Après la déprogrammation cette semaine d’une projection du documentaire La Sociologue et l’ourson par la mairie d’Argenteuil, c’est à Nantes que le cinéma LGBT semble désormais menacé. L’équipe organisatrice du festival Cinépride a appris cette semaine que sa demande de subvention auprès du conseil régional était suspendue. Le conseil régional des Pays de la Loire alloue une aide financière de 5000 euros à Cinépride depuis plusieurs années. Mais Laurence Garnier, vice-présidente de la région et présidente de la commission culture, vient de s’y opposer. Selon elle, le Centre LGBT de Nantes, qui organise le festival avec le cinéma Katorza, «fait la promotion de la gestation pour autrui». Seul argument qui nourrit cette accusation, une réunion d’informations sur le sujet organisée en novembre dernier dans les locaux du Centre. Pour espérer que la Région revienne sur cette décision, le Centre LGBT de Nantes doit s’engager à renoncer à toute forme de promotion de la GPA, a estimé Laurence Garnier. Ni plus, ni moins que «du chantage», affirme à Yagg Emmanuelle, co-organisatrice de Cinépride.

UNE DÉCISION «PUREMENT POLITIQUE»
L’équipe de festival a rapidement réagi et dénonce une «attaque injustifiée» de la part du Conseil régional qui a longtemps soutenu Cinépride. Elle s’étonne en outre des raisons invoquées par Laurence Garnier: «En effet, durant les 5 dernières années, qui correspondent à l’activité de l’équipe actuelle, nous n’avons pas diffusé de film sur la GPA. Si nous avions eu un support cinématographique de qualité traitant de la GPA, nous l’aurions diffusé, en organisant comme à notre habitude un débat mais cette occasion ne s’est pas présentée.»

«3 ans après le vote de la loi sur le mariage pour tous, cette décision apparaît comme purement politique et cache mal son objectif.»

«La pratique de la GPA est illégale en France, rappelle d’ailleurs Emmanuelle, mais il n’est pas illégal d’y avoir recours à l’étranger, et il n’est certainement pas illégal d’en parler!». Loin d’être anecdotique, l’annonce de Laurence Garnier envoie un signal aux associations ligériennes: «L’enjeu de cette décision esquisse la politique culturelle des six années à venir, s’inquiète l’équipe de Cinépride, qui rappelle d’ailleurs que le Hellfest a lui aussi été menacé de la même manière en février dernier. Il s’agit de savoir si seuls les évènements qui sont au goût de cet exécutif seront soutenus au détriment des critères artistiques qui devraient faire loi.»

LAURENCE GARNIER A-T-ELLE SCIEMMENT ATTENDU LE DERNIER MOMENT?
L’équipe de Cinépride a le sentiment d’avoir été bernée par Laurence Garnier, comme le raconte Emmanuelle. «Nous avions sollicité Laurence Garnier pour un rendez-vous en février dernier. Elle a finalement botté en touche et c’est M. Coudreuse, un autre élu de la majorité, qui nous a reçu le 22 mars. Ça s’est très bien passé, il a manifesté de l’intérêt pour notre festival et a fait part de son soutien.» Rien n’indique alors une réticence du conseil régional a accordé une subvention. D’autant que le 14 avril, le centre LGBT reçoit un courrier signé du président de région lui-même annonçant que la commission permanente examinera bien la demande du festival (voir le tweet-ci-dessous). Le revirement de Laurence Garnier a un goût d’autant plus amer: «Elle aurait pu nous le dire dès le départ, elle nous a fait perdre notre temps! regrette Emmanuelle. On pense qu’elle a fait exprès de nous balader.»

En refusant l’examen de la demande de subvention à seulement un mois du festival, Laurence Garnier met les organisateurs/trices dans une position extrêmement délicate. «Cela représente un tiers de notre budget, c’est énorme. On va maintenir le festival, car des frais sont déjà engagés pour les sous-titrages, pour les invité.e.s. On réfléchit à mettre en place un crowdfunding.» La 13e édition du festival doit se tenir du 31 mai au 7 juin.

UNE RÉGION CONQUISE PAR LA DROITE CONSERVATRICE
Cette décision intervient alors que la région est désormais présidé par le sénateur LR Bruno Retailleau, élu en décembre 2015 et successeur de Jacques Auxiette. Proche de Philippe de Villiers, dont il a été le protégé, Bruno Retailleau fait partie de ces parlementaires opposé.e.s au mariage pour tous qui se sont fait remarquer durant les débats sur le mariage pour tous (souvenons-nous de cette phrase déconcertante prononcée dans l’hémicycle concernant les enfants des familles homoparentales: «ces enfants-là plus que d’autres ont besoin de fantasmer la scène originelle de l’engendrement»). Du côté de Cinépride, on est bien conscient.e.s de la proximité entre Laurence Garnier et la «Manif pour tous»: «Il n’y a qu’à voir qui la soutient sur les réseaux sociaux, juge Emmanuelle. En effet, sur Twitter plusieurs élu.e.s Sens Commun ou Front national exultent.

Sollicitée par Yagg, Laurence Garnier n’a pas donné suite à nos appels.