Comme chaque année, l’Ilga-Europe publie son rapport détaillé et sa carte sur l’évolution des droits des personnes LGBTI en Europe: 49 pays passés au crible pour pointer et analyser les progrès et les reculs en matière de respect des droits fondamentaux en fonction de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre. Conformément aux rapports précédents, six grands thèmes permettent de comprendre ces enjeux: «Droit d’asile», «Égalité et non-discrimination», «Violences et propos discriminatoires», «Famille», «Liberté d’association, d’assemblée et d’expression» et «Reconnaissance de l’identité de genre et de l’intégrité physique». Les outils proposés par l’Ilga-Europe permettent ainsi de mesurer comment les gouvernements européens agissent sur ces sujets.

QUELQUES GRANDS PROGRÈS INATTENDUS
2015 a été une année marquée par plusieurs changements positifs dans des pays que personne n’attendait: c’est d’abord Malte qui a ouvert la voie avec la loi la plus progressiste au monde concernant le changement d’état civil des personnes trans. Une loi complète, prenant aussi en compte les droits des personnes intersexes, avec des dispositions concernant les mineurs, adoptée un an après l’ouverture de l’union civile et de l’adoption pour les couples de même genre. Malte arrive désormais en tête du classement de l’Ilga-Europe en remplissant 88% des critères. Autre bond en avant spectaculaire, celui de l’Irlande qui a en l’espace de quelques mois, adopté par référendum en mai, une loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, puis une autre facilitant le changement d’état civil pour les personnes trans en juillet. L’Irlande arrive à la 17e place du classement. Des progrès significatif aussi en Grèce, où avec l’arrivée de Syriza au pouvoir, l’ouverture du pacte de vie commune pour les couples de même sexe est enfin devenue une réalité en décembre dernier, après plusieurs années d’atermoiements.

LE CAS INQUIÉTANT DE LA POLOGNE
Dans la partie Est de l’Europe, on constate peu d’améliorations notables, voire parfois des reculs nets. C’est le cas de la Pologne, où le climat s’est clairement durci envers les personnes LGBTI dans un contexte général de montée de l’extrême-droite avec à plusieurs reprises, des prises de parole de personnalités politiques violemment homophobes et transphobes. Après avoir été votée en première et en seconde lecture au Parlement, une loi visant à faciliter le changement d’état civil n’a finalement jamais été promulguée en octobre 2015: c’est le chef d’Etat Andrzej Duda lui-même qui a posé son veto pour s’y opposer. La reconnaissance des couples de même sexe est là aussi un enjeu sensible. Au cours de l’année 2015, la Pologne a continué une chute déjà entamée en 2014, passant de la 33e à la 37e place, passant de 26% des critères à seulement 18%. Tout comme l’an dernier, ce sont les trois mêmes pays qui occupent les dernières marches du classement: l’Arménie, la Russie, et l’Azerbaïdjan.

PEU D’ÉVOLUTIONS EN FRANCE
En ce qui concerne la France, de minces améliorations sont à noter, essentiellement concernant les mesures en faveur de la lutte contre les discriminations, dont l’ouverture du don du sang (sous conditions) aux hommes gays et bisexuels en novembre dernier. Elle ne propose cependant toujours aucune mesure dans le champ du droit d’asile pour les réfugié.e.s LGBTI, et le respect des personnes trans, ainsi que l’accès au changement d’état civil restent des sujets sur lesquels la France ne proposent aucune avancée concrète. Autrefois à la 11e place, elle grimpe cette année à la 8e marche (65% l’an dernier, 67% cette année) dans le classement des 49 pays, dépassée notamment par ses voisins la Belgique (82%) et l’Espagne (70%).

UN TRAVAIL DE LONGUE HALEINE
À l’heure actuelle, aucun pays ne peut prétendre à remplir l’ensemble des critères de l’Ilga-Europe, qui exhorte à profiter des élans provoqués par les avancées ponctuelles pour poursuivre les efforts: «Il y a un danger inhérent au fait de penser que l’égalité est atteinte quand nous avons réussi à obtenir la protection d’un aspect dans nos vies, comme le mariage pour tous ou les droits parentaux, explique Brian Sheehan, co-directeur du bureau exécutif de l’Ilga-Europe. De tels succès peuvent donner aux politiques l’adrénaline dont ils ont besoin pour continuer à avancer vers l’égalité totale.»

«Ces avancées peuvent être le carburant qui propulse vers d’autres progrès; ralentir l’allure du changement, c’est une opportunité perdue.»

«Nous devons nous rappeler que ces avancées durement gagnées ne bénéficieront aux personnes LGBTI que si elles sont traduites dans leur vie de tous les jours. Avoir une loi n’est véritablement utile que si elle est mise en œuvre. Changer une loi ne change pas automatiquement des vies. Ce dont les personnes LGBTI en Europe ont besoin de la part de leur gouvernement aujourd’hui est d’une action continue, convaincue et collaborative.»


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