«Il est étrange de constater, écrit Edmund White, biographe de Genet, dans la préface au livre de Jane Giles consacré au cinéma de Jean Genet, que Genet a pensé au cinéma tout au long de sa carrière d’écrivain. Il a écrit plus de pages de scénarios que de toute autre littérature». Il y a les films directement adaptés de l’œuvre théâtrale ou romanesque de Genet, ceux qui sont inspirés par son univers, et ceux enfin pour lesquels son nom figure au générique. Notre sélection.

En France, Jean Genet restera une grande partie de sa vie un auteur controversé et sulfureux. Avec Un chant d’amour, qu’il a pu réalisé en 1950, grâce au soutien d’Henri Langlois, le fondateur de la Cinémathèque Française, il deviendra aussi un de ces cinéastes vénérés… pour un seul film. Dans la revue Cinéma 86, Gérard Courant écrit: «À la manière d’un Charles Laughton (La Nuit du chasseur) ou d’un André Malraux (L’Espoir), mais aussi d’une Barbara Loden (Wanda), d’un Peter Lorre (L’Homme perdu), d’un Dalton Trumbo (Johnny s’en va–t–en guerre) ou d’un Marlon Brando (La Vengeance aux deux visages), Jean Genet n’aura été le réalisateur que d’un seul film. Mais quel film!»

Tout l’univers, les obsessions et les fantasmes érotiques de Genet sont réunis dans cet ovni de 25 minutes (dans cette version, une musique a été ajoutée, vous pouvez couper le son du lecteur).

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Plusieurs œuvres de Jean Genet, qu’il s’agisse de pièces ou de romans, ont été adaptées sur grand écran.

«The Balcony», de Joseph Strick (1963)
Réalisé par Joseph Strick, avec Shelley Winters et Peter Falk, cette adaptation du Balcon a eu un grand succès critique aux États-Unis.

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«Deathwatch», de Vic Morrow (1966)
Une autre adaptation d’une pièce de Jean Genet, Haute surveillance, a été réalisée en 1966, par Vic Morrow, avec Leonard Nimoy. L’histoire de trois prisonniers enfermés dans une même cellule. Dans l’extrait ci-dessous, la tension homoérotique est palpable.

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«Mademoiselle»,, de Tony Richardson (1966)
Jeanne Moreau est Mademoiselle dans ce film noir dont le scénario a été écrit par Jean Genet… et Marguerite Duras. Une curiosité.

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«The Maids», de Christopher Miles (1974)
Ce film inédit en salles est une captation d’une création londonienne de la pièce Les Bonnes. Glenda Jackson et Susannah York ourdissent un plan démoniaque à l’encontre de leur maîtresse (Vivien Merchant) envers qui elles éprouvent des sentiments ambivalents.

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«Querelle», de Rainer Werner Fassbinder (1982)
Le dernier film de Fassbinder est une adaptation du roman de Genet, Querelle de Brest, l’histoire d’un marin beau à se damner et qui va affoler tout le petit monde interlope d’un bar de la ville. Avec Jeanne Moreau, magnifique, et Brad Davis plus fascinant que jamais. Ce n’est pas le meilleur film de Fassbinder, qui mourut à la fin du tournage.

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Il y a aussi les films inspirés par l’œuvre de Jean Genet.

«Pink Narcissus» (1971)
Le film culte Pink Narcissus, réalisé anonymement en 1971, a pu rappeler à certains Un chant d’amour, l’unique film de Jean Genet, dans son obsession pour les fleurs, la sexualité hard et la beauté masculine.

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«Poor Pretty Eddie», de Richard Robinson (1975)
D’après Wikipédia, ce film, qui mélange des éléments d’horreur, d’exploitation et de pornographie, est vaguement inspiré de la pièce de Jean Genet Le Balcon. La plus grande vedette du film est Shelley Winters.

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«Le Sphinx» (1986)
L’année de la mort de Jean Genet, Thierry Knauff réalise le court métrage Le Sphinx, sur un texte que Genet avait écrit après sa visite du camp de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila où en 1982, un massacre avait été perpétré par des milices armées par Israël.

«Poison», de Todd Haynes (1991)
Le deuxième film de Todd Haynes (Loin du Paradis, Carol) est un essai en forme d’hommage à Jean Genet, contant en trois volets, trois petites histoires sur la déviance sous toutes ses formes: «Héros», ou comment un garçon de 7 ans en arrive à tuer son beau-père ; «Horror» ou comment un scientifique désireux de percer le mystère de la libido devient accidentellement un meurtrier ; «Homo», ou l’histoire d’amour entre deux prisonniers. Ce dernier volet est directement inspiré d’Un chant d’amour.

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«Les Équilibristes», de Nico Papatakis (1992)
L’ombre de Jean Genet plane aussi sur la filmographie de Nico Papatakis qui fut son ami et qui est mort en 2010. Son premier, Les Abysses (1962), adaptation des Bonnes, de Genet, fait scandale au Festival de Cannes. Son dernier, Les Équilibristes (1992), s’inspire de la vie de l’écrivain. Michel Piccoli y interprète un homme de lettres homosexuel fasciné par le cirque, qui tombe amoureux d’un jeune valet de piste dont il va devenir le Pygmalion.

«C’est l’amour», de Paul Vecchiali (2016)
Le personnage de Daniel, interprété par Pascal Cervo, est directement inspiré de l’univers de Jean Genet, comme le sont les fleurs, omniprésentes dans le dernier film de Vecchiali. Le réalisateur confiait à Yagg en mars dernier: «Les fleurs, ça vous rappelle rien les fleurs? Notre Dame des fleurs, de Jean Genet. C’est un signe, il y a aussi une référence à Pompes funèbres et à Querelle, entre autres. Il y a beaucoup de choses de Genet, c’est un de mes écrivains favoris.»


Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur C’est l’amour BANDE-ANNONCE (Paul Vecchiali) par sniperwarez

Jean Genet aura inspiré de très nombreux cinéastes et ce n’est sans doute pas fini!