Pour leur huitième long métrage ensemble, Olivier Ducastel et Jacques Martineau nous propose plus qu’un film. Théo et Hugo dans le même bateau, c’est une expérience.

Bien sûr, il y a ce qui est déjà très commenté, la première partie du film. Durant 23 minutes, on assiste à une scène ordinaire dans un sex-club: des corps qui se frôlent, qui se touchent, des mecs qui se sucent et qui s’enculent, des duos, des trios. Dans le film de Ducastel et Martineau, rien n’est caché (si ce n’est la pénétration en gros plan) mais rien n’est vulgaire, obscène ou porno. Ce n’est pas un jugement de valeur, c’est juste pour dire que cette scène, magnifiquement éclairée, chorégraphiée et suffocante, installe le spectateur au cœur d’une tension qui ne va pas faiblir. Les réalisateurs ne voulaient pas y aller par quatre chemins et c’est réussi. Les plus blasés diront que L’Inconnu du lac avait déjà présenté des scènes de sexualité crue. Mais la grande différence avec Théo et Hugo, c’est que dans ce dernier film, il n’y a pas eu de recours à des doublures ou à des prothèses pour les scènes les plus explicites.

SCÈNE MAGISTRALE
C’est durant cette scène magistrale que Théo rencontre Hugo. Leurs corps, leur désir, parlent d’abord pour eux. Mais à la fin de la jouissance, il s’est passé quelque chose (le coup de foudre?) qui leur donne envie de ne pas se quitter tout de suite. Ducastel et Martineau avaient déjà exploré ce mystère de la rencontre fortuite qui se transforme en histoire d’amour. Dans Jeanne et le garçon formidable, Jeanne, une jeune et jolie fille volage (Viriginie Ledoyen) rencontre un garçon formidable, Olivier (Matthieu Demy) dans le métro et le coup de foudre est immédiat.

Inspiré du film d’Agnès Varda, Cléo de 5 à 7, Théo et Hugo donne l’illusion de se dérouler en temps réel, entre 4h23 et 6 heures du matin précisément, dans un Paris encore nocturne, souvent poétique, mais aussi un peu inquiétant, que vont arpenter nos deux héros, que nous ne quitterons pas des yeux. Ducastel et Martineau ont confié à Yagg qu’ils ont voulu raconter la naissance d’un amour. Mais qu’y a-t-il vraiment à raconter? Chez eux, la fiction s’ancre toujours dans le réel et l’histoire entre Théo et Hugo est à la fois banale et extraordinaire, dès les premières minutes de leur retour à l’air libre. Parce que l’un est séropositif et l’autre pas. Nous n’en dirons pas plus pour vous laisser découvrir ce qui va aussi modifier leur destin.

FORTS ET FRAGILES
Les deux acteurs principaux, Geoffrey Couët et François Nambot composent deux personnages d’emblée attachants, grâce aussi à des dialogues ciselés, parfois empreints d’un lyrisme fou. Forts et fragiles, ils s’interrogent en direct sur ce qui est en train de leur arriver. Faut-il fuir ou rester, continuer ensemble ou se séparer, au risque de passer à côté de l’essentiel?

Théo et Hugo, ce sont aussi des rencontres avec des personnages touchants. Les réalisateurs n’ont pas leur pareil pour offrir à des femmes des rôles d’une belle intensité. Dans Drôle de Félix, Patachou était bouleversante. Dans Théo et Hugo, l’actrice Marieff Ditier est extraordinaire, en femme trop souvent amoureuse pour avoir une retraite décente.

Au fur et à mesure que l’aurore s’approche,  les réalisateurs entraînent leurs personnages dans un conte et réinterprètent à leur façon un mythe (Orphée) très souvent utilisé par des réalisateurs queers (de Cocteau à Demy). C’est aussi pour cela qu’on aime ce nouveau film de Ducastel et Martineau: foncièrement original, audacieux et tranchant, il est aussi ancré dans un pan de l’histoire du cinéma, celle des auteurs gays qui osent et qui bousculent.

La bande annonce de Théo et Hugo dans le même bateau

 


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