Les chapeaux royaux, le five o’ clock tea, la relève de la garde… Il y a des choses qui ne changent pas au Royaume Uni. Mais depuis son accession au trône, en 1952, la Reine Elizabeth II a vu le monde changer autour d’elle. Et l’une des évolutions les plus positives concernent les droits des LGBT.

Lorsqu’Elizabeth naît le 21 avril 1926, il y a tout juste 90 ans, la Grande Bretagne vit toujours sur la loi de 1885 qui criminalise les relations sexuelles entre hommes. Oscar Wilde en est une des plus célèbres victimes. En 1921, la Chambre des communes veut faire passer une loi condamnant les relations sexuelles entre femmes, un texte qui n’est jamais passé devant la Chambre des Lords.

PARANOIA ANTIGAY
Dans les années 50, lors de son accession au trône, le Royaume Uni fait une véritable chasse aux homos, notamment dans le gouvernement, à l’instar de la chasse aux sorcières américaine contre les communistes et les gays. On estime qu’environ 1000 homosexuels sont emprisonnés chaque année durant les années 50. Une ambiance de paranoia règne, ambiance magnifiquement rendue dans le premier film britannique à aborder l’homosexualité, Victim, de Basil Dearden, avec Dirk Bogarde, en 1961.

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ALAN TURING SE SUICIDE
Mais les années 50 voient aussi l’émergence des premières associations qui militent pour la dépénalisation de l’homosexualité. En 1954, Alan Turing, mathématicien de génie qui avait réussi pendant la Seconde Guerre mondiale à traduire le code secret de l’armée allemande, se suicide. Il avait été condamné deux ans plus tôt à la castration chimique pour homosexualité. Ce n’est qu’en décembre 2013 que la Reine lui a accordé le pardon à titre posthume.

En 1967, l’homosexualité n’est plus criminalisée en Angleterre et au Pays de Galles. Mais ce n’est qu’en 2001 que certaines restrictions sont levées, sous pression de l’Europe.

Comme dans le reste des pays développés, à partir des années 70, les actions visibles des mouvements homos et notamment les gay prides prennent de l’ampleur. Des militants aussi occupent les médias dont Peter Thatchell. En 2005, il n’hésitera pas à qualifier Elizabeth II « The Queen of Homophobia », rappelant qu’elle n’avait jamais prononcé le mot homosexuel ou le mot gay. A la différence de la princesse Diana, la reine n’a pas montré ouvertement une grande compassion à l’égard des malades du sida.

Dans un langage plus diplomatique, Elton John qui à travers sa fondation contre le sida, œuvre contre l’épidémie parmi les LGBT, s’est dit prêt en 2015 à rencontrer la reine pour lui demander d’agir contre les lois homophobes dans les pays du Commonwealth. «Ce sont des vieilles lois qui viennent du Commonwealth et elles peuvent être changées. Et la reine pourrait le faire d’un geste de la main.» En 2012, une écrasante majorité des pays dont elle est toujours officiellement la souveraine continuait de criminaliser l’homosexualité sur la base des lois coloniales.

Dans les années 2000, tout s’accélère. La clause 28, qui interdisait la promotion de l’homosexualité, est progressivement supprimée. Le gouvernement travailliste supprime aussi l’interdiction faite aux homos de servir dans l’armée. En 2004, le Civil Partnership Act, un équivalent du pacs, est institué. Des lois en faveur de l’égalité sont promues, sans opposition de la reine. En 2014, le mariage est ouvert aux couples de même sexe en Angleterre, au Pays de Galles et en Ecosse (mais toujours pas en Irlande du Nord). PMA et GPA sont légales au Royaume Uni.

La même année, et pour la première fois, la Reine se fend d’un mot de soutien à une association LGBT . À l’occasion du quarantième anniversaire de la London Lesbian & Gay Switchboard (LLGS), une ligne d’écoute et de soutien, la monarque a envoyé les mots suivants, rapportés par Pink News et Gay Star News: «Mes meilleurs vœux et mes félicitations à toutes les personnes concernées à l’occasion de cet anniversaire exceptionnel». Sur les 600 associations et œuvres de charité que soutient la souveraine du Commonwealth, aucune ne s’adresse spécifiquement aux personnes lesbiennes, gays, bi ou trans’, ont relevé plusieurs médias LGBT britanniques.

Concernant la loi ouvrant le mariage, le fait de savoir si oui ou non la reine y était fermement opposée se poursuit encore aujourd’hui. En mars dernier, le Daily Mail affirmait que la Reine était contre la loi en raison de sa foi chrétienne.

Entre les années 50 et aujourd’hui, les sujets homos d’Elizabeth 2 sont passés du statut de criminels à celui de citoyens comme les autres. Quels qu’aient pu être ses opinions en la matière, la reine n’a aucun pouvoir de faire la loi, elle ne vote pas et elle ne peut qu’approuver les lois qui lui sont présentées. Et la visibilité et le coming-out ne sont pas des vains mots en Grande-Bretagne. D’après le site Gay Times, en février 2016, avec 35 membres ouvertement LGBT au Parlement, le Royaume Uni arrivait largement en tête du classement mondial.