Ce sont les couleurs que nous avons choisi de donner au rassemblement que nous organisons à Marcadet-Poissonniers mardi 17 mai pour l’Idahot 2016 : Journée internationale de lutte contre l’homophobie, la lesbophobie, la transphobie et la biphobie.

Combatif et revendicatif car il n’est tout simplement pas possible d’ignorer que les discriminations et violences que nous subissons ne reculent que très partiellement et superficiellement. Et les quelques avancées arrachées ne peuvent faire oublier que l’homophobie ordinaire a même retrouvé ces dernières années une forme de tolérance, encouragée par les tergiversations gouvernementales.

Ce rassemblement entend donc rappeler au gouvernement qu’en matière de lutte contre les violences touchant spécifiquement les trans, les lesbiennes et les homosexuels masculins, les bisexuels et les intersexes, le compte n’y est pas et que l’ouverture du mariage, pour utile qu’elle soit, ne suffira pas à masquer l’absence de volonté et de moyens mis en œuvre pour en finir avec les discriminations structurelles et institutionnelles.

Qu’il lui reste moins d’un an pour revenir sur la caution délétère à ces violences que constituent de sa part, le recul sur les ABCD de l’égalité et sur l’ouverture de la PMA à toutes, ainsi que son refus de déjudiciariser et de démédicaliser le changement d’état civil des personnes trans et de faire cesser les tortures des chirurgies de réassignation «pseudo normalisatrices» dont sont victimes les personnes intersexes.

La vague réitération de promesses renvoyées à d’hypothétiques mandats ultérieurs ne sauraient tenir lieu de bilan.

PAS ÉGAUX FACE AUX VIOLENCES
Politique, ce rassemblement l’est aussi par sa dimension solidaire. Entre nous d’abord. Car y compris au sein de nos communautés, nous ne sommes pas égaux face aux violences. Il s’agit donc d’offrir un front commun susceptible de protéger les plus exposés d’entre nous et de construire des outils politiques positifs qui nous permettent de combattre les discriminations.

Nos façons de vivre nos orientations affectives et sexuelles et nos identités de genre, nos vulnérabilités comme nos imaginations sont complexes, nos luttes et nos expressions ne le sont pas moins.

Ce sont également des forces dont nous devons prendre soin. Nous efforcer de les valoriser, savoir partager nos expériences sont gages de renforcement réciproque à l’échelle individuelle aussi bien que communautaire.

C’est pourquoi nous avons souhaité, à travers ce village associatif, réaffirmer la centralité de l’engagement collectif. En écho de la pluralité de nos structures et dans le respect de nos singularités.

Cette solidarité cependant, ne saurait trouver son sens si elle ne s’inscrivait pas dans une dimension humaine et sociale.

Il n’est sans doute pas indifférent que cette initiative soit née de la volonté de femmes transgenres pour une bonne part migrantes et de militant.e.s de la lutte contre le sida qui au sein de leurs associations respectives allient actions concrètes et revendications politiques.

Un empirisme, qui n’entend pas séparer engagement, aide directe et expertise de terrain.

Parce qu’on ne peut extraire la lutte contre les LGBT-phobies des conditions matérielles de leurs manifestations.

La stigmatisation s’exerce rarement de manière isolée. Dans la plupart des cas, elle s’inscrit au contraire au cœur de discriminations croisées qui s’intensifient les unes les autres de façon exponentielle.

Toutes ne nous impactent pas nécessairement spécifiquement, en revanche même les plus communes dans un contexte sexiste, homophobe, ou transphobe peuvent aller jusqu’à générer des situations difficiles à démêler voire inextricables pour les individus.

Sortir de l’exclusion, c’est aussi et avant tout avoir la reconnaissance de son existence, la protection juridique et les moyens économiques et matériels de son autonomie.

Comment peut-on se défendre des insultes, de la stigmatisation, des agressions, des discriminations, faire valoir ses droits, prendre soin de sa santé quand on fait face simultanément à la précarité sociale, quand on se bat déjà pour se nourrir, se loger, accéder à un emploi ou une formation ou pour les conserver, pour obtenir des titres de séjour et des papiers d’identité conformes à son genre ? Quand les institutions politiques, policières et judiciaires participent de l’arbitraire et de la répression plutôt que de la protection ?

UN IMPÉRATIF DU RÉEL
Il y a un socle commun aux logiques d’exclusion et à l’expression du contrôle social. En outre, dans un climat social qui se durcit, l’effet de ces discriminations tend encore à se majorer. Y opposer une solidarité indéfectible des minorités, refuser leur mise en concurrence, plus qu’une posture altruiste et qu’un engagement moral, c’est un impératif du réel.

Il serait naïf de penser s’en remettre à des stratégies individuelles d’évitement ou pire encore de penser qu’on peut participer de la construction de catégories d’exclusion sans en valider le principe même. Accepter de déroger au droit commun pour certaines catégories, socialement ou politiquement construites, c’est inévitablement accepter que toutes les vies ne se valent pas, un engrenage dans lequel on finit toujours par se perdre. Il ne s’agit donc pas de soutenir des combats qui nous seraient extérieurs. Mais de combattre pour notre dignité. Car que dirait de nous notre silence, si nous prétextions ne pas être directement impliqués pour justifier de notre caution ?

Non seulement cette attitude serait indigne mais mensongère.

Car faut-il rappeler que les frontières sont des constructions artificielles ?

Opposer LGBTI et migrants, racisés, précaires, travailleurs pauvres, travailleurs du sexe, malades atteints de pathologies lourdes, retraités ou personnes âgés, n’a aucun sens, ne serait-ce tout simplement parce que ces statuts ne sont pas des exclusivités hétérosexuelles et cis-genres.

Alors, si nous prétendons nous constituer en mouvement communautaire représentatif, cessons de négliger les plus exposés d’entre nous, ceux que les stigmatisations multiformes, menacent et violentent d’autant plus.

L’émancipation est une lutte collective.

Ensemble, nous pouvons relever les défis qui si nous nous isolons nous paraissent indépassables. Nous battre pour nos droits, pour nos vies, pour être des acteurs.

Acteurs de nos existences, acteurs politiques. Singuliers et pluriels.

C’est pourquoi nous sommes particulièrement fières que cette journée se termine avec le vernissage de l’exposition de photo de Max K Pelgrims consacrée à l’activité aquatique Eaux Z’ons le Genre, crée et développée par des personnes transidentitaires et ouvertes à des publics désireux de pratiquer la natation dans un cadre respectueux et alternatif, sans distinction d’âge, de santé, d’origine, de genre et de sexualité.

Une exposition, qui dans l’esprit de ce rassemblement met à l’honneur la beauté du corps dans tous ses états et témoigne qu’aucun lieu, aucune activité, aucun épanouissement ne sont interdits dès lors qu’ensemble nous nous donnons la force de nouveaux outils et ouvrons des espaces, y compris ceux qui nous semblaient les moins accueillants.

Face à la violence des situations, nous devons répondre par une solidarité agissante, une capacité à s’entraider et à construire ensemble une estime de soi individuelle et collective, transmissible. Inspirante.

La fierté se partage tout autant par ce que l’on transmet que par ce que l’on reçoit.

Gwen Fauchois, Giovanna Rincon, Claudia Martins, Cédric Daniel, Fred Lebreton et Nathan Boumendil

Les intertitres et les mises en exergue sont de la rédaction de Yagg.