Le constat est sans appel. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) vient de rendre public son rapport d’évaluation sur le Plan national de lutte contre le VIH-sida et les IST 2010-2014. Ce plan, élaboré par les pouvoirs publics avec les acteurs de terrain, dont les associations et les personnels de santé et de prévention, a été le guide des actions de prévention durant cinq ans. Le HCSP fait de très nombreuses recommandations, concernant notamment la prise en charge des étrangers malades ou la prévention auprès des travailleur.se.s du sexe, qui ne vont pas dans le sens des politiques menées actuellement. Le HCSP pointe surtout l’échec du plan à modifier la courbe des contaminations VIH et IST chez les gays, les bis et les Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Les chiffres sont accablants.

LES IST FLAMBENT CHEZ LES GAYS
De 2000 à 2014, les cas de syphilis récente et de gonococcies ont augmenté de façon spectaculaire chez les hommes homo-bisexuels, selon la terminologie de l’Institut de Veille sanitaire. Quasiment inexistante en 2000, la syphilis fait un retour fracassant chez les gays avec pas loin de 500 cas en 2007 et près de 1100 en 2014. Même chose pour les gonococcies, dont le nombre de cas est passé de moins de 100 cas pour l’année 2000 à près de 800 en 2014.

Nombre de cas de syphilis récente et de gonococcies
selon l’orientation sexuelle, France (source: Réseau ResIST, Invs)

LE VIH NE BAISSE PAS
Concernant l’incidence du VIH (le nombre de nouveaux cas d’une pathologie observés pendant une période donnée), elle est restée très élevée chez les HSH et surtout, elle ne s’est pas stabilisée comme chez les hétéros mais elle a continué d’augmenter. Parmi les nouveaux cas de séropositivité (de 6240 en 2010 à 6600 en 2014), on constate une augmentation chez les HSH, de 2412 cas en 2010 à presque 2800 en 2014. Et chez les jeunes homo-bisexuels âgés de 15 à 24 ans, l’augmentation est inquiétante (un doublement en dix ans).

Face à ce tableau sombre, le HCSP souligne l’impact limité des mesures de prévention et ajoute:  «L’échec est patent auprès des HSH pour lesquels les acteurs se trouvent aujourd’hui confrontés à l’augmentation des contaminations et à des évolutions des comportements marquées par l’importance de l’association entre substances psychoactives et pratiques sexuelles à risque ou la moindre utilisation des préservatifs.» Rédigé avant la mise à disposition du traitement préventif ou PrEP, autorisé en France depuis début 2016, le rapport estime qu’il constitue un élément novateur dont l’impact devra être mesuré.

Le rapport recommande en particulier que la nouvelle agence de santé publique (Santé Publique France)  renforce la surveillance épidémiologique du VIH sida et les études socio-comportementales notamment parmi les populations vulnérables comme les migrants et les HSH. Le HCSP recommande aussi d’améliorer la sensibilisation au danger des substances psychoactives à visée de performance sexuelle, sur le risque de transmission du VIH et des hépatites, en particulier chez les HSH.

DÉPISTAGE, ENCORE UN EFFORT
Selon le rapport, des efforts pour améliorer l’accès au dépistage et pour accroitre le recours au test rapide d’orientation diagnostic (Trod) ont été faits mais les effets sur la précocité du diagnostic parmi les nouveaux cas dépistés restent limités. Et ces efforts sont jugés insuffisants vers les populations particulièrement exposées ou minoritaires et marginalisées.

LUTTER CONTRE LES DISCRIMINATIONS
Enfin, concernant le chapitre consacré à la prise en charge sociale et la lutte contre les discriminations, le rapport recommande notamment de mieux inclure les personnes vivant avec le VIH (PVVIH), de sécuriser le permis de séjour pour soins des étrangers malades et de promouvoir l’inclusion des populations LGBT à côté de la lutte contre les discriminations fondées sur le genre, l’orientation sexuelle ou la séropositivité. Tout en soulignant que cette recommandation est particulièrement importante dans tous les DOM où «la précarité, la pauvreté et les discriminations sont particulièrement marquées.»

UNE STRATÉGIE SPÉCIFIQUE POUR LE VIH
Au final, si le HCSP est relativement critique sur les effets concrets du Plan, notamment chez les gays et les HSH, l’organisme reconnaît l’importance de ce type de plan. Il souligne dans ses recommandations générales de conclusion que la lutte contre le VIH nécessite une approche spécifique, en insistant notamment sur la nécessité de mettre aussi en avant l’approche biomédicale dans la stratégie de prévention. «Le  HCSP considère donc comme essentiel de spécifier, au sein d’une stratégie nationale globale de santé sexuelle englobant la lutte contre toutes les infections sexuellement transmissibles, que des outils de dépistage et de  traitement, spécifiques au VIH, doivent être mobilisés, afin d’optimiser les outils généraux de la prévention des maladies sexuellement transmissibles. A cet égard, il sera nécessaire, au moins pour les cinq ans à venir et probablement pour les cinq années suivantes, d’adopter pour la prévention du VIH, dans le cadre d’une politique globale axée sur les différents groupes de population concernés, une méthodologie spécifique de prévention associant les approches comportementale et biomédicale.»

Pour l’heure, le ministère de la Santé n’a pas officiellement réagi aux conclusions et aux recommandations de ce rapport.

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