Pour ces deux jeunes acteurs, le défi était de taille: les 23 premières minutes, celles de leur rencontre, se passent dans un sex-club naturiste avec des scènes de sexe non simulées (le film est d’ailleurs interdit aux moins de 16 ans). Autre défi, l’histoire, qui raconte un amour naissant, comme nous l’expliquait les réalisateurs, est en temps réel, dans le Paris nocturne. Une gageure pour le tournage. Mais il faudrait vraiment avoir un cœur de pierre pour ne pas être ému par les aventures de ces deux hommes beaux, fragiles et forts, confrontés à une épreuve dès les premières minutes de leur rencontre amoureuse.

Pour Yagg, Geoffrey Couët (à gauche sur la photo) et François Nambot (à droite) racontent leurs discussions avec les réalisateurs, les conditions de tournage très particulières de Théo et Hugo, ce qui leur plait dans le cinéma d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau et pourquoi ce film, sur les écrans le 27 avril, est si important pour eux.

Comment avez-vous entendu parler de ce projet de film?
François Nambot: De façon très classique. Nous avons répondu chacun à une annonce sur internet qui annonçait déjà la couleur, à savoir qu’il y aurait des scènes sexy dans le film. Nous avons été convoqués pour passer le casting ensemble, le casting se faisait par binôme, et le hasard nous a fait passer tous les deux ensemble.
Geoffrey Couët: On ne se connaissait pas.
FN: Et le hasard a bien fait les choses!
GC: Les réalisateurs ont eu un coup de cœur pour nous deux et ce qui a marché c’est que ce casting arrivait à un moment de notre vie où nous travaillons tous les deux et que nous étions tous les deux admiratifs du travail de Ducastel et Martineau. Au casting, on y est allé à fond.
FN: La scène que nous devions jouer n’est pas dans le film mais elle commençait par un long baiser. C’est un texte qu’il avait écrit spécialement pour le casting.

Revenons un tout petit peu en arrière. Qu’auriez-vous envie de dire sur votre carrière?
GC: J’ai fait le cours Florent. J’ai ensuite monté ma compagnie de théâtre pour laquelle j’écris, je mets en scène et je joue. Je travaille aussi pour d’autres compagnies où je joue des textes classiques ou contemporains. J’ai aussi pas mal tourné, notamment pour la télévision, mais jamais pour un rôle aussi important.
FN: J’ai fait le Conservatoire du 11e arrondissement, à côté d’ici. J’ai monté ma compagnie, et je joue actuellement au Lucernaire dans une adaptation du Jeu de l’amour et du hasard. J’ai aussi eu quelques rôles au ciné ou à la télé. Mais là c’est vraiment la première fois que j’ai un rôle aussi important au cinéma.
Une fois le casting passé, quelle a été l’étape suivante?
GC: Le directeur de casting, Simon Frenay, nous a dit que Jacques et Olivier voulaient nous rencontrer. Mais avant cela, nous avons reçu le scénario. J’ai eu très peur de la scène d’ouverture mais je suis tombé complètement amoureux de cette histoire et des rôles. J’ai appelé François, pour en parler et se rassurer. Puis nous avons rencontré Jacques et Olivier dans un café. Nous avons eu une discussion très honnête, sans pudeur. Nous avons mis au jour toutes nos peurs, tous nos doutes, toutes nos envies. La rencontre devait durer deux heures et ça a duré quatre heures. Ce n’était pas un entretien d’embauche, mais une discussion sur un projet. Nous nous sommes revus plusieurs fois mais ils ne nous ont jamais dit clairement que nous avions les rôles…
FN: Oui c’est vrai…
GC: On a glissé doucement dans le tournage.
Quand vous avez lu les 12 pages de scénario qui décrivent les scènes de séduction et de sexe dans la backroom, vous n’avez pas d’appréhension?
GC: C’est tellement détaillé et précis que je l’ai très bien vécu. J’aurai très mal supporté sur le tournage, qui a duré quatre jours pour cette séquence, qu’on me dise: « bon allez-y faites ce que vous voulez! » C’étaitune scène chorégraphiée, construite, avec du jeu et ce n’est pas ma sexualité, c’est la sexualité de Théo, mon personnage, imaginé par Jacques et Olivier. Mon intimité reste à moi.
FN: C’est pour ça que la scène n’est pas une simple scène de sexe. Il y a une dramaturgie, il y a un vrai récit. Les appréhensions sont les mêmes que pour tout le monde: se retrouver à poil et être filmé en train de faire l’amour. Mais nous étions protégés par l’histoire, par les personnages, ce n’est jamais intrusif, jamais impudique.
GC: Nous avons très vite compris que ce n’était pas une scène de sexe vulgaire, obscène ou dégradant. Dans cette scène, avant Hugo, j’ai un autre partenaire sexuel que je fais se retourner pour que je puisse le prendre. Mais c’est fait pour que je puisse me retrouver face à Hugo. C’était génial de tourner cela.
Quand avez-vous tourné cette scène?
GC: Tout au début, les quatre premiers jours de tournage.
FN: Direct!
GC: On a tourné à L’Impact et Olivier a fait un discours préliminaire pour les acteurs et les figurants en expliquant que puisqu’on était dans un sex-club naturiste, ce serait plus simple de passer les journées de tournage à poil. On a tous mis un bon quart d’heure pour se déshabiller, ce qui se fait normalement en une minute. Mais ça nous a permis d’attaquer tout de suite sur le jeu, sans cette pudeur du corps, des regards.
Et l’équipe?
FN: Ah non, on n’avait pas envie de les voir à poil! Olivier avait mis en place un protocole pour débuter une scène. Il ne dirait pas action mais…
GC: Erection!
FN: Non, il dirait Ok ça tourne et c’est à nous d’y aller quand on était vraiment prêt. Action aurait pu être déstabilisant, surtout quand on doit être physiquement en forme, en tension. [Rires]
GC: Les figurants ont aussi très bien jouer le jeu. Il n’y a pas deux comédiens et 15 figurants, tout le monde y allait à fond.
FN: C’était des journées particulières. On tournait à L’impact de 9 heures à 19 heures.

Theo-et-Hugo_11-850x450
Le fait que l’action du film se passe en temps réel, qu’est-ce que cela créé comme défi au moment du tournage?
GC: Nous avions une vraie liberté dans les scènes mais il fallait être cohérent sur les fins et les débuts de scène pour que cela raccorde. Dans le travail que je faisais tous les soirs, puis la journée quand nous tournions la nuit, je me disais: telle scène je l’ai fini comme ça. Où étaient mes mains, et j’étais où par rapport à François. Je faisais aussi attention à l’énergie de la scène parce qu’il faut que chaque scène puisse bien se raccorder.
FN: On a tourné dans le désordre d’où la difficulté. Il fallait bien se remettre en mémoire chaque scène.

Les réalisateurs nous ont expliqué qu’ils ont voulu raconter la naissance d’un amour. Comment cette histoire vous parle-t-elle? En tant qu’acteurs et en tant que gays?
FN: Oui ce sont deux homos. Mais ce qui me plait dans ce scénario, c’est l’histoire d’amour entre deux personnes. Qu’ils soient gays est une chose, mais les enjeux n’étaient pas là. C’est une représentation de l’homosexualité qui n’est pas sur la difficulté d’être. Ils vivent très bien dans leur peau. Hugo vit même plutôt bien avec sa séropositivité.
GC: Sur ce thème, j’étais plutôt bien informé avant le tournage mais j’ai appris beaucoup de choses. Je n’avais aucun jugement avant et aujourd’hui, je n’ai plus aucune appréhension. La vision de Théo et de Hugo est géniale pour ça, sur la gestion partagée du risque. Le film donne l’envie de se dire: Oui on peut tomber amoureux, soyons courageux. Pour moi, ce film montre un peu le parcours initiatique de Théo qui se dit qu’il peut s’affirmer et que sa vie peut être plus rock and roll. Et puis merde je tombe amoureux, allons-y! C’est assez jouissif de jouer les jeunes premiers dans un film comme celui-là parce qu’on n’a pas 17 ans et ce rôle est une chance.

theo et hugo yagg

 

Quels films de Jacques et Olivier vous ont marqué?
GC: Tous leurs films sont poétiques et beaux. Il y a toujours un engagement politique, parfois frontal, parfois plus discret. Ce sont des films qui poussent les gens à réfléchir. Il y a aussi toujours, même dans les comédies, un moment où on parle du sida aussi et c’est bien qu’ils ne relâchent pas là-dessus.
FN: Il y a deux films qui m’ont particulièrement marqué. Ma vraie vie à Rouen, un portrait très fin de ce jeune homme qui découvre des choses en lui. Et aussi l’adaptation de la pièce Lagarce, Juste la fin du monde, avec les comédiens du Français. C’est passé à la télévision. J’avais monté cette pièce quelques années auparavant. Quand j’ai vu que c’était adapté à l’écran, j’ai pensé: évidemment. J’ai vu que c »était eux derrière la caméra et j’ai pensé bien sûr. Et quand j’ai vu l’adaptation qu’ils en ont faite, je me suis dit: bien entendu! C’était plein d’idées, de trouvailles. Ca ne faisait que confirmer que j’aimais bien ce qu’il faisait.
Parfois, des acteurs ou des actrices homos rechignent à tourner des films homos par peur d’être catalogué. Ce n’est pas votre cas visiblement?
GC: Il y aura forcément des gens qui vont nous cataloguer mais tant mieux et on ne travaillera peut être pas avec eux. Cataloguer, cela voudrait dire qu’il y a des enjeux de gays, des enjeux d’hommes. Je suis féministe et c’est un peu triste de s’arrêter à cela.
FN: J’espère que les gens verront le film comme une histoire d’amour qui dépasse
les sexualités et les accointances qu’ont peut avoir et qu’ils seront touchés par la rencontre de ces deux garçons.
GC: C’est un film plein de surprises, qui est différent de ce qu’on peut voir.
FN: C’est un film très sincère, fait avec peu de moyens et en peu de temps mais du coup plein d’énergie positive.
GC: Et puis c’est quand même plus sympa de se rencontrer dans un sex-club que dans un McDo. Il vaut mieux que ça commence comme ça non?