Ciné, Culture & Loisirs, Festival de Cannes | 18.05.2016 - 14 h 46 | 0 COMMENTAIRES
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Regard de Cannes (2): «Les Vies de Thérèse», de Sébastien Lifshitz

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Cyril Rota est un habitué du Festival de Cannes et il nous dit le plus grand bien des «Vies de Thérèse», de Sébastien Lifshitz, un documentaire très émouvant qui concoure pour la Queer Palm, le prix du cinéma LGBT.

Image extraite des "Vies de Thérèse", de Sébastien Lifishitz. - Photo : Unifrance

Quand on vient à Cannes, c’est avec la volonté d’être interpellé, transcendé, remué. De faire partie des privilégiés qui assistent à l’Histoire en train de se faire. On est à l’affut du prochain scandale, de l’émergence d’un nouvel auteur incontournable, ou même de la catastrophe d’un film qui sera sacrifié sur l’autel de la critique.

Et de temps en temps un miracle se produit, nous assistons à un moment de grâce. C’est ce qui s’est passé lors de la présentation des Vies de Thérèse à la semaine de la Critique*. Le nouveau film de Sébastien Lifshitz s’impose tranquillement comme une évidence. Dès les premières images on comprend que l’on va assister à quelque chose d’exceptionnel. On y retrouve Thérèse Clerc, l’une des protagoniste des Invisibles, qui a demandé au réalisateur de la filmer dans ses derniers jours.

Elle veut montrer que la mort fait partie de la vie, tout comme la vieillesse et la dégénérescence. C’est sans doute l’un des tabous les plus tenaces de notre société, le sujet dont personne ne veut parler. Et de mémoire de spectateur c’est sans doute le film qui en parle le mieux. Depuis Les Invisibles et Bambi, Sébastien Lifshitz construit une œuvre essentielle à la mémoire collective des combats LGBT. Avec son regard exceptionnellement juste et bienveillant, il parvient à faire ressortir la force, le courage et la luminosité de ses témoins.
Ce sont toutes des personnalités ordinaires, dont le parcours les amène à un destin extraordinaire. Telle Thérèse, femme au foyer rangée et bien comme il faut, qui découvre le féminisme (et l’homosexualité) en 68. Dès lors elle consacre sa vie entière au militantisme, à l’échange, à défendre ce qu’elle croit être juste.
Il y a dans le cinéma de Sébastien Lifshitz l’essence d’une spiritualité païenne qui nous fait croire en l’Homme, qui révèle le meilleur des êtres. Si l’actualité nous apparaît souvent comme déprimante, son cinéma, car c’est d’abord une incroyable maîtrise visuelle et sonore, nous redonne espoir et foi en l’humanité.
Comment ne pas être admiratif devant cette femme debout devant la mort, d’une dignité impériale? Alors oui on pleure à la fin, mais de joie, tant on se réjouit de la vie bien remplie de Thérèse et du bonheur qu’elle a semé autour d’elle. On se plait à espérer que son exemple puisse éveiller des vocations.

 

Lire aussi l'interview que Sébastien Lifshitz avait accordée à Yagg après le décès de Thérèse Clerc, le 16 février dernier, et notre article Thérèse Clerc, de la femme au foyer à la «vieille gouine fière»

*Le film Les Vies de Thérèse sera diffusé sur Canal+ à l'automne 2016.

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