La nouvelle nous a été communiquée par un militant des Sœurs de la perpétuelle indulgence. René-Paul Leraton, alias Soeur Ursita Pinage Passif Divine de Plessis-Bélière, est mort dans la nuit de mercredi à jeudi. Il résidait depuis quelques années dans le Sud de la France, près de Béziers. Militant historique de la cause gay et un des premiers écoutants de Sida Info Service au début des années 90, dans les années les plus noires de l’épidémie, il avait aussi participé à la création, en 1997, de la Ligne Azur, un dispositif d’écoute et de lutte contre l’homophobie et la prévention du suicide, destiné aux jeunes homos. Il avait 66 ans. 

Ce matin, Yagg a choisi de faire parler trois autres salarié.e.s de SIS qui l’ont bien connu.

«C’était une grande gueule, il n’avait pas sa langue dans la poche». L’une des premières réactions d’Hervé Baudoin, l’actuel délégué régional en charge notamment de la Ligne Azur est de se rappeler du caractère très tranché de René-Paul Leraton, une figure historique du militantisme gay et le créateur, en 1997, au sein de Sida Info Service, de la Ligne Azur. «Il aimait aussi beaucoup transmettre, explique Hervé, donner des informations sur l’histoire du mouvement LGBT auquel il avait participé dès les années 70. Il a porté le dispositif Ligne Azur à bout de bras.

Pour Clotilde Genon, chargée de mission à SIS, sa rencontre avec René-Paul a aussi été marquante. «Il avait à la fois beaucoup de douceur et une grande détermination, dit-elle. «Je pense que son passé de militant gay a aussi influencé ses prises de positions et ses idées novatrices dans la lutte contre le sida. Il prônait une approche globale, il voulait qu’on réfléchisse à la santé sexuelle, à la prise en compte des déterminants sociaux, l’impact de l’homophobie par exemple. Toutes ces notions qui sont aujourd’hui au cœur de la lutte contre le VIH.»

Hervé est arrivé à SIS en 2001 et a appris énormément grâce à René-Paul, qu’il ne voyait plus beaucoup depuis que ce dernier était parti s’installer dans le Sud de la France.

Alain Miguet, journaliste de formation et salarié de SIS explique qu’il doit beaucoup à René-Paul Leraton. Il a d’ailleurs écrit ce matin un texte sur le site de l’association en hommage à ce militant. «Je me souviens de notre première rencontre, raconte Alain Miguet. Je venais faire un stage, SIS était encore boulevard de Charonne dans le 20e arrondissement. René-Paul portait un pantalon en cuir, un T shirt. Il m’a écouté, posé beaucoup de questions, il avait une vitalité incroyable. Travailler avec lui, ça a été une des plus belles périodes de l’écoute à SIS. Il avait une fantastique  humanité, à l’écoute de tout, on pouvait aller le voir et il écoutait. Il portait aussi la mémoire et il incarnait les combats LGBT. Il en témoignait. Il te racontait l’histoire, au bout de quelques années, on avait fait un séminaire d’équipe, il avait apporté des extraits de films hollywoodiens pour montrer les années où on ne pouvait pas montrer l’homosexualité.

Alain se souvient aussi des interventions de René-Paul. «Toute la force de René-Paul, c’était qu’il était médiatique. Il allait dans les médias, il participait à des colloques et lorsqu’il parlait de Ligne Azur, c’était avec le coeur et pour mettre en avant une équipe, le travail d’écoute et les témoignages qui étaient recueillis. Après lui, ça n’a plus été pareil». René-Paul Leraton a quitté SIS lors de la restructuration de l’association, à la fin des années 2000. Il avait déjà à l’époque des problèmes de santé. Mais cela ne l’empêchait pas de revêtir régulièrement son habit de soeur de la perpétuelle indulgence. Il aimait la radicalité de ce groupe.

Alain, qui lui parlait régulièrement depuis que René-Paul vivait dans le Midi, raconte aussi avoir cherché à le joindre récemment. «Il est parti dans le Midi, je l’appelais de temps en temps. Récemment j’avais cherché à le joindre il y a quelques semaines, mais sans succès. J’ai appris qu’il était très affaibli. J’ai appris sa mort en sortant de la projection de Théo et Hugo, où l’on parle de Sida Info Service. J’ai pensé que c’était un sacré pied de nez.»

René-Paul Leraton était aussi une des personnalités gays interviewées dans le documentaire sur les combats LGBT de Yves Jeuland, Bleu, blanc, rose.

Yagg tient à exprimer toute son amitié à ses proches, et à celles et ceux qui l’ont connu.