«Ça a été difficile, surtout pour Stéphanie et Emmanuel», explique à Yagg Aude Leroy. Cette militante de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) fait partie du comité de soutien à Stéphanie Michel, élue FCPE de l’école Langevin de Fontenay dans le Val-de-Marne, et Emmanuel Chareix, vice-président au niveau départemental. Parce qu’elle et il se sont opposé.e.s à des militant.e.s mobilisé.e.s contre la lutte contre le sexisme et l’homophobie à l’école, il et elle ont été accusé.e.s de diffamation et ont été condamné.e.s ce vendredi 20 mai à des amendes avec sursis. Il et elle devront aussi s’acquitter de 800 et 1000 euros de dommages et intérêts auprès des plaignants. «Quand on a créé ce comité de soutien, on n’imaginait pas que ça irait aussi loin», constate Aude Leroy avec amertume. Retour sur une affaire dont les racines sont ancrées dans les crispations de 2013 et 2014 entre l’Éducation nationale et les anti-«théorie du genre»…

UNE EXCLUSION RETENTISSANTE
L’affaire remonte à novembre 2014. Stéphanie Michel est alors présidente du conseil local de la FPCE 94. Constatant que des parents d’élèves, proches de la Journée de retrait de l’école (JRE) de Farida Belghoul, organisent une réunion sur la «théorie du genre», elle prend la décision de les exclure:

Extrait de l'affiche FCPE annonçant l'exclusion des parents d'élèves Extrait de l’affiche FCPE annonçant l’exclusion des parents d’élèves

 

Deux des trois parents concernés portent alors plainte pour diffamation, leur exclusion ayant été annoncée sur le panneau d’affichage de l’école. D’abord prévue en novembre 2015, l’audience a été reportée en janvier, puis au 8 avril dernier. En dépit d’une pétition lancée par le comité de soutien très mobilisé, mais aussi d’un soutien de la ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem, la justice a donc finalement tranché en faveur des parents d’élèves militant contre la sensibilisation contre les stéréotypes de genre en milieu scolaire.

LE RAPPEL D’UN CLIMAT AUX LOURDES CONSÉQUENCES
La veille du délibéré du tribunal de Créteil, c’est le tribunal de Tours qui a condamné Farida Belghoul et Dalila Hassan pour diffamation et complicité de diffamation, pour avoir colporté via une vidéo Youtube de fausses rumeurs à l’encontre d’une enseignante de maternelle, accusée d’attouchements sur des enfants de sa classe. Deux verdicts bien différents, mais deux affaires ayant pour point commun d’avoir été des révélateurs du climat réactionnaire entre 2013 et 2014 contre l’Éducation nationale. «Ça s’inscrit effectivement dans un contexte particulier, reconnait Aude Leroy, et ça a eu des conséquences colossales à l’époque. Aujourd’hui, plus de vingt mois après, on ne mesure peut-être plus cette pression exercée sur les familles, sur l’institution scolaire. Mais à l’époque, on a réussi à manipuler, à faire croire des choses qui n’existaient pas dans les ABCD de l’égalité

UNE ACCUSÉE, ELLE AUSSI VICTIME?
Alors que Stéphanie Michel a été intimidée, a subi menaces et insultes après avoir prononcé l’exclusion des parents qui allaient à l’encontre des principes de la FCPE, pourquoi le préjudice moral qu’elle a subi n’a-t-il pas été reconnu? Pour Aude Leroy, le tribunal a avant tout axé son délibéré sur la diffamation et ne pouvait pas faire entrer en ligne de compte une autre affaire: «La plainte déposée par Stéphanie pour menaces et violences avait de toute façon été classée», explique-t-elle. Impossible donc de faire reconnaître son statut de victime. «L’avocat de la partie adverse a réussi à obtenir des dommages et intérêts. Pour l’instant, c’est suspensif», affirme Aude Leroy. Stéphanie Michel et Emmanuel Chareix ont en effet fait appel de la décision du tribunal de Créteil. «On va rester à leurs côtés, insiste la militante. Indépendamment de l’amitié qu’on leur porte, il s’agit aussi des valeurs qu’il nous importe de défendre à la FCPE.»