Lundi 2 mai, la Gay and Lesbian Alliance Against Defamation (Glaad) a rendu public son quatrième rapport consacré à la représentation des personnes LGBT à Hollywood durant l’année 2015. Dans ce Studio Responsability Index (SRI), l’organisation étudie non seulement si les homos, les bi.e.s et les trans sont présent.e.s au cinéma, mais aussi la façon dont ces personnages sont montrés à l’écran. Pour l’année 2014, la Glaad avait noté une nette amélioration. Malheureusement, l’année qui vient de s’écouler marque une stagnation dans les chiffres, voire un certain recul si l’on observe le contenu des films. Explications.

AUTANT DE FILMS, MAIS PLUS DE PERSONNAGES
«Quand on en vient à dépeindre les personnages LGBT, les films hollywoodiens sont à la traîne de toutes les autres supports médiatiques», constate Sarah Kate Ellis, la présidente de la Glaad.

Sur les 126 films issus des sept studios américains qui ont le plus fait d’entrées en 2015, seuls 22 d’entre eux mettent en scène un personnage gay, lesbien, bi.e et/ou trans, soit 17,5%, un pourcentage égal à celui de l’année 2014. Les hommes gays sont représentés dans 77% de ces 22 longs-métrages, les lesbiennes dans 23% d’entre eux, les personnes bisexuelles dans 9%. Quant aux personnes trans, seul un film issu d’un grand studio est inclusif, Hot Pursuit (Warner Brothers). Non seulement la représentation des personnes trans est extrêmement basse, mais le film en question, une comédie d’action, ne met en scène une femme trans que pour en faire un ressort pseudo-humoristique sur la transidentité lors d’une seule scène. Si le nombre de films présentant des personnes LGBT n’augmente pas, le nombre de personnages LGBT est lui largement en hausse, 47 en 2015, contre 28 en 2014. Selon Glaad, c’est le studio Lionsgate Entertainment qui est le bon élève de 2015 avec le plus grand nombre de films inclusifs envers les LGBT. Il a notamment produit cette année Free Love, avec Ellen Page et Julianne Moore, ou encore le très critiqué Stonewall (jamais sorti en France).

LE TEST VITO RUSSO
Pour aller plus loin que le simple recensement des personnages LGBT, la Glaad utilise un outil inspiré du test de Bechdel: le test Vito Russo, dont le nom est un hommage au militant et historien Vito Russo qui est le co-fondateur de la Glaad.

À partir de trois critères, il permet de déterminer comment un film représente les personnes LGBT: Il doit avoir au moins un personnage identifié comme étant homo, bi et/ou trans. Ce personnage ne doit pas être «exclusivement ou principalement» défini par son orientation sexuelle ou son identité de genre. Enfin, il doit faire partie intégrante de l’histoire de sorte que sa suppression aurait un effet significatif: «Son rôle doit avoir une importance».

En se servant du test Vito Russo, la Glaad peut ainsi observer la place accordée aux personnages LGBT, mais aussi la manière dont ils sont intégrés à un scénario. Mais sur les 22 films contenant des personnages LGBT en 2015, seulement un tiers passe le test. Un résultat peu satisfaisant, et surtout «historiquement bas», déplore l’organisation.

LES HOMMES BLANCS ET CISGENRES LARGEMENT REPRÉSENTÉS PARMI LES LGBT
La Glaad signale en outre un autre problème dans les productions de l’année 2015: le manque de représentations des personnes LGBT de couleur. En effet, elles ne représentent que 25,5% des 47 personnages LGBT comptabilisés en 2015. Outre ce nombre très bas, c’est aussi l’enjeu de la signification de ces rôles que la Glaad veut porter à l’attention des studios hollywoodiens: «Trop souvent, ces personnages sont des faire-valoirs, chargés de représenter des communautés multiples à travers le point de vue d’une personne, fermant la porte à toute possibilité d’un récit personnel unique qui permettrait à un public plus large de se reconnaître comme le reflet d’une partie réelle et essentielle du monde. Il n’y a pas qu’une expérience LGBT et il y a une profusion d’histoires diverses et innovantes sur la communauté LGBT qui sont à raconter.»

UN CINÉMA INDÉPENDANT EXEMPLAIRE?
Si le SRI ne se focalise que sur les sorties des grosses productions américaines, les quelques exemples observés du côté des distributeurs indépendants, laisse supposer que la représentation des personnes LGBT y est autrement plus satisfaisante et plus diverse: on y compte par exemple Tangerine (photo), Dope, ou encore un des films les plus marquants de 2015, Carol.

Lire le rapport dans son intégralité.