Après Berlin, Londres ou San Francisco, Paris est une étape qui commence à compter sur la scène fétichiste gay internationale. Des soirées, bien sûr, mais aussi une conférence, une visite de musée, ainsi qu’une expo sont au programme pour la troisième édition de Paris Fetish. Le président de Paris Fetish (du 26 au 29 mai), Jean-Claude Cavalier, répond aux questions de Yagg.

Comment avez-vous préparé l’édition 2016 de Paris Fetish? Comme les deux précédentes, puisque l’événement a été créé en 2014 en collaboration avec les bars, cruising bars, commerces, associations dédiées et médias qui s’adressent à la communauté fetish gay. Le principe est de proposer un calendrier de rendez-vous conviviaux et/ou sexuels sur 4 jours en prenant en compte toutes les thématiques qui composent le fétichisme aussi bien au niveau des looks (cuir, latex, uniformes, skins…) que des différentes pratiques (fist, uro, bondage, dogtraining, etc). Au total 20 rendez-vous distincts sont proposés tout au long de ce week-end de quatre jours dans les établissements parisiens qui fonctionnent toute l’année mais qui à cette occasion organisent des soirées spéciales. Le samedi, comme dans tout meeting international de cette nature, une grande soirée – Bruthal Party, organisée par Rob Paris – rassemble tous les aficionados du fétichisme avec 1500 participants l’an dernier, dans un espace exclusif spécialement aménagé pour l’occasion sur près de 1.000 m2 avec un dancefloor, un bar, d’immense playrooms équipées et cette année un toit-terrasse pour la convivialité.

Quelles sont les nouveautés cette année? Cette année, on reconduit à la fois les rendez-vous qui fonctionnent bien et qui constituent déjà des repères attendus des participants et on introduit quelques innovations. Je citerai la soirée Players qui pour la première fois offrira une opportunité aux fans de sportswear, baskets et autres accessoires sportifs de se faire une place dans le week-end. Pour l’essentiel, cette thématique s’adresse à une clientèle de jeunes qui font évoluer les codes fétichistes. Autre nouveauté : deux établissements vont ouvrir 24 heures sur 24 en continu du samedi au lundi matin pour assurer des afters et permettre aux hardeurs de s’amuser non stop. C’est un atout, en particulier pour les visiteurs venus de régions et de l’étranger qui viennent à Paris pour un séjour dont ils attendent qu’il corresponde à ce qu’ils trouvent dans d’autres rassemblements du même type comme à Berlin, Londres ou San Francisco. Il y aura aussi un débat, comme en 2014, organisé avec le Centre LGBT de Paris autour du thème «Sexe fetish: nouveaux codes, nouvelles pratiques, nouvelle génération». Une expo est également prévue, Bat Art, ainsi qu’une visite guidée du Musée de la préfecture de police, intitulée avec humour « Crimes et châtiments ».

Qui participe à cet événement? L’événement a un caractère international. Il a été créé dans cet esprit afin de doter Paris d’un rendez-vous qui tienne la comparaison avec les autres grandes métropoles européennes qui ont déjà installé des rencontres qui drainent le même public. Si les Parisiens y restent majoritaires – Paris Fetish est leur « gay pride » – les provinciaux composent une part non négligeable des participants. C’est l’occasion avec un grand O pour eux de monter à Paris pour y retrouver leurs amis, y faire leurs achats, s’amuser et faire du sexe. Enfin, les étrangers sont de plus en plus nombreux au fil des éditions à faire le déplacement. Essentiellement des européens (Anglais, Allemands, Italiens, Espagnols), mais aussi des fétichistes d’Europe centrale, de Pologne, de Tchéquie, sans compter des Américains et des Australiens et même des Sud-africains.

Est-ce qu’on peut dire qu’il y a une communauté fetish ou parle-t-on plutôt de communautés? Cet événement est associé principalement au sexe. Mais est-ce aussi autre chose? Il y a des micro-communautés au sein d’une grande communauté, la communauté fétichiste. Le sentiment d’appartenance y est fort. Il provient en particulier du sentiment bien réel que les fétichistes sont encore marginalisés au sein de la communauté LGBT. Le regard des gays n’est pas toujours très compréhensif ou tolérant envers ceux qu’elle perçoit parfois comme des « pervers », comme les hétérosexuels percevaient les homosexuels jusqu’aux années 1970. Il y a donc une dimension militante, de visibilité dans ce rassemblement.

En matière de prévention, la communauté fetish est-elle mobilisée et y a-t-il des messages spécifiques? Bien évidemment, un rendez-vous dont le caractère sexuel est clairement revendiqué ne peut pas s’abstraire de cette nécessité. L’Enipse est d’ailleurs un des sponsors de Paris Fetish et assure la prévention au long des quatre jours et en particulier lors de la soirée Bruthal avec mise à disposition de matériel de protection (capotes, gel, gants) et d’information avec des brochures, notamment sur les pratiques hard.

Quels sont aujourd’hui les principaux codes fetish? Les codes fetish bougent avec le temps. On est passé du cuir exclusif qui a été le premier fétichisme revendiqué au latex puis aux uniformes et aujourd’hui la nouvelle génération mixe sans complexe les codes vestimentaires et en ajoute de nouveaux comme les sportswear ou les Dogs. Des associations ou des groupes plus informels par thèmes se sont créés en fonctions de ces évolutions. C’est un perpétuel mouvement qui concerne de plus en plus de personnes. Le fétichisme commence à largement sortir du ghetto dans lequel il a longtemps été maintenu. Les jeunes vivent cela sans complexe. Et l’influence du fétichisme déborde largement les pratiquants les plus orthodoxes. Il n’est qu’à voir sur les dancefloors les mecs en harnais ou portant des accessoires fetish.

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