaire. C’est le cas d’une affaire d’agression transphobe jugée mercredi 1er juin à Lille.
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INSULTES ET COUP DE PIED
L’affaire en question avait fait la une du quotidien lillois La Voix du Nord et concernait une femme trans, Manon, agressée dans le métro de la ville. Les faits se sont déroulés le 4 mars dernier. La jeune femme de 29 ans rentrait tranquillement chez elle quand un groupe l’a agressée d’abord verbalement, la traitant notamment de «travelo». Pour échapper à cette situation, elle est sortie de la rame, accompagnée par des agents de sécurité. Deux individus l’ont alors suivie, tout en l’insultant. Elle a ensuite reçu un coup de pied. Une personne a été témoin de toute la scène.

Une plainte avait été déposée et quelques jours plus tard, les deux jeunes hommes étaient interpellés et placés en garde à vue. L’un d’eux a reçu un simple rappel à la loi, mais celui qui a donné le coup de pied s’est retrouvé mercredi 1er juin devant la 9e chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Lille.

REQUALIFICATION
C’est Maître Jean-Bernard Geoffroy, également président du Réseau d’aide aux victimes d’agression et de discrimination (Ravad), qui défendait la victime, Manon, dans cette affaire. Nous l’avons interviewé ce matin afin qu’il nous raconte le déroulement du procès. Le Parquet avait poursuivi pour des faits de violence à raison de l’orientation sexuelle. Pour Maître Geoffroy, qui défendait la victime, «c’était oublier une circonstance aggravante, concernant l’identité sexuelle». Le droit français a introduit cette notion en août 2012 et même si l’avocat déplore que l’on ne parle pas d’«identité de genre», ce qui est plus juste, il a du faire avec le droit existant.

«J’ai obtenu pour la victime la requalification et je m’en réjouis, explique à Yagg Maître Geoffroy. Cela a permis aussi à l’Association Nationale Transgenre (ANT) d’être jugée recevable». Le prévenu a été reconnu coupable de violence à raison de l’identité sexuelle de la victime et a écopé d’une peine de cinq mois de prison avec sursis et 1000 euros d’amende. C’est important car des violences entraînant des blessures physiques très légères se terminent généralement par une contravention. Mais si l’agression est homophobe ou transphobe, le mis en cause est renvoyé en correctionnelle, et risque jusqu’à trois ans d’emprisonnement. D’après un communiqué de l’ANT, la victime est «soulagée et satisfaite de ce jugement».

QUAND LA DÉFENSE UTILISE LA CHANSON DE FLORENT PEYRE…
Jointe au téléphone, Delphine Ravisé Giard, la présidente de l’ANT, est elle aussi «très satisfaite de ce jugement». Elle se réjouit que le Tribunal ait «bien pris en compte les enjeux de la lutte contre la transphobie et contre les violences faites aux personnes trans»:

«C’est pour nous un jugement qui, on l’espère, devrait être un signal fort envoyé comme quoi la transphobie n’a plus sa place dans la société.»

Delphine ravisé-Giard raconte encore un épisode révélateur durant l’audience. La défense du prévenu, voulant minimiser son acte, a utilisé le clip de Florent Peyre intitulé «Travelo» (diffusé l’été dernier sur TF1) et qui avait fait polémique, afin d’expliquer que ce mot n’était pas une insulte puisque ce sketch montrait que c’était «humoristique». Mais cet argument n’a manifestement pas été retenu par le tribunal. «Travelo» est donc bien une insulte transphobe.
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LES réactions (2)
  • Par helene 03 Juin 2016 - 20 H 24
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    Bravo. en fait c’est une faiblesse (soyons cool) de l’InterLGBT si « l’identité de genre » n’a pas été homologué par le parlement à l’époque. Et Maintenant ça remonte régulièrement.
    Pour « travelo » nous avons eu tort de ne pas demander à ce comique des excuses. En tout cas on a bien la preuve ici que son clip a donné latitude à des transphobles pour user de violences contre nous. Ce pauvre type qui racontait que « travelo » n’est pas une insulte, si en sortant avec une amie elle se fait traiter de « travelo » devant il réagit comment, il rigole?

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  • Par plume 04 Juin 2016 - 12 H 43
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    Sauf qu’une nana cisse, ou qui a l’air de l’être, n’est jamais traitée de travelo. Il faudrait tout de même qu’on en finisse avec le mythe de notre prétendue « invisibilité », qui plus est dans un monde où les normes de sexe/genre se rigidifient à nouveau. Dans un contexte généralisé de recherche (d’ailleurs convergente aux cisses et aux transses) de cette norme, et de ce qu’on peut qualifier comme dit une collègue de « panique de genre », la plupart d’entre nous sommes visibles comme transses, et c’est en tant que telles que nous sommes attaquées. Le passing est rapport social, ou fonction de l’état du rapport social, et celui ci nous est actuellement défavorable.
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    Sinon, et encore une fois, je ne crois absolument pas, quel que soit le degré effectif de complaisance ou de compromission de telle ou telle assoce, que celui ci a changé grand’chose à ce qui est et aurait été la conduite des législateurs et du gouvernement à notre égard. Encore une fois, et on le voit pour des affaires qui remuent bien plus la sphère publique que nos ennuis, les mobilisations, de toute façon plus ou moins minoritaires, pèsent désormais queud’ch. Je pense vraiment que croire à la puissance, dans notre cas, de manigances strictement politiques, est une erreur, même si elles ont lieu. Nous mettre à ce point dans la dépendance idéalisée à la vertu supposée, je crois bien à tort, à la reconnaissance individuelle politique et institutionnelle, alors même que fond sur nous (et sur bien d’autres) la vague de fond de la régression sociale, elle portée par des majorités énormes, sans songer à nous organiser pour vivre, je pense que ça commence à confiner au suicide collectif potentiel. Pour la quarantième fois, la carte d’identité, si effectivement elle donne des possibilités et facilite une partie de la vie, n’a jamais empêché la violence sociale envers les minorités visibles ni créé une égalité réelle. Non plus que les lois anti discrimination. Nous devons bien entendu les exiger, mais sans nous faire d’illusion, et sans croire que ça va dissoudre ni désarmer miraculeusement la haine et le mépris (euphémisme !) envers les transses, lesquels rassemblent un très large consensus. Sans parler de l’hypocrisie inclusiviste et des instrumentalisations, qui s’en servent en prétendant y remédier. Nous faisons partie de ces réservoirs humains d’illégitimité à usage partagé et convergent. Personne, dans un pareil contexte, ne nous défendra ni ne nous protègera vraiment à notre place. Tirons en des conséquences. Evitons de mettre une grande part de nos oeufs (!) dans des paniers sur lesquels nous n’avons pas de maîtrise.

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