Une longue injustice enfin réparée. L’Allemagne va dans les prochains mois annuler toutes les condamnations pour homosexualité prononcées entre 1949 et 1969. C’est ce qu’a annoncé le ministre social de la Justice, qui a déclaré: «Nous ne pourrons jamais supprimer les abjections commises au nom de l’État de droit, mais nous voulons réhabiliter les victimes».

Pour le LSVD la principale organisation LGBT en Allemagne, «l’Etat de droit montre sa force quand il sait reconnaître qu’il s’est trompé.» Toujours selon cette association, «le gouvernement fédéral et le Bundestag sont maintenant dans l’obligation de réhabiliter les victimes rapidement.» Mais comme le déplore le quotidien Berliner Zeitung, cette décision «arrive tard, bien trop tard», le journal soulignant qu’une partie des intéressés sont «morts depuis longtemps».

PARAGRAPHE 175
La loi homophobe, connue sous le nom de Paragraphe 175, a conduit à la condamnation de près de 50 000 hommes en Allemagne de l’Ouest entre 1949 (date de la création de la République fédérale d’Allemagne) et 1969. Comme le signale le New York Times, la loi a été allégée à cette date mais est restée en vigueur jusqu’en 1994, quatre ans après la réunification des deux Allemagnes. Durant cette période, 3 500 hommes ont été condamnés pour homosexualité et les peines sont restées inscrites dans leur casier judiciaire.

La pénalisation de l’homosexualité date de 1871 mais le Paragraphe 175 avait été profondément renforcé durant la période nazie, faisant de l’homosexualité masculine un crime. Les femmes lesbiennes ont été aussi victimes de persécutions de la part des nazis et classées parmi les «asociales».

Comme le rappelle le site du Musée de l’Holocauste à Washington, ce sont 100 000 hommes qui ont été arrêtés et condamnés pour homosexualité entre 1933 et 1945. Parmi eux, 50 000 ont écopé de peines de prison, et entre 5 000 à 15 000 ont été emprisonnés dans des camps de concentration, où ils portaient l’infamant triangle rose. Mais la répression contre les homosexuels a perduré longtemps après la période nazie. Récemment, le film Fritz Bauer, un héros allemand, racontait la vie d’un juge juif et homosexuel durant les années 50, qui s’était spécialisé dans la traque des nazis, mais devait cacher son homosexualité.

En 2010, Yagg avait interviewé Rudolf Brazda, qui avait connu la déportation et les camps.

Le ministre de la Justice a appelé les partis politiques à agir vite afin que la loi permettant d’annuler les condamnations et d’indemniser les victimes puisse être rapidement votée. Le nombre de personnes concernées est en revanche difficile à évaluer.