C’est le conseiller régional et président du groupe socialiste, écologiste, radical et républicain Christophe Clergeau qui l’a annoncé sur son compte Twitter ce midi: la subvention de 5 000 euros au festival LGBT nantais Cinépride a été supprimée par le Conseil régional des Pays de la Loire, lors de la commission qui s’est réunie ce matin:

La raison de cette suppression? Le conseil régional accuse le centre LGBT de Nantes, co-organisateur de l’événement, de «promouvoir la gestation pour autrui», en raison d’une réunion organisée sur ce thème en novembre 2015. Un argument fallacieux pour le Centre, qui dénonce une manœuvre «purement politique» (lire notre article Quand la région Pays de la Loire fait du chantage à la subvention au Centre LGBT de Nantes).

Il rapporte en outre que le président de la région Bruno Retailleau a reçu le soutien de Pascal Gannat, élu Front national et président du groupe FN-RBM au Conseil régional, dont les opinions sur les questions LGBT sont sans équivoques, comme en témoigne une toute récente tribune publiée sur le site d’extrême-droite Boulevard Voltaire où il reproche aux élu.e.s locaux de Sens Commun d’être trop complaisant.e.s sur les questions sociétales.

En outre, Christophe Clergeau affirme que Laurence Garnier, présidente de la commission culture et à l’origine de la décision de suspendre l’examen de la demande de subvention pour Cinépride, a déclaré avoir obtenu du centre LGBT son engagement à ne plus «faire la promotion de la gestation pour autrui». Ce qui n’a pas pourtant pas empêché la commission de supprimer cette aide financière.

«L’EMPREINTE DE SENS COMMUN»
«Nous venons d’assister à un spectacle de la froide détermination de la droite à imposer sa vision du monde et son ordre moral», déplore sur les réseaux sociaux Christophe Clergeau. Dans un communiqué publié cet après-midi, le groupe socialiste, écologiste, radical et républicain dénonce avec fermeté le «choix politique et idéologique de la majorité»:«La majorité doit assumer ses choix et cesser de se cacher derrière de faux prétextes. Quatre mois après son arrivée aux commandes, elle détruit la relation de confiance construite avec les acteurs culturels et associatifs et dégrade l’image ouverte et dynamique des Pays de la Loire. Il aura fallu peu de temps à Bruno Retailleau pour dévoiler sa véritable idéologie. Qui seront les prochaines victimes?» Membre de la commission associative et culturelle, le conseiller régional Thierry Violland s’inquiète de la direction empruntée par le conseil régional: «Que la GPA soit un prétexte ou non, il est avant tout inacceptable de conditionner les aides en fonction de l’opinion défendue par la majorité, affirme-t-il à Yagg. C’est grave sur le principe même de la démocratie, c’est une tentative de caporaliser les associations. Derrière cette décision, il y a l’empreinte de Sens Commun.»

UN MAL POUR UN BIEN?
Auprès de Yagg, Thomas du Centre LGBT de Nantes déplore cette décision: «On est abasourdis… mais pas surpris, au vu des propos mensongers et orientés qui ont été tenus hier et avant-hier. Nous allons changer l’édito du programme du festival, par rapport à ce qu’il vient de se passer.» Rappelons que la subvention du Conseil régional, 5000 euros, représente un tiers du budget du festival nantais. A un mois du festival, alors que des frais sont déjà engagés, hors de question pour les organisateurs/trices de faire marche arrière en annulant l’évènement: «Nous allons demander une rallonge budgétaire auprès de nos autres partenaires institutionnels», affirme Thomas.

Le bras de fer entre le Conseil régional, désormais présidé par un élu qui ne cache pas ses accointances avec la «Manif pour tous», et le centre LGBT accusé de promotion de la GPA, aura néanmoins peut-être un mérite, celui d’avoir donné un coup de projecteur sur Cinépride, dont la 13e édition débutera le 31 mai. Et si la polémique pouvait finalement attirer un nouveau public désireux de soutenir l’événement? «Oui, c’est évident qu’avec les nombreux soutiens locaux que nous avons eu, nous pouvons espérer plus de personnes venant au festival», confirme Thomas. Et si le logo de la région doit disparaître des visuels de Cinépride, le festival peut déjà compter sur un coup de pouce du département Loire-Atlantique: en effet, le site d’informations locales Pays de Châteaubriant vient d’annoncer que le département «va augmenter, à titre exceptionnel, sa contribution.»