Lorsque vous regardez la carte des événements liés au 17 mai, on ne peut être qu’impressionné par l’ampleur prise par la Journée mondiale contre les LGBTphobies. Partout dans le monde, des milliers d’actions vont être menées, y compris dans des pays où l’homosexualité reste un délit ou un crime.

En France, d’année en année, les communiqués de presse reçus à Yagg se multiplient pour annoncer la tenue là d’une conférence, ici d’un rassemblement ou encore d’une expo. Et les politiques en particulier ont pris l’habitude de noter ce rendez-vous dans leur agenda. Car en effet aujourd’hui, la lutte contre l’homophobie, c’est un peu l’effet Danette. Tout le monde se lève contre l’homophobie. La preuve? Même Christine Boutin a été invitée à rencontrer l’association Le Refuge, en 2012, et a pu affirmer qu’elle n’était pas homophobe.

Durant les débats sur le mariage pour tous, combien avons-nous entendu de parlementaires se déclarer fermement opposé.e.s à la loi, mais commençant leurs interventions par le désormais célèbre « Je ne suis pas homophobe mais. »?

EN TRAVERS DE LA GORGE
Pourtant, les mêmes qui s’affirment comme d’authentiques partisans de la lutte contre les LGBTphobies ne vont pas jusqu’à respecter pleinement les LGBT et à promouvoir leurs droits. Ainsi, le bilan du gouvernement actuel est plus que mitigé. Oui, la France a rejoint les nombreux pays qui avaient ouvert avant elle le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. Mais l’engagement de Najat Vallaud Belkacem, durant la campagne, devant les militant.e.s LGBT réuni.e.s aux Follies Bergère, que les droits (incluant la PMA et les droits des trans) seraient votés dans un seul package, n’a pas été tenu. La faiblesse de conviction du Président de la République sur cette loi, qu’il a bien failli faire capoter avec son appel à la liberté de conscience des maires, et la durée des débats, ont eu pour résultat de légitimer, avec la complicité de certains médias, les paroles homophobes. Tant pis si j’ai l’air de radoter, mais jamais je n’avais assisté à un tel déferlement de haine envers les homos et oui, cela nous reste en travers de la gorge.

Le mariage est bien entendu une avancée nécessaire. Mais qui peut penser que l’égalité des droits est aujourd’hui réalisée? Le Parti socialiste pense avoir fait le job. En renonçant aux ABC de l’égalité, le gouvernement a pourtant freiné les projets de lutte contre l’homophobie à l’école. La PMA ouverte aux lesbiennes et aux femmes célibataires est repoussée à la prochaine mandature. Des amendements parlementaires ont bien été déposés ces derniers jours pour améliorer la vie des personnes trans. Non seulement, ils ne sont pas jugés pleinement satisfaisants, mais ils ont peu de chances d’aboutir. La GPA reste un sujet tabou et les mutilations que subissent les personnes intersexes ne sont pas à l’ordre du jour.

Dans la communauté gay, le VIH continue sa progression, particulièrement chez les jeunes gays. Pourtant, un récent reportage d’Envoyé Spécial nous apprenait que les fonds dévolus à la prévention avaient beaucoup baissé ces dernières années. Cela fait trop longtemps que les pouvoirs publics n’ont pas diffusé des messages à l’intention des gays dans les médias grand publics.

A l’international, le bilan est encore plus catastrophique. François Hollande a eu beau jeu de demander la dépénalisation universelle de l’homosexualité à la tribune de l’ONU il y a quelques années, il est maintenant l’ami très proche de l’Arabie Saoudite, l’un des pires régimes de la planète quand il s’agit des droits humains, en particulier pour les femmes et les homosexuel.le.s. On nous demande d’être réalistes, pragmatiques et de penser aux emplois en France. Désolé, mais s’accoquiner avec des pays homophobes au nom d’intérêts commerciaux, franchement, j’attendais mieux d’un gouvernement qui se dit progressiste.

CACHE MISÈRE
Comme le 8 Mars, pour la Journée des droits des femmes, Idahot est désormais un rendez-vous incontournable. Mais cette Journée ne doit pas devenir un cache misère. Les vraies avancées sont encore devant nous. Cela passe entre autres par une visibilité accrue des gays, des lesbiennes, des bies et des trans en politique. Pour un Franck Riester, une Corinne Bouchoux et un Sergio Coronado out, combien de parlementaires sont encore au placard? Qu’est-ce qui peut le justifier aujourd’hui? Ces hommes et ces femmes auraient tout à gagner, pour eux-mêmes, pour la société, et pour les LGBT, à faire leur coming-out. La parole libère et elle fait réfléchir, notamment celles et ceux qui considèrent que les homos ne sont pas tout à fait des citoyens comme les autres. Prendre la parole, s’assumer, être pleinement responsable, c’est ce que beaucoup attendent des hommes et des femmes du monde politique, de l’entreprise, des artistes pour que les LGBT soient toujours plus visibles et s’engagent. Pour faire reculer l’homophobie et surtout acquérir des droits trop longtemps déniés.