Dans le programme de cette édition 2016 du Festival Massimadi, l’équipe précise l’objectif en 2016: «Mettre en lumière et en débat les questions LGBT+ noires sous l’angle des dominations qu’elles soient racialisées, politiques, sociales et/ou sexuelles.»

Les films choisis découlent de ce questionnement et reflètent aussi la diversité des approches. Du biopic américain Bessie consacré la chanteuse américaine bisexuelle Bessie Smith (interprétée par Queen Latifah) à Mi A Different King Of Girl, un documentaire sur une championne dans la catégorie de male illusionist, les trois jours du festival proposent 14 films (longs et courts métrages, fictions et documentaires).

Mais Massimadi, ce sont aussi des rencontres (dont «Blackness and the end of the closet», le 4 mai), un colloque («Les identités LGBT+ à l’épreuve des dominations», le 3 mai) avec entre autre Frieda Ekotto (professeure d’études africaines et afro-américaines à l’Université du Michigan) et Louis-George Tin (président du Conseil représentatif des associations noirs de France), des expositions, une performance. Sans oublier la Massimadi Party, le 7 mai (avec DJ Xogn, Rokia Bamba, et DJ Jmax).

Le Festival a lieu du 5 au 7 mai à Bruxelles (retrouvez tout le programme ici).

Joëlle Sambi Nzeba, chargée de la communication du Festival, explique à Yagg l’originalité de ce festival, comment la question LGBT noire est encore trop souvent abordée sous l’angle de l’homophobie et pourquoi proposer aussi des représentations positives et engagées peut faire changer les choses.

equipe-massimadi-joelleJoëlle, quels sont les objectifs du Festival? L’élément central c’est le cinéma et les films sur la problématique LGBT en Afrique et dans la diaspora. L’objectif, au départ, était de voir des gens qui nous ressemblent. Bruxelles a pas mal de festivals, y compris LGBT, mais tout ce qui tourne autour des questions noires LGBT était soit inexistant soit se cantonnait aux afro-américains. Ce qu’on voyait sur l’Afrique, c’était le plus souvent sur le mode forcément douloureux, forcément empreint de danger, avec cette connotation que homosexualité en Afrique = homophobie. On pouvait penser qu’il n’y avait pas de raison ou de possibilité d’être heureux et homo ou LGBT en Afrique. C’est une réalité qu’on ne nie pas, mais ce n’est pas la seule. Ce qui était important, c’était de donner une image différente de l’homosexualité telle qu’elle est vécue en Afrique. Et surtout parler pour nous, être à la tribune et que d’autres ne parlent pas à notre place. Dans l’équipe, nous avons des personnes venant de plusieurs pays d’Afrique comme le Rwanda, le Congo, le Sénégal, et on a ceci en commun de venir de pays anciennement colonisés. Nous étions frustrés par les films sur l’Afrique qui étaient montrés par les associations LGBT mainstream parce qu’on y voyait systématiquement les gens se faire tuer, taper dessus. Ça ne nous convenait pas d’avoir juste cette image-là, même si elle existe.

Comment orientez-vous votre choix de films? Nous essayons d’avoir un équilibre entre des films qui viennent d’Afrique et pour nous c’est très important de les montrer et d’autres qui viennent des diasporas, de l’Amérique du Nord, l’Amérique Latine, les Caraïbes, etc. Nous essayons aussi d’avoir une programmation comportant des films gays, des films lesbiens, bis, et des films trans, que ce soient des fictions ou des documentaires.

Comment se répartit la production de films en Afrique sur cette thématique? On a une énorme production qui vient d’Afrique du Sud, une importante production vient du Nigéria. Pour les autres pays, c’est bien moindre et ce sont souvent des films qui vont montrer la difficulté que rencontrent les LGBT. Pour cette quatrième édition, on est plus à l’aise. Des gens nous envoient des films ou des documentaires. Nous avons même des films en stock pour les prochaines éditions.

Qu’est-ce qui a évolué depuis quatre ans dans le Festival? Le public a évolué. Certes, il y a encore beaucoup d’homophobie en Afrique mais aussi, on ne se leurre pas, dans les communautés noires en Belgique et en France. Cela peut être tabou et cela peut amener des conséquences pour les LGBT. C’est pour cela que nous avons toujours conçu Massimadi pour les premières personnes concernés, les lesbiennes, les gays, les bis et les trans noir.e.s.  Ce qui a évolué c’est que nous avons beaucoup plus de bénévoles qui s’impliquent. les gens sortent du placard. Nous avons le soutien de grands médias mais aussi de petites radios communautaires, de plus en plus. Ce sont des radios soit congolaise, soit guinéenne, ou d’autres pays. Leur public est celui qu’on veut atteindre. Parfois, nous sommes invités dans une radio où l’animateur a du mal à dire que c’est un festival homo ou LGBT. C’est à nous de l’expliquer, c’est parfois tendu mais c’est un pied dans la porte.

Êtes-vous soutenu par les pouvoirs publics? Oui, nous avons un soutien de la Ville de Bruxelles, de la Région Bruxelles-capitale mais nos premiers soutiens sont aussi militants, comme le festival de films LGBT Pink Screens. La Pride aussi nous soutient. Le réseau associatif et militant, qu’il soit francophone mais aussi néerlandophone, est prêt à relayer le festival.

Êtes-vous un festival militant? Oui, bien sûr. Nous n’avons pas comme ambition d’aller faire des animations dans les écoles, nous sommes tous bénévoles. Mais par les arts, par le cinéma, nous voulons susciter une réflexion autour des questions LGBT noires. Cela passe aussi beaucoup par des prises de contact, par un réseau qui nous permet d’atteindre le public que nous visons. Au début, le public venait beaucoup via les autres associations LGBT mais là aussi cela évolue. Des femmes africaines en qui font partie de groupes viennent au festival, elles ne sont pas LGBT mais elles ont toutes un frère, une sœur, un cousin qui l’est.