Ce qui frappe le plus chez Mike Fédée, c’est peut-être son envie. Si certains attendent que les choses arrivent toutes cuites dans leur bouche, cela ne semble pas être son cas. En des termes plus familiers: il se bouge. Résultat: auteur, comédien, scénariste… à 29 ans, il a déjà plusieurs cordes à son arc. Depuis sa Martinique natale jusqu’à Paris où il vit désormais, le chemin a été long. Et il n’en est qu’au début.

Métis, avec un père de Sainte Lucie et une mère de la Seyne sur Mer, en métropole, il garde globalement un bon souvenir de son enfance et de son adolescence aux Antilles. L’école est d’abord un peu difficile. L’écriture va lui servir de planche de salut. «Mon nom de famille était souvent détourné en « Fédée pédé », raconte-t-il. J’ai sorti mon premier roman fantastique, vers 12-13 ans, Mike Mac Field (Ibis Rouge Editions). Je suis devenu Mike Fédée, le plus jeune auteur de la Martinique. Plus de quolibet.»

L’écriture lui plaît, mais c’est surtout la scène qui va l’appeler. Sa mère est chorégraphe, elle le fait participer à ses spectacles. «Toute cette énergie, quand on répète tous ensemble, quand trois semaines avant le spectacle on y est de façon quotidienne, ça me plaisait. J’ai dit à mes parents: « c’est ce que j’ai envie de faire ». La condition, c’était d’avoir mon bac», se souvient-il. Avant de pouvoir partir pour de bon, il vient en métropole tous les étés suivre des stages de comédie.

Il réalise qu’il est gay au lycée. « Aucune fille ne s’intéressait à moi parce que j’étais un peu bouboule. Ma mère me disait, ça va venir avec le temps. Bientôt c’est toi qui en refusera. C’est venu sur le tard, enfin sur le tard… j’étais en 1ère », confie-t-il.

PAS TRÈS À L’AISE
Étonnamment, sa mère n’est pas très à l’aise lorsqu’elle apprend l’homosexualité de son fils. «Cela n’a pas été si simple pour elle, alors qu’elle évolue dans le milieu de la danse et qu’elle a aidé des danseurs à faire leur coming-out», explique Mike. Cela s’est mieux passé avec son père: «Je pensais que ça aurait été l’inverse. » Peut-être parce qu’il a attendu un peu, comme il le reconnaît:  « J’ai pu faire mon coming-out avec lui à un moment où j’étais totalement en phase avec moi-même». »

Le bac en poche, il débarque à Paris à 17 ans pour suivre l’école de comédie Claude Mathieu. Au bout des trois ans de formation, il enchaîne divers rôles non-payés au théâtre, qui lui permettent de faire des rencontres et de se constituer un réseau. Une stratégie payante, puisqu’il parvient aujourd’hui à vivre de son métier.

En 2013, il se fait remarquer pour deux premiers rôles dans des pièces gay: A l’homme qui m’a donné envie, de Stéphane Clerget et A partir d’un SMS, de Silas Van H.  A propos de la deuxième, il affirme:

« J’ai fait beaucoup de pièces classiques, que ce soit du Racine ou de Shakespeare et j’avais envie de totalement autre chose. C’était un moyen de m’essayer à la comédie et c’était une façon pour moi d’assumer encore plus l’homosexualité, de faire un premier rôle gay et de voir comment c’était accueilli par le public. »

Silas Van H, auteur et metteur en scène de A partir d’un SMS, ne tarit pas d’éloges sur Mike«Je trouve qu’il dégage une aura positive, une naïveté, avec tout de même une certaine assurance. Cette détermination et sa conviction ont été un moteur pour la création et l’accomplissement des représentations. Nous avons alors redéfini lors des répétitions le rôle pour qu’il reflète sa propre personnalité. Tout au long des représentions ce fut un réel plaisir de voir s’épanouir Mike et de voir le personnage prendre vie et coller à ce que je m’étais imaginé. »

PAS PEUR D’ÊTRE CATALOGUÉ
La peur d’être catalogué, qui revient souvent chez les comédiens castés dans des rôles d’homos est étrangère à Mike. «Dans tout ce que j’ai fait, j’ai eu plus de rôle d’hétéros que de rôles homosexuels, mais maintenant ce que je fais et qui a le plus de visibilité, ce sont des rôles d’homosexuel, répond-il quand on l’interroge sur le sujet. Du coup on me dit, fais gaffe, tu peux être catalogué. Je ne fais pas des rôles d’homosexuels. Dans Sigma [un court-métrage], je joue un jeune cadre qui a une perte dans sa vie. C’est plus ça que j’ai à jouer qu’un homosexuel. Pour moi, je joue plus des traits de caractère que l’homosexualité.

Et quand bien même on ne me proposerait que des rôles gays, je le ferais avec des jeux différents et beaucoup d’envie.»

On peut le voir actuellement dans les deux saisons de la web-série Les Garçons de chambre. Il y incarne Giovani, un escort gay. Pour lui, le web est « hyper formateur »: « C’est l’occasion de tourner beaucoup plus par rapport au cinéma ou à la télé. C’est une manière de faire mes armes. », note-t-il. Il défend la série et son côté très soap:  « La première saison était plus tournée vers la comédie, la deuxième saison est plus dark. J’aime bien ce côté soap. Il faut en faire, il ne faut pas en avoir honte. »

Lui, qui a joué beaucoup de rôles dramatiques, a désormais envie de comédie: « J’ai encore plein de choses à découvrir là-dedans. J’aimerais beaucoup faire un boulevard. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre, notamment sur le rythme. »

S’il travaille ardemment son savoir faire, Mike Fédée ne néglige pas pour autant le faire savoir. On le voit très présent sur les réseaux sociaux, distillant ici une photo de coulisses, là une pensée du jour, ou encore un peu d’humour avec sa pastille « Hey Twin Selfie ». « Ça fait du bien d’avoir un échange avec ces personnes qui suivent ta carrière, qui répondent toujours présent, explique-t-il. Si je peux leur donner ça, une pensée qui fait du bien, une photo rigolote… J’essaie toujours de faire en sorte que ça rester positif. »

On a pu le voir défiler en faveur du mariage pour tous et en parler sur ses réseaux. Une démarche pas si courante chez ses confrères et consœurs. « Je ne blâme aucun comédien qui ne veut pas s’engager, rétorque-t-il. Chacun a sa façon de militer ou de réagir. J’affirme, je montre, je ne le cache pas. Est-ce que je bosse moins par rapport à ça? Je ne crois pas. Est-ce qu’il y a des portes qui me sont fermées? Je l’ignore. En tout cas, quand les portes me seront ouvertes, ça sera toujours comme ça. Je ne ferai pas semblant. C’est important de rester authentique. »

Dix ans après son départ de Martinique, il y est revenu jouer Antigone. « C’était génial de pouvoir jouer à nouveau chez soi. C’est important de garder un pied là-bas. Que les gens soient au courant de mon évolution. Et de voir que c’est possible d’y arriver en partant d’un petit caillou comme le mien.» Il a eu des articles dans la presse locale. Son homosexualité n’y a pas été abordée. «Aux Antilles, c’est un peu plus compliqué, mais les choses avancent. C’est une autre échelle. Mais ceux qui ne veulent pas se cacher, avoir des enfants, le font et ne sont pas plus emmerdés qu’ailleurs. Cela reste quand même tabou. Quand j’y retourne je ne m’affiche pas forcément, mais je ne me cache pas non plus. Si un journaliste local me pose la question j’y répondrai. Mais est-ce intéressant de le demander quand c’est déjà affirmé? Il faut arriver à ce que ça soit anecdotique.  Je suis un comédien. Pas un comédien homosexuel.»

BONS SENTIMENTS
L’écriture le titille toujours. Après les deux romans de science-fiction de son adolescence, il a publié, six ans plus tard Jeune et Jamais (Les éditions du Panthéon). «Maintenant, c’est plus l’écriture de scénario qui m’intéresse. J’en ai écrit un, qui s’appelle Timing, sur toutes les questions qu’on peut se poser sur ce fameux timing, le fait qu’on rencontre la personne à un mauvais moment. On y suivra plusieurs couples, dont un couple gay. J’ai déjà trouvé un réalisateur et des comédiens qui m’ont répondu oui. Je recherche maintenant des producteurs.»

Il assume totalement son style: « Je suis plutôt dans l’écriture des bons sentiments. On peut me le reprocher. Mais il ne faut avoir peur de parler de sensibilité. Il faut chercher l’originalité. » Il cite en exemple le très fort La Guerre est déclarée. «C’est l’amour qui arrive à remporter toutes les batailles. Ce que les gens appellent « bons sentiments », je l’appelle juste « La vie ». J’ose le faire.», défend-il.

On ne sera donc pas surpris s’il répond Paolo Coelho lorsqu’on lui demande qui sont ses auteurs préférés. Au cinéma, il cite Dolan, Soderbergh, les films de Lucien Jean Baptiste (Dieu merci). Il dit être « fan » de ce dernier: « J’ai très envie de tourner avec lui. On est tous les deux des Antilles, on a une sensibilité commune ». Il affirme également beaucoup aimer Christophe Botti (Un coeur sauvage), qui l’a mis en scène l’an dernier dans Émotionnellement restreint.

Le fait d’être métis est un non-sujet pour lui:  «Pour moi ce sont des étiquettes, lance-t-il. J’essaie de passer outre. Si je n’ai pas eu un rôle, c’est parce que je n’ai pas été le meilleur. Mon militantisme ce serait plus de montrer une réussite plutôt que de montrer combien on est brimés. Montrer plus que revendiquer.»

MIKE FEDEE EN CINQ DATES

MIke Fédée

1987: Naissance en Martinique.

2001: Sortie de son premier roman Mike MacField.

2005: Arrivée à Paris et première pièce professionnelle, Phèdre.

2013: A partir d’un SMS, A l’homme qui m’a donné envie

2016: Saison 2 des Garçons de chambre.