Chaque nouveau procès pour des faits de violence envers les personnes LGBT permet de faire avancer les choses, y compris dans le monde judiciaire. C’est le cas d’une affaire d’agression transphobe jugée mercredi 1er juin à Lille.

INSULTES ET COUP DE PIED
L’affaire en question avait fait la une du quotidien lillois La Voix du Nord et concernait une femme trans, Manon, agressée dans le métro de la ville. Les faits se sont déroulés le 4 mars dernier. La jeune femme de 29 ans rentrait tranquillement chez elle quand un groupe l’a agressée d’abord verbalement, la traitant notamment de «travelo». Pour échapper à cette situation, elle est sortie de la rame, accompagnée par des agents de sécurité. Deux individus l’ont alors suivie, tout en l’insultant. Elle a ensuite reçu un coup de pied. Une personne a été témoin de toute la scène.

Une plainte avait été déposée et quelques jours plus tard, les deux jeunes hommes étaient interpellés et placés en garde à vue. L’un d’eux a reçu un simple rappel à la loi, mais celui qui a donné le coup de pied s’est retrouvé mercredi 1er juin devant la 9e chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Lille.

REQUALIFICATION
C’est Maître Jean-Bernard Geoffroy, également président du Réseau d’aide aux victimes d’agression et de discrimination (Ravad), qui défendait la victime, Manon, dans cette affaire. Nous l’avons interviewé ce matin afin qu’il nous raconte le déroulement du procès. Le Parquet avait poursuivi pour des faits de violence à raison de l’orientation sexuelle. Pour Maître Geoffroy, qui défendait la victime, «c’était oublier une circonstance aggravante, concernant l’identité sexuelle». Le droit français a introduit cette notion en août 2012 et même si l’avocat déplore que l’on ne parle pas d’«identité de genre», ce qui est plus juste, il a du faire avec le droit existant.

«J’ai obtenu pour la victime la requalification et je m’en réjouis, explique à Yagg Maître Geoffroy. Cela a permis aussi à l’Association Nationale Transgenre (ANT) d’être jugée recevable». Le prévenu a été reconnu coupable de violence à raison de l’identité sexuelle de la victime et a écopé d’une peine de cinq mois de prison avec sursis et 1000 euros d’amende. C’est important car des violences entraînant des blessures physiques très légères se terminent généralement par une contravention. Mais si l’agression est homophobe ou transphobe, le mis en cause est renvoyé en correctionnelle, et risque jusqu’à trois ans d’emprisonnement. D’après un communiqué de l’ANT, la victime est «soulagée et satisfaite de ce jugement».

QUAND LA DÉFENSE UTILISE LA CHANSON DE FLORENT PEYRE…
Jointe au téléphone, Delphine Ravisé Giard, la présidente de l’ANT, est elle aussi «très satisfaite de ce jugement». Elle se réjouit que le Tribunal ait «bien pris en compte les enjeux de la lutte contre la transphobie et contre les violences faites aux personnes trans»:

«C’est pour nous un jugement qui, on l’espère, devrait être un signal fort envoyé comme quoi la transphobie n’a plus sa place dans la société.»

Delphine ravisé-Giard raconte encore un épisode révélateur durant l’audience. La défense du prévenu, voulant minimiser son acte, a utilisé le clip de Florent Peyre intitulé «Travelo» (diffusé l’été dernier sur TF1) et qui avait fait polémique, afin d’expliquer que ce mot n’était pas une insulte puisque ce sketch montrait que c’était «humoristique». Mais cet argument n’a manifestement pas été retenu par le tribunal. «Travelo» est donc bien une insulte transphobe.