«Une passerelle entre toutes les droites». C’est en ces termes que l’actuel maire de Béziers Robert Ménard décrit l’événement qu’il organise dans sa ville du 27 au 29 mai: Un rassemblement – soutenu par les rédactions de Valeurs Actuelles et de Boulevard Voltaire – qui ratisse très large et qui entend réunir ceux et celles qui se retrouvent sous l’étiquette d’une droite dure et décomplexée.

Des politiques bien sûr, mais aussi des intellectuel.les, des chefs d’entreprises et des militant.e.s ont répondu présent.e.s à l’initiative où vont se retrouver des chrétiens démocrates (le candidat à la primaire LR Jean-Frédéric Poisson), quelques grands noms du Front national (Marion Maréchal-Le Pen et Louis Aliot) en passant par les têtes de file de l’opposition au mariage pour tous Ludovine de la Rochère, ainsi que Béatrice Bourges (du Printemps français) et les libéraux-conservateurs, comme Charles Beigbeder.

L’objectif de Robert Ménard: lancer le mouvement citoyen «Oz ta droite» en vue de l’élection présidentielle de 2017 en se différenciant de la candidate du Front national Marine Le Pen… tout en marchant sur ses plates-bandes en fédérant ouvertement l’extrême-droite française.

CONTRE «LA LOI TAUBIRA» ET LA «THÉORIE DU GENRE»
«Après la loi Taubira, que reste-t-il de nos Manifs?» est une des grandes thématiques sociétales qui apparait dans le document de travail qu’a publié sur Twitter le journaliste de l’AFP Guillaume Daudin. Si la liste de propositions n’est pas définitive en l’état et pourrait être amendée, elle révèle néanmoins quelques surprises comme la mention explicite – dans des termes qu’on croirait empruntés au code pénal russe – de l’«interdiction de la propagande en faveur de l’homosexualité et de la théorie du genre» ou même carrément la «suppression de la loi Taubira sur le mariage homosexuel» et l’«interdiction de la GPA» (qui rappelons-le, n’est déjà pas autorisée en France).

À ces mesures aussi provocantes que grotesques s’ajoutent d’autres propositions typiques de Robert Ménard comme la «répression effective du racisme anti-blanc» ou l’«abolition des lois liberticides et mémorielles».

QUE DU BEAU MONDE
Au programme de ce grand week-end entre gens de droite, cinquante intervenant.e.s (dont seulement cinq femmes) répartis en tables rondes thématiques. L’une portera sur la famille, animée par la journaliste de Boulevard Voltaire Gabrielle Cluzel, avec la présidente de la «Manif pour tous» Ludovine de La Rochère, l’avocate Aude Mirkovic, porte-parole de l’association des Juristes pour l’enfance, Axel Rokvam, l’un des fondateurs des Veilleurs, et Jacques Bichot, économiste français spécialiste de la politique familiale.

Béatrice Bourges participera elle, à la table ronde intitulée «École: passer au Kärcher l’école de Mai 68, on commence par quoi?» Une table ronde sur la culture sera aussi l’occasion d’entendre Fabien Bouglé, élu versaillais qui avait demandé en conseil municipal le contrôle de l’orientation sexuelle des animateurs périscolaires afin d’éviter «l’infiltration du lobby LGBT». Robert Ménard a entre autres invité Charles Beigbeder, élu municipal de Paris issu de la droite ultra-conservatrice, l’écrivain Denis Tillinac, le fondateur de l’Observatoire des journalistes et de l’information médiatique (Ojim) Claude Chollet, le maire PCD de Montfermeil Xavier Lemoine, l’écrivain Renaud Camus ou encore le journaliste Ivan Rioufol.

UNE STRATÉGIE POUR SE DISTINGUER DU FN
Pour Robert Ménard et son mouvement citoyen, mobiliser sur un sujet comme le mariage pour tous va permettre de séduire un électorat conservateur de droite en se démarquant du Front national ou même de Les Républicains, qui l’un comme l’autre, ne devraient pas faire campagne sur ces questions pour l’élection présidentielle. Auprès de Valeurs Actuelles, le maire de Béziers s’en sert d’ailleurs comme exemple pour tacler l’ancien chef d’État et actuel président LR et défendre la légitimité de son mouvement qu’il veut populaire et non partisan: «C’est par le peuple, et non par les appareils, que les choses peuvent bouger. Regardez Sarkozy: à peine avait-il promu des militants de La Manif pour tous aux Républicains, qu’il annonçait son ralliement au mariage homosexuel! Il n’y a aucune raison de laisser à l’extrême gauche, comme Podemos en Espagne, le monopole des mouvements citoyens».

Questionné ce matin par Bruce Toussaint sur iTélé, Florian Philippot a insisté avec véhémence sur les points de «désaccords» entre le FN et le projet de Robert Ménard, rappelant à plusieurs reprises que l’édile n’est ni encarté au FN ni au Rassemblement Bleu Marine. Questionné sur les différentes propositions présentées à Béziers ce week-end, Florian Philippot a dû donner son avis sur quelques unes d’entre elles dont la fameuse «interdiction de la propagande en faveur de l’homosexualité et de la théorie du genre». Réponse du numéro 2 du Front national: «Je ne sais pas ce que c’est que la propagande en faveur de l’homosexualité, je ne la vois pas en France.»

Une mise à distance ferme et sans ambiguïtés avec les discours qui seront prononcés ce week-end à Béziers…